Concilier besoins en énergie et climat, une équation insoluble?

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Vue aérienne de Moscou avec une centrale à charbon en arrière-plan © AFP/Archives Alexander Nemenov

Vue aérienne de Moscou avec une centrale à charbon en arrière-plan
© AFP/Archives Alexander Nemenov

Daegu (Corée du Sud) (AFP) – Etancher la soif d’énergie de bientôt neuf milliards d’habitants, à un coût supportable et sans aggraver le dérèglement du climat: c’est l’équation plus délicate que jamais que doivent résoudre les politiques énergétiques à travers le monde.

« Aujourd’hui, moins d’un tiers des sept milliards d’habitants de la planète consomme les deux tiers de l’offre énergétique. (…) Mais d’ici à 2050, neuf milliards d’humains aspireront à une vie prospère », ce qui va mécaniquement tirer la demande de toutes les énergies à la hausse, a rappelé lundi Khalid al-Falih, PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Saudi Aramco, au premier jour du Congrès mondial de l’énergie organisé jusqu’à jeudi à Daegu (Corée du Sud).

Selon les calculs du Conseil mondial de l’énergie (WEC), organisateur de cet événement d’envergure (plus de 7.000 participants), la demande mondiale d’énergie, poussée par cette pression démographique et l’urbanisation croissante des pays en développement, devrait augmenter de 27 à 61% d’ici à 2050, selon les efforts accomplis pour lutter contre le changement climatique.

Mais ce grand bond en avant de la demande énergétique mondiale va poser plusieurs casse-têtes aux patrons du secteur comme aux gouvernements.

En premier lieu, l’humanité se retrouve face à un mur d’investissements à réaliser.

« Au cours des deux décennies qui viennent, l’investissement cumulé dans l’énergie est estimé à environ 40.000 milliards de dollars. C’est autant que les PIB annuels de la Chine, de l’UE et des Etats-Unis combinés », a souligné le PDG d’Aramco.

Le WEC a fait ses propres comptes, qui montrent que la hausse de la demande mondiale d’électricité nécessiterait à elle seule 19.000 milliards de dollars dans un scénario plus sobre et 25.000 milliards de dollars dans un scénario plus énergivore.

Mais ces sommes colossales ne suffiraient pas à éradiquer la pauvreté énergétique, pourtant objet de multiples initiatives internationales, notamment dans le cadre des Nations Unies.

Selon ses deux scénarios alternatifs, le Conseil estime qu' »entre 730 millions et 880 millions de personnes resteraient privées d’accès à l’électricité en 2030, principalement en Afrique sub-saharienne », contre 1,2 milliard actuellement. Et elles seraient encore entre 319 million et 530 millions en 2050.

En outre, si la couverture de tels besoins nécessitera de développer rapidement les énergies renouvelables et les économies d’énergies, qui capteront une grosse part de cette immense facture, les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) garderont un poids incontournable, en raison surtout de la demande liée aux transports.

D’après le WEC, elles devraient encore représenter entre 59% et 77% du bouquet énergétique mondial en 2050, contre plus de 85% aujourd’hui.

Résultat : les deux scénarios de cet organisme, qui regroupe les principales entreprises du secteur énergétique mondial, échouent à ramener les émissions de CO2 en dessous de 450 parties par million, le niveau pourtant jugé nécessaire par beaucoup  d’experts pour limiter à 2°C le réchauffement climatique.

En outre, une étude de l’Ademe (Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), publiée à l’occasion du Congrès, a montré que de plus en plus d’Etats prenaient des initiatives en matière d’efficacité énergétique, mais que le rythme des progrès réalisés avait ralenti depuis la crise.

Pourtant, les initiatives fourmillent sur tous les continents pour s’attaquer à ces problèmes interdépendants, et certaines puissances pétrolières s’embarquent à leur tour dans des projets visant à diversifier leurs propres sources d’énergie, et à réduire leur propre consommation galopante d’or noir, histoire de préserver leurs précieux pétrodollars, en libérant des barils pour l’export.

C’est notamment le cas des Emirats Arabes Unis qui misent gros sur le solaire et le nucléaire, tout en cherchant à gonfler sa production de pétrole.

« Nous devons cesser de penser qu’une forme d’énergie remplacera l’autre, nous devons comprendre qu’elles sont complémentaires, et c’est à chaque pays qu’il revient de composer son bouquet idéal », a confié à l’AFP leur ministre de l’Energie, Suhail al-Mazrouei.

© AFP

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