Nucléaire: le Japon renforce ses normes de sûreté avant de relancer des réacteurs

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Nucléaire: le Japon renforce ses normes de sûreté avant de relancer des réacteurs

Des employés de Tepco dans la centrale nucléaire de Fukushima, le 1er mars 2013 © JIJI PRESS/AFP/Archives

Tokyo (AFP) – L’autorité japonaise de régulation nucléaire a validé mercredi des normes de sûreté plus sévères pour les réacteurs atomiques de l’archipel, prétendant ainsi tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima avant d’autoriser des centrales à redémarrer.

Les membres de l’instance indépendante de contrôle, établie en septembre dernier après l’échec de la précédente trop inféodée au ministère de l’Industrie, ont entériné mercredi de nouveaux standards de sûreté au bout de neufs mois de travail et des dizaines de réunions ainsi qu’un appel aux commentaires publics.

L’autorité a dans le même temps proposé d’avancer au 8 juillet au lieu du 18 l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles qui n’attendent plus désormais qu’une approbation en conseil des ministres.

« Je pense que nous avons créé un dispositif qui peut être considéré comme tout à fait approprié au niveau international. Mais sa valeur réelle sera vérifiée lors du passage en revue des réacteurs », a déclaré mercredi le président de l’autorité, Shunichi Tanaka.

« Le Japon se dote enfin de normes face aux accidents graves, en ligne avec celles des pays avancés », soupire une partie de la presse nippone.

« Ce qui est important, ce n’est pas seulement la définition de normes prenant en compte les risques, mais aussi les compétences techniques de l’instance de régulation pour correctement évaluer l’efficacité potentielle des dispositions prises par les compagnies », souligne toutefois un expert français.

Ces nouvelles normes ne sont peut-être pas parfaites, mais les progrès sont certains.

Avant l’accident de Fukushima, provoqué en mars 2011 par un violent séisme suivi d’un gigantesque tsunami, le Japon était persuadé qu’une catastrophe aussi grave que celle de Tchernobyl en 1986 ne pouvait jamais arriver ici: « technologies japonaises, accident impossible » tel était le mythe.

Ni les instances nationales ni les compagnies n’avaient envisagé de mesures suffisantes pour empêcher une situation critique, si bien que le pire s’est produit: la perte intégrale des systèmes de refroidissement de plusieurs réacteurs et piscines de stockage du combustible usé, la fusion des cœurs de trois réacteurs, des explosions d’hydrogène dues à une augmentation de pression dans les bâtiments, des rejets de substances radioactives dans l’air, la terre et la mer, l’évacuation dans des conditions apocalyptiques de dizaines de milliers de personnes et quarante ans de travaux désormais pour tenter d’assainir le site. Le désastre a été élevé au niveau maximum, 7, sur l’échelle internationale des accidents nucléaires… comme Tchernobyl.

Les nouveaux standards, plus sévères vis-à-vis des catastrophes naturelles, des risques géologiques (dont la présence de failles possiblement actives), des accidents d’avion et des actions terroristes, ont été conçus sur un axiome: même un accident grave peut arriver et il faut pouvoir y répondre.

Ces normes exigent par exemple davantage de pompes de secours en cas de panne de système de refroidissement, des équipements mieux protégés contre les tsunamis géants, des « soupapes » équipées de filtres à éléments radioactifs s’il s’avérait nécessaire de relâcher la pression des bâtiments des réacteurs, et d’autres moyens pour éviter une redite du drame de Fukushima.

La durée d’exploitation des réacteurs a par ailleurs été fixée à 40 ans, avec la possibilité de l’étendre de 20 ans une fois seulement et sous strictes conditions.

A ce jour, hormis deux tranches (les 3 et 4 d’Ohi, ouest) qui avaient été autorisées par le précédent gouvernement à être remises en service à l’été 2012 pour environ 13 mois (durée habituelle entre deux sessions d’entretien), aucun des 48 autres réacteurs ne peut recommencer à fonctionner tant que l’autorité de régulation n’en a pas validé la sûreté sur la base des nouvelles normes.

Impatientes de relancer leurs centrales, les compagnies ont déjà commencé des travaux de mise en conformité et préparent activement les dossiers que l’instance examinera à partir du 8 juillet.

Les premiers devraient concerner 6 centrales pour un nombre total de 12 réacteurs exploités par quatre compagnies.

Selon l’autorité, les études nécessaires pour chaque réacteur pourraient exiger six mois, ce qui rend difficile tout pronostic sur le nombre d’unités qui pourraient être réactivées pour l’hiver prochain.

Le gouvernement de droite de Shinzo Abe, pro-nucléaire, souhaite redémarrer des réacteurs, mais assure qu’il se conformera à l’avis de l’autorité, statutairement indépendante. Le redémarrage d’un réacteur exige aussi l’accord des autorités locales voisines.

© AFP

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