De retour du 7e continent de plastique

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De retour du 7e continent de plastique

Patrick Deixionne © AFP PHOTO / JODY AMIET

Parti un mois en mer depuis la côte Ouest des Etats-Unis, l’explorateur Patrick Deixonne s’est lancé à la recherche du 7e continent dans le Pacifique. Les courants marins forment un gyre, c’est-à-dire un tourbillon dans lequel les déchets plastiques flotttent puis e regroupent sur des milliers de km2. Cette immense pollution ne se voit pas toujours car le plastique se décompose en micro-fragment flottants. Patrick Deixonne en revient et témoigne de ce qu’il a vu de cette importante pollution au plastique.

Pourquoi cette expédition française dans le Pacifique ?

Le Pacifique est la zone la plus polluée du monde. Grâce aux travaux d’ONG, notamment Algalita de Charles Moore [en savoir plus sur le travail de Charles Moore, découvreur du contient de plastique lire notre interview de ce dernier] que j’ai rencontré à Los Angeles avant de partir, je savais ce que j’allais trouver. Mon objectif était d’en rapporter un témoignage car en France, ce sujet intéresse peu et est mal connu du public. L’enjeu de la pollution par le plastique n’est pas national, il concerne la planète surtout quand la majorité de ces déchets proviennent de la terre.

Quel était l’objectif de cette mission ?

L’expédition s’est donnée pour objectifs de sensibiliser en Europe où le problème demeure méconnu, sans doute car éloigné de nos côtes, et surtout d’accroître les connaissances scientifiques sur le phénomène des gyres et de l’accumulation de plastique à la surface des océans. Nous avons donc effectué des relevés et surtout nous avons collaboré avec le Cnes, l’agence spatiale française, pour développer un capteur satellitaire capable de détecter à l’avenir ce type de pollution. A terme, il sera peut-être possible d’observer depuis l’espace ce type de pollution qui se développe dans des zones où personne ne va. A l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour en être certain, mais une signature radiométrique du plastique dans les océans a peut-être été trouvée. Participer par nos recherches de terrain au développement d’un capteur satellitaire pour ce type de pollution fait partie de nos missions. De plus, nous avons constaté, grâce au satellite Jason qui mesure la hauteur des océans, que les gyres plus hauts s’accompagnent d’une forte présence de déchets. Toutes ces pistes de recherche sont une première étape avant de trouver de vraies solutions, qui seront complexes et couteuses à mettre en œuvre, si quelqu’un se décide à agir.

Et concrètement, qu’avez-vous vu ?

Même si ce n’est pas flagrant, il ne s’agit pas d’une plaque de plastique sur laquelle on peut marcher, on voit des choses. En une heure de navigation, on croise au moins 10 déchets de plus de 20 centimètres qui flottent à a surface, ces derniers sont parfois colonies par des coquillages ou des crabes. En images, ce n’est pas très impressionnant, mais quand on pense à la taille de l’océan, on se dit que cela doit faire un volume de déchets assez conséquent. On a retrouvé des chaussures en plastique de la marque crocs, mais je n’ai vu ni bouteille ni sachet en plastique, sans doute car ils se dégradent rapidement. Et à ce moment-là, on se rend compte que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, puisque sous la surface flottent des milliers de micro-déchets. On a effectué des relevés avec des filets à plancton, nous attendons les résultats. Mais les ONG américaines estiment que pour 1 kg dé plancton on trouve 5 kg de déchets plastiques.

Quelles sont les conséquences pour les écosystèmes et les espèces ?

Avant tout explorateur, je ne suis pas scientifique, mais la présence de nombreux crabes et coquillages sur les gros déchets, ceux de plus de 20 centimètres doit bouleverser certains équilibres. De plus, qu’advient-il de ces gros déchets lorsqu’ils coulent, se retrouvent-ils au fonds des océans à 4000 mètres de profondeurs ? C’est une question à laquelle je n’ai pas la réponse mais je crains qu’une fois encore ils nuisent au milieu. Les poissons et d’autres mammifères marins courent un risque en avalant ces plastiques qui alors passeront dans la chaîne alimentaire.

Quels sont maintenant vos futurs projets ?

Je compte d’abord surfer sur la vague médiatique suscitée par le retour de l’expédition afin d’informer et de sensibiliser le public, puis donner des conférences et de me rendre dans les écoles qui ont pris au projet Argonaute.. Je souhaite aussi observer les autres lieux où un contient de plastique se forment. En tout, ils sont au nombre de 5 : 2 dans le Pacifique, 2 dans l’Atlantique et 1 dans l’océan Indien.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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