Entre France et Suisse, des « nez » pour une méga-décharge chimique

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Photo prise le 10 octobre 2013 de Thierry Betsch, habitant de Pfetterhouse (Alsace), l'un des "nez" recrutés pour surveiller la qualité de l'air autour de la décharge chimique de Bonfol (Suisse) © AFP/Archives Sébastien Bozon

Photo prise le 10 octobre 2013 de Thierry Betsch, habitant de Pfetterhouse (Alsace), l’un des « nez » recrutés pour surveiller la qualité de l’air autour de la décharge chimique de Bonfol (Suisse)
© AFP/Archives Sébastien Bozon

Pfetterhouse (France) (AFP) – Respirer profondément chaque matin l’air depuis sa terrasse, dans le village alsacien de Pfetterhouse: c’est la mission de Thierry Betsch, un des « nez » recrutés pour flairer les gaz d’une des plus grandes décharges chimiques du monde.

De son pavillon, on ne voit pas la décharge: elle est cachée derrière une butte un kilomètre plus loin, en Suisse, dans la forêt de Bonfol.

Jusqu’en novembre, le jovial technicien PSA de 55 ans répétera ce rituel chaque petit matin puis chaque soir. Il fait partie des 28 riverains français et suisses qui ont accepté de devenir pendant quelques mois les « nez » de la décharge de 114.000 tonnes accumulées par la chimie bâloise, à l’invitation de la BCI Betriebs-AG, l’entreprise chargée de l’assainissement pour le compte de ces industriels.

Aux tracts déposés dans les boîtes aux lettres, Thierry Betsch a répondu par un « oui de curiosité », explique-t-il.

« J’ai trouvé intéressante l’idée d’associer les habitants à ce que devient cette décharge qui nous a un peu tous inquiétés il y a une dizaine d’années, lorsque Greenpeace a révélé son existence. J’étais alors un peu en première ligne, en tant que conseiller municipal », raconte-t-il. « Le fait de sentir des odeurs m’était connu, pour avoir fait partie d’un club d’œnologie par le passé ! », ajoute-t-il.

Cette fois, il s’agit de détecter des senteurs chimiques. Les renifleurs ont appris à les reconnaître avant de commencer leur mission. Ils les ont respirées dans des sacs plastiques pour les distinguer d’autres odeurs (égouts, élevage agricole, etc.).

« Nous avons aussi évalué la sensibilité olfactive de chaque participant en lui faisant respirer une même odeur de solvant inoffensif à des concentrations différentes. Tous ont réussi le test », ajoute Damien Kurc, responsable environnement de la BCI Betriebs-AG.

L’opération intervient à un stade précis de la dépollution, longue de cinq ans, pendant lequel les risques de dégagement d’odeurs vers l’extérieur sont plus élevés, explique M. Kurc.

La halle recouvrant une partie de la décharge a été déplacée afin de passer de la première à la seconde et dernière phase d’assainissement, ce qui empêche son maintien en dépression et expose provisoirement au grand jour le sol déjà dépollué, mais potentiellement encore emprunt d’odeurs.

« Les perceptions des nez humains permettent de compléter les conclusions de nos appareils de mesure de la qualité de l’air, elles-mêmes validées par les autorités publiques », souligne M. Kurc.

Aux quatre stations permanentes s’ajoutent trois provisoires que la BCI Betriebs-AG vient relever dans les propriétés de certains « nez », dont Thierry Betsch.

Pour neutraliser certains dégagements olfactifs, un produit de la PME alsacienne Westrand a été appliqué à l’intérieur de la halle de traitement et sur le pourtour immédiat de la décharge.

Selon M. Kurc, les 28 renifleurs n’ont jusqu’à présent signalé aucune anomalie significative. « Sur leurs 2.000 observations consignées, quelques dizaines recensent des odeurs, majoritairement de faible intensité, dont aucune n’est caractéristique de la décharge. Les quelques cas où ils ont senti quelque chose venant du site, c’étaient les produits neutralisants ! », se félicite-t-il. Ceux-ci sont beaucoup moins désagréables: ils font penser à des parfums…

Thierry Betsch confirme n’avoir jamais signalé de problème au fil de ses rapports hebdomadaires. « C’est presque frustrant, mais quelque part, on peut dire que c’est tant mieux ! »

© AFP

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