Russie: 14 militants de Greenpeace inculpés de « piraterie »

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Manifestation de soutien aux militants de Greenpeace emprisonnés en Russie, le 27 septembre 2013 à Mexico © AFP/Archives Ronaldo Schemidt

Manifestation de soutien aux militants de Greenpeace emprisonnés en Russie, le 27 septembre 2013 à Mexico
© AFP/Archives Ronaldo Schemidt

Moscou (AFP) – La justice russe a prononcé mercredi les premières inculpations pour « piraterie », un crime puni de 10 à 15 ans de prison, à l’encontre de  quatorze des trente militants de Greenpeace arrêtés après une action contre une plateforme pétrolière dans l’Arctique.

L’association écologiste a aussitôt dénoncé une décision « destinée à intimider et à réduire au silence ».

Quatre Britanniques, une Brésilienne, le Suédo-Américain d’origine russe Dmitri Litvinov, une Finlandaise, une Argentine, deux Néerlandais, un Polonais, deux Russes et un Ukrainien – ont été inculpés mercredi de « piraterie en bande organisée ».

Les inculpations doivent se poursuivre jeudi, selon une porte-parole de l’ONG.

« Aussi absurde qu’abominable »

Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International, a dénoncé des accusations qui représentent « une atteinte au principe même de la protestation pacifique ».

« Toute affirmation selon laquelle ces militants sont des pirates est aussi absurde qu’abominable », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Il a répété qu’il s’agissait de la « menace la plus grave » contre l’activité « pacifique » de l’association depuis l’épisode du Rainbow Warrior, coulé en 1985 dans le port d’Auckland (Nouvelle-Zélande) par les services secrets français, pendant qu’il faisait campagne contre les essais nucléaires réalisés en Polynésie, une opération qui avait fait un mort dans l’équipage.

« Trois décennies plus tard, les militants de l’Arctic Sunrise se sont élevés contre l’industrie pétrolière, et ils risquent maintenant une longue peine dans une prison russe », a-t-il ajouté, appelant l’opinion publique mondiale à réclamer leur libération.

Amnesty International a appelé dans un communiqué la Russie à abandonner ses poursuites, estimant que cela « ridiculisait » le système judiciaire du pays.

Au niveau gouvernemental, seuls les Pays-Bas – le navire de Greenpeace, l’Arctic Sunrise, battait pavillon néerlandais – ont pour l’heure pris position publiquement et demandé qu’ils soient relâchés.

Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué mercredi lors d’un point presse à Paris que les ambassades des pays concernés « se concertaient » sur le sujet.

Un responsable de l’association, Ivan Blokov, a de son côté indiqué à l’agence de presse Ria-Novosti qu’elle pourrait se tourner vers la Cour européenne des droits de l’homme.

Les membres de l’équipage, quatre Russes et 26 ressortissants de 17 autres pays – dont six Britanniques, deux Canadiens, un Américain et un Français – ont été placés en détention à Mourmansk (nord-ouest) et dans sa région à la suite de l’arraisonnement le 19 septembre en mer de Barents (Arctique russe) de l’Arctic Sunrise par un commando héliporté des gardes-côtes russes.

Auparavant, plusieurs d’entre eux avaient tenté d’escalader une plateforme pétrolière du géant russe Gazprom pour dénoncer le risque qu’elle fait selon eux courir à l’environnement.

Le Comité d’enquête russe avait alors indiqué avoir ouvert une enquête pour piraterie.

Les militants ont nié ces accusations, et reproché à la Russie d’avoir arraisonné illégalement leur bateau dans les eaux internationales.

Poutine « ni juge ni avocat »

Vladimir Poutine avait reconnu la semaine dernière, devant une conférence internationale, que ces militants n’étaient « pas des pirates ».

Même si le président russe avait souligné que les militants avaient néanmoins « enfreint le droit international », ces déclarations avaient soulevé les espoirs d’une révision à la baisse des accusations portées contre Greenpeace.

Interrogé par l’AFP mercredi, le porte-parole de M. Poutine, Dmitri Peskov, a souligné que celui-ci n’avait fait qu’exprimer « son opinion personnelle ».

« Il n’est ni enquêteur, ni procureur, ni juge, ni avocat », a ajouté le porte-parole.

Pour Alexandre Morozov, rédacteur en chef du site Rousski Journal, « la sévérité des accusations est liée au fait que le Kremlin est persuadé qu’un +complot mondial+ se joue derrière les actions de Greenpeace » et y voit « des manigances de la CIA ».

Tatiana Lokchina, de l’antenne moscovite de l’ONG Human Rights Watch, a dénoncé une « histoire kafkaïenne ».

« Nous avions l’impression qu’à l’approche des jeux Olympiques d’hiver de Sotchi, le pouvoir russe faisait des révérences face à l’opinion publique occidentale », a-t-elle déclaré. Mais, dans cette affaire, « la volonté d’effrayer a surpassé le reste ».

© AFP

 

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