Alpes du nord: la neige retarde la montée des troupeaux en alpages

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Alpes du nord: la neige retarde la montée des troupeaux en alpages

Des bergers et leurs troupeaux quittent le village de Laruns, le 6 juillet 2006 dans la vallée d’Ossa © AFP/Archives Alain Guilhot

Grenoble (AFP) – La transhumance des troupeaux de moutons, chèvres et autres vaches laitières vers les pâturages de montagne est fortement retardée cette année par la neige persistante en altitude, un phénomène « exceptionnel », selon les organisations professionnelles, qui craignent des conséquences négatives pour les éleveurs.

L’estive, période de montée des troupeaux vers les alpages, débute traditionnellement entre mi-mai et mi-juin pour s’achever début octobre.

Mais cette année, « personne n’a pu monter à l’heure. Il y a un retard de 15 jours minimum pour les plus chanceux et de 4 à 5 semaines pour les plus pénalisés », souligne Antoine Rouillon, directeur de la société d’économie alpestre de Haute-Savoie.

Les alpages sont affectés à des degrés divers selon leur altitude plus ou moins élevée et selon leur exposition (les versants exposés au Sud étant moins enneigés).

Dans le massif du Beaufortain (Savoie), où paissent de nombreuses vaches laitières, il y avait en début de semaine 60 cm de neige à 2.000 mètres d’altitude sur les versants exposés au Nord, selon Météo France.

« Le risque, c’est qu’on court tout l’été après l’herbe »

« On a des inquiétudes concernant la pousse de l’herbe », confie Luc Etellin, président du syndicat ovin de Savoie.

« Une fois que la neige a fondu, il faut 10 à 15 jours pour que l’herbe pousse. On ne va pas pouvoir attendre qu’il y ait autant d’herbe que d’habitude pour monter. Car l’herbe du bas s’épuise », explique-t-il.

« Le risque, c’est qu’on court tout l’été après l’herbe », abonde Bruno Caraguel, coordinateur général de la fédération des alpages de l’Isère.

« Si la sécheresse estivale s’installe début juillet, l’herbe n’aura pas eu le temps de pousser », craint-il.

Le caractère tardif de la montée des troupeaux en alpages « est vraiment exceptionnel », selon M. Caraguel.

« Depuis au moins 20 ans, on n’a jamais vu ça », souligne-t-il.

Ces dernières années, les bergers étaient plutôt habitués à voir la neige fondre dès le mois de mars et à être confrontés à des pâturages trop secs en été.

Le fait que la neige tienne jusqu’au mois de mai laissait donc présager des pâturages bien irrigués et de l’herbe abondante en début d’été.

Puis les nouvelles chutes de neige en altitude, survenues fin mai et début juin, ont commencé à inquiéter les éleveurs.

En Haute-Savoie, « on se demande même si une herbe pâturable aura le temps de pousser », souligne Antoine Rouillon.

En Isère, « les pelouses qui démarrent son jolies mais c’est très fragile. Ça va se piloter à vue », dit Bruno Caraguel.

Économiquement, ce phénomène va peser sur les exploitations, estime Luc Etellin.

« On a eu recours à des achats de foin pour finir l’hiver qui ne se finissait plus. Et la récolte de foin de l’été 2013 risque d’être moindre », souligne-t-il.

Les troupeaux ne pouvant monter en altitude, des bêtes ont dû pâturer sur des prairies habituellement destinées à produire du foin pour l’hiver.

Jeudi matin, M. Etellin n’a amené qu’une partie de son troupeau de 1.200 montons sur son alpage de Montsapey (Savoie) « car il n’y avait pas assez d’herbe pour tout monter ».

« On va laisser fondre la neige sur les sommets, pousser l’herbe et on montera le reste après », dit-il.

Quelque 68.000 bovins (dont 26.500 vaches laitières) paissent chaque été dans les alpages des deux Savoie, ainsi que 177.000 moutons et 10.000 chèvres.

Les alpages savoyards ont une superficie de 235.000 hectares, soit 75% de la surface agricole utile des deux départements.

En Isère, le pastoralisme concerne 96.000 moutons et chèvres et 9.850 bovins, selon la fédération des alpages.

© AFP

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