Les tortues Slim et Arnaud retrouvent le large

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St Leu, La Réunion. Les bassins de soin du centre de conservation Kélonia.

St Leu, La Réunion. Les bassins de soin du centre de conservation Kélonia.

Slim et Arnaud, tortue caouanne et tortue verte, ont retrouvé les eaux de l’océan indien ce weekend au large des côtes réunionnaises.

Toutes deux avaient été récupérées par le centre de soin et de sauvegarde Kélonia, situé à St Leu à l’ouest de l’île. Un centre qui existe depuis 1998 et qui a la particularité d’avoir vu le jour sur un ancien site d’élevage commercial. L’histoire de la libération des deux tortues illustre ainsi celle de la transformation profonde d’une exploitation en centre de soins.

Jusqu’en 1997, à St Leu, les tortues étaient en effet élevées puis vendues pour leur viande, leurs os et leur cuir. Mais à cause des menaces qui pesaient sur leur préservation, la législation internationale en a interdit le commerce (Pour en savoir plus, lire notre article sur la CITES).

Selon Stéphane Ciccione, directeur du centre, « lorsque le moratoire a été voté, presque plus aucune tortue ne venait pondre à La Réunion. En cause, l’urbanisation massive de l’île, la pollution lumineuse et la destruction des écosystèmes côtiers qui jusqu’à alors permettaient aux tortues de se repérer ». En concertation avec l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), les anciens éleveurs de tortues ont donc imaginé et créé ce centre de sauvegarde et de conservation.

St Leu, La Réunion. Une des pensionnaires du centre de conservation Kélonia. Cette tortue verte faisait déjà partie de la maison du temps de l'élevage de tortue. Une dizaine de tortues ont ainsi survécu à la période de l'élevage et profite désormais des bassins de Kélonia.

St Leu, La Réunion. Une des pensionnaires du centre de conservation Kélonia. Cette tortue verte faisait déjà partie de la maison du temps de l’élevage de tortue. Une dizaine de tortues ont ainsi survécu à la période de l’élevage et profite désormais des bassins de Kélonia.

Les locaux et les emplois ont été préservés et certaines tortues – une dizaine aujourd’hui – ont été sauvées. Depuis, plus de 120 000 visiteurs se rendent sur le site chaque année : l’arrivée des touristes assure à la fois la reconversion du site, la survie des tortues, et les programmes de préservation (avec une subvention publique).

Le centre participe ainsi désormais à des programmes de recherche, de sensibilisation et de protection. Chaque année, il reçoit ainsi 15 à 40 de tortues blessées ou affaiblies, pour la plupart parce qu’elles ont ingérées du plastique mais aussi parce qu’elles se sont fait pêcher par des pêcheurs ou attaquer par des requins. Le centre les récupère pour les soigner et leur permettre de repartir à la mer le plus rapidement possible. Certaines passent quelques semaines, d’autre plusieurs mois et quelques-unes resteront pour toujours car trop invalides pour être relâchées.

St Leu, La Réunion. Slim, la tortue caouanne attrapé par un pêcheur d'espadon au large des côtes réunionnaises est relachée en mer.

St Leu, La Réunion. Slim, la tortue caouanne attrapée par un pêcheur d’espadon au large des côtes réunionnaises est relachée en mer.

C’est le cas de Slim et Arnaud, qui ont été pêchés par erreur, Slim par des pêcheurs d’espadon, Arnaud par des pêcheurs en goélette. Après un court séjour dans le centre,  les 2 tortues ont donc repris le large ce weekend, accompagnées de leur parrains et marraines – des visiteurs réguliers de Kélonia. Chacune d’entre elles a été baguée pour pouvoir la reconnaître si elle est de nouveau attrapée.

Au centre de soins cependant, d’autres tortues sont toujours en attente de pouvoir repartir. Elles sont physiquement aptes à le faire mais attendent l’arrivée de balises GPS. Grâce à ces balises, qui seront fixées sur leur carapace, les scientifiques de Kelonia pourront suivre leur déplacement et comprendre où elles habitent et où elles pondent. Le centre espère ainsi voir augmenter le nombre de tortues qui viennent pondre sur l’île chaque année. « On estime que 3 femelles reproductrices sont susceptibles de venir pondre chaque année sur l’île actuellement » note Stéphane Ciccione.

Cette année une tortue est venue pondre. A chaque fois ce sont 4 pontes qui ont lieu par femelle – plus de 400 œufs au total. En restaurant les écosystèmes littoraux de l’île et en étudiant la biologie et le comportement des tortues des eaux réunionnaises, Kélonia espère ainsi faire à nouveau de La Réunion un site de ponte privilégié pour les tortues vertes de l’océan indien. « Il faut laisser le temps aux tortues de revenir », note Stéphane Ciccione.

Roxanne Crossley, envoyée spéciale à La Réunion

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