Pic de pollution à Singapour: l’économie pourrait suffoquer

Publié le : Last updated:

 Pic de pollution à Singapour: l'économie pourrait suffoquer

Un bateau-taxi à Singapour, le 21 juin 2013 © AFP Roslab Rahman

SINGAPOUR (AFP) – Le pic de pollution historique qui frappe Singapour depuis près d’une semaine pourrait sérieusement affecter l’économie de cette capitale financière régionale, en particulier le secteur touristique, avertissent des analystes.

« C’est pas mal décevant de ne pas pouvoir voir les tours » : Amy Jones, une touriste de 26 ans, a fait le voyage depuis le Royaume-Uni pour découvrir l’une des perles de la très riche Singapour, les trois gigantesques tours baptisées « Marina Bay Sands » et surmontées d’une plateforme aérienne à l’allure de bateau de croisière transatlantique.

Mais le complexe de 50 étages, qui normalement perce le ciel bleu azur dominant la magnifique baie de Singapour, est perdu depuis cinq jours dans une épaisse fumée à l’odeur âcre venue des feux de forêt allumés sur l’île indonésienne voisine de Sumatra.

« Il fait un peu sombre », ose Amy Jones. L’euphémisme est tout britannique car c’est en vérité une véritable chape grisâtre qui recouvre la ville de quelque 5,3 millions d’habitants, donnant à la cité normalement réputée pour son look impeccable des allures d’île fantôme.

Vendredi, l’indice de pollution a dépassé la barre des 400, un niveau « dangereux pour la vie des personnes âgées et des malades », selon les autorités. Ce record historique a poussé ceux qui osent encore s’aventurer à l’extérieur de leur domicile climatisé à s’arracher les derniers masques jetables.

Dans ce monde hostile, le tourisme semble un peu anachronique. Le célèbre « Singapore Flyer », plus grande roue du monde qui normalement offre une vue sublime sur l’océan et la ville, a dû fermer, tout comme le Wild Wild Wet, un parc aquatique très populaire.

Le parc ornithologique de Jurong, lui aussi normalement très fréquenté, a été contraint d’annuler certains de ses spectacles et l’aéroport de Seletar, réservé aux VIP, a fermé sa piste, par manque de visibilité. L’aéroport international de Changi, une des plateformes les plus fréquentées au monde, restait en revanche ouvert.

La pollution pourrait perdurer « des semaines », a reconnu le Premier ministre Lee Hsien Loong. Pour une ville dont la richesse repose en partie sur le tourisme, la nouvelle est mauvaise.

L’île a accueilli l’an dernier 14,4 millions de visiteurs, touristes ou hommes d’affaires venus participer aux nombreux symposiums et conférences dont Singapour s’est fait la spécialité.

Cette manne a généré l’an dernier 23 milliards de dollars de Singapour (environ 14 milliards d’euros), soit 4% du Produit intérieur brut (PIB).

« Si la pollution se poursuit dans les semaines à venir, cela pourrait avoir des effets négatifs significatifs sur l’économie », avertit Rajiv Biswas, économiste chez IHS Global Insight.

« Les images du smog enveloppant Singapour sont largement diffusées sur les chaînes de télévision et les autres médias dans le monde et cela peut avoir de graves conséquences pour le secteur du tourisme », souligne-t-il.

La menace arrive de plus au moment où l’économie singapourienne, très tournée vers les exportations, subit déjà le contrecoup du ralentissement de l’économie mondiale. Le PIB ne devrait ainsi croître cette année qu’entre 1 et 3%, selon les estimations officielles, ce qui est peu pour la très dynamique Singapour.

La consommation intérieure pourrait elle aussi pâtir de la pollution, les Singapouriens préférant rester chez eux, comme l’ont recommandé les autorités. Les seuls à tirer leur épingle du jeu pourraient bien n’être que les vendeurs de masques jetables.

© AFP

Media Query: