Les Seychelles se lancent dans l’énergie renouvelable

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Les Seychelles se lancent dans l'énergie renouvelable

Une plage aux Seychelles © AFP/Archives Alberto Pizzoli

Victoria (Seychelles) (AFP) – Sur deux îlots entourés d’eau turquoise, huit éoliennes battent le vent devant le port de Victoria, capitale des Seychelles. Le très touristique archipel, quasi-exclusivement dépendant de l’énergie fossile importée, se lance dans le renouvelable.

Le tout nouveau champ éolien, inauguré mi-juin et financé par le Fonds d’Abou Dhabi pour le développement, a une capacité totale de 6 mégawatts et doit alimenter un peu plus de 2.000 foyers à Mahé, la principe île des Seychelles où vivent 70.000 habitants, soit 90% de la population de l’archipel.

Ces turbines sont la première réalisation concrète d’un programme qui vise à couvrir, d’ici à 2030, au moins 15% des besoins énergétiques des Seychelles grâce aux énergies renouvelables.

« La décision de produire de l’électricité en utilisant l’énergie renouvelable a été prise en 2008, après que le prix du pétrole a atteint des sommets et afin de garantir la sécurité énergétique du pays, » explique Tony Imaduwa, directeur général par intérim de la Commission de l’Energie des Seychelles.

Aujourd’hui, « les Seychelles sont dépendantes à 95% du pétrole importé » notaient début juin dans un communiqué commun la Commission de l’Océan Indien (COI) et la Commission européenne. Les Européens annonçaient alors un financement de 15 millions d’euros pour des projets d’énergie renouvelable dans la région: aux Seychelles, mais aussi à Maurice, aux Comores et à Madagascar.

« Les pays de la COI sont tous fortement vulnérables aux conséquences de l’envolée du prix du pétrole, » soulignaient encore les deux institutions. « Or la région dispose d’un vaste potentiel d’énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolienne, géothermique…) insuffisamment exploité. »

Depuis que les Seychelles ont décidé leur tournant énergétique, elles ont revu leur législation pour faire sauter le monopole de production d’électricité jusque là détenu par la compagnie d’Etat PUC (Public utilities corporation).

« Maintenant, les entreprises qui produisent de l’énergie renouvelables peuvent aussi vendre de l’électricité, » poursuit Tony Imaduwa.

La Digue bientôt éclairée au solaire ?

Le chemin vers une production consistante d’énergie renouvelable est cependant encore long pour l’archipel, qui vit essentiellement du tourisme.

« Actuellement, les Seychelles n’ont pas les moyens financiers de se lancer (par elles-mêmes) dans l’énergie renouvelable, car les équipements sont encore beaucoup trop chers, » commente Wills Agricole, secrétaire général du département seychellois de l’Environnement.

« Mais grâce à l’aide de plusieurs pays, nous sommes actuellement en train de mener plusieurs projets qui devraient nous permettre de réduire la consommation d’énergie fossile, » poursuit-il.

Mascareignes Seychelles, filiale d’une entreprise française basée sur l’île de la Réunion, un peu plus au sud dans l’Océan Indien, a remporté un appel d’offre pour produire de l’énergie par l’incinération de déchets.

M. Agricole reconnaît que le projet, s’il se concrétise, mettra plusieurs années à voir le jour, car de nombreux détails techniques doivent encore être réglés.

Mais, poursuit-il, un autre important projet est aussi dans les tuyaux: installer des panneaux solaires sur les habitations de la Digue, la troisième île le plus peuplée des Seychelles et l’une des plus prisées des touristes.

« Nous venons de commencer un projet pilote avec une entreprise sud-coréenne, KC Cottrell, pour que cette île soit entièrement autonome d’ici à 2020 » en électricité, indique M. Agricole. « Ce projet consistera à mettre sur presque toutes les maisons un système photovoltaïque… Les véhicules à essence seront même remplacés par des voitures électriques. »

D’ici à septembre, La Digue, aujourd’hui encore alimentée en électricité grâce à un générateur située sur l’île voisine de Praslin, devrait déjà faire marcher tous ses éclairages publics au solaire, renchérit Nicolas Hoareau, responsable des projets de l’Agence seychelloise des transports.

« Une entreprise chinoise, ZET Corporation, vient de faire une donation de 200 poteaux électriques » équipés de panneaux solaires, explique-t-il.

Pour Andrew Grieser Johns, coordinateur des programmes du Fonds des Nations unies pour le développement (PNUD) aux Seychelles, l’objectif de 15% d’énergie renouvelable d’ici à 2030 « est tout à fait possible à atteindre ».

Les Seychelles espèrent elles déjà le dépasser.

« Ce chiffre sera certainement revu à la hausse, voire même doublé, car de nombreuses entreprises étrangères souhaitent investir dans ce domaine, » prédit M. Agricole.

© AFP

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