Patrouille avec les sauveurs du blaireau, enjeu national au Royaume-Uni

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Un membre des patrouilles de protection des blaireaux pris en photo le 10 octobre 2013 près d’Upleadon (Gloucestershire). Sur son gilet fluo, on peut lire : « patrouille des blaireaux blessés »
© AFP/Archives Will Oliver

Gloucester (Royaume-Uni) (AFP) – Bruyant et court sur pattes, le blaireau fait la fierté de la Grande-Bretagne où son abattage pour raisons sanitaires a provoqué un tollé jusque devant le Parlement: « Et dire que maintenant ils veulent le gazer », s’indigne Louise.

Il est 22 heures et il fait un froid de canard dans le Gloucestershire lorsque soudain une détonation déchire la nuit noire. « Oh non, ils tirent sur les blaireaux! », murmure Louise, trentenaire dévouée à la protection du plantigrade.

Plus que jamais il s’agit de faire vite pour secourir l’animal à grand renfort de sifflets et de hurlements.

Cette scène a lieu toutes les nuits depuis la fin août dans le Somerset et le Gloucestershire, deux zones rurales de l’Ouest de l’Angleterre. Depuis que le gouvernement, sous pression des éleveurs, y a autorisé l’abattage du blaireau, accusé de transmettre la tuberculose bovine, qui a fait 300.000 victimes dans le bétail sur les neuf dernières années.

Ailleurs l’histoire se serait sans doute arrêtée là. Pas au Royaume-Uni, où on ne badine jamais avec la protection des animaux. Une réalité que Louise résume ainsi: « ici, on les aime davantage ».

Ainsi, avant même que les premiers tirs n’aient fusé, l’opposition s’est organisée, cornaquée par quelques vieilles gloires comme Brian May, le guitariste de Queen. Qui s’est d’abord fendu d’une reprise de « Flash Gordon » pour chanter: « blaireau, blaireau, blaireau, blaireau, sauvez le blaireau ». Avant de parler de « génocide », s’attirant les protestations d’associations juives.

Sur le terrain, des collectifs se sont formés. On compte 500 « patrouilleurs » rien que dans le Gloucestershire. « On a des médecins, des instituteurs, des pompiers et même un juge », avance Louise qui refuse de donner son nom de famille. « Parce qu’on a des problèmes avec les fermiers. Certains ont déjà essayé de nous écraser avec leur voiture », lance-t-elle, l’oeil noir.

Ce soir encore, elle est fidèle au rendez-vous en rase campagne, pour partir en patrouille vêtue d’un gilet fluo frappé du sceau du blaireau. Ils sont une trentaine à se répartir en petits groupes de « quatre minimum au cas où ça tourne mal », explique David, 79 ans dont 40 « au service du blaireau ».

Du haut de son expérience, c’est lui qui tient le téléphone portable reliant le petit groupe au « QG ». Qui se résume à « une copine assise dans sa cuisine », chargée de rameuter l’ensemble des troupes sur la première « scène de crime » détectée.

« Et là on gesticule, on crie, on utilise des sifflets pour empêcher les +shooteurs+ de faire du mal à ces adorables petites bêtes », souligne Helen, une quinquagénaire qui a, elle aussi, bravé le froid.

Ayant interdiction de faire feu dès qu’une présence humaine est signalée, les tireurs n’ont alors pas d’autre choix que de se retirer. On devine leur énervement après avoir patienté jusqu’à quatre jours pour attirer le blaireau hors de son terrier à coups de cacahuètes.

Mais aucun tireur ne tient à s’exprimer, de peur d’être identifié par les « saboteurs », ces militants extrémistes pro-animaux qui donnent du fil à retordre à la police.

La police, la voilà justement, qui s’approche sous forme de trois fonctionnaires emmitouflés dans leur parka. « Parfois ils sont douze, vous imaginez le fric que ça coûte », grince Louise qui sourit d’un air entendu lorsqu’elle apprend que les policiers viennent exprès de… Londres.

« Je nage dans le bonheur, la pression est infernale », commente, ironique, un policier.

« Les pauvres, ils sont perdus. Mais ils sont aussi là pour nous protéger », dit Louise, alors qu’un 4×4 passe pour la énième fois dans le champ à côté. « Probablement un fermier qui essaye de nous intimider », croit savoir David.

Pourtant David n’est pas inquiet. Au contraire. « Notre travail paye », dit-il. La semaine dernière le ministre de l’Environnement Owen Paterson a dû reconnaître devant le Parlement que la campagne d’abattage avait fonctionné moins bien que prévu avec seulement 850 bêtes abattues dans le Somerset.

Du coup, le gouvernement réfléchit désormais à gazer les blaireaux.

La proposition a été qualifiée de « bénédiction » par l’Union nationale des éleveurs. Ailleurs, c’est l’indignation. « Cela rappelle les heures les plus sombres de notre histoire », grogne le comédien Bill Oddie, autre personnalité pro-blaireau, interrogé par l’AFP.

© AFP

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