A la recherche du thon rouge de l’Atlantique

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A la recherche du thon rouge de l'Atlantique

Jason Muenzner, sur le bateau de pêche de Dave Marciano, le 30 avril 2013 dans l’océan Atlantique © AFP Fabienne Faur

GLOUCESTER (Etats-Unis) – (AFP) – A Gloucester (nord-est des Etats-Unis), la saison de la pêche au thon rouge de l’Atlantique commence: ici, les pêcheurs professionnels pêchent sans filets cette espèce menacée et n’ont besoin que de lignes, de moulinets, de savoir-faire et de patience.

Cette petite ville de carte postale du Massachusetts, aux belles maisons anciennes, est aussi un port de pêche industrieux d’où partent, le 1er juin, des dizaines de bateaux à la recherche du thon rouge « Thunnus Thynnus », le « roi des poissons » selon les pêcheurs, très prisé par les Japonais pour les sushis.

« L’Atlantic bluefin », un thon énorme qui peut peser jusqu’à 900 kg et mesurer trois mètres de long, était il y a peu menacé d’extinction, pour cause de surpêche.

Aujourd’hui, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) en distribue les quotas selon les zones –Méditerranée ou Atlantique– et le stock, lentement, se reconstitue, tout en restant fragile.

« Dans cette région, le thon, c’est le roi », dit à l’AFP Dave Marciano, un patron-pêcheur de 47 ans.

« C’est le plus gros et le plus beau des poissons de l’océan, il n’y en a pas de plus beau et de plus rapide », ajoute Dave Carraro, 48 ans, également patron-pêcheur.

Les pêcheurs américains, du Maine au Cape Cod (nord-est), ont droit à 450 tonnes incluses dans les 1.750 tonnes du quota pour l’Atlantique Ouest, contre 13.500 tonnes pour la Méditerranée/Atlantique Est.

Mais dans les eaux froides au large de Gloucester, on pêche avec « une canne, un moulinet, un poisson à la fois. Pas de filets. On fait comme ça ici », insiste M. Carraro, quand en Méditerranée, souligne-t-il, c’est « avec de gros bateaux et de grands filets ».

La ville, qui a perdu en mer 10.000 pêcheurs en 350 ans d’existence, a ses lettres de noblesse. Elle est le port d’attache du bateau de « Capitaines Courageux », le roman de Rudyard Kipling, comme de l’histoire vraie racontée par le film « En pleine tempête », avec George Clooney.

La pêche au thon, à la canne et harpon à main, y est tellement spectaculaire qu’une série télévisée, « Pêche à Haut risque. Bataille dans l’Atlantique », lui est consacrée.

Diffusée par la chaîne du National Geographic, ce « docu-réalité » fait un tabac aux Etats-Unis et une troisième saison va commencer à se tourner cet été. En France, elle entame sa deuxième saison le 17 juin.

MM. Carraro et Marciano en sont les vedettes, aux côtés de quatre autres équipages partant à la quête du gros poisson.

Tourner cette émission, « est une bonne façon de montrer au monde que la pêche aux Etats-Unis est une pêche responsable, durable. Le reste du monde devrait nous imiter », affirme M. Carraro.

« On est très stricts aux Etats-Unis. Quand le quota est atteint, les bateaux ne pêchent plus. Ailleurs, la surpêche n’est pas autant surveillée », ajoute son collègue.

Le thon rouge peut rapporter beaucoup d’argent, de cinq à 20 dollars la livre, quelquefois plus si le Japon, le plus gros consommateur au monde, en manque.

Le record personnel de Dave Marciano a été un poisson vendu 24.000 dollars, « mais chaque fois, ça dépend de la qualité, de l’état du marché, c’est un pari permanent », explique-t-il.

A cela s’ajoute l’excitation de la pêche elle-même. « Se retrouver avec 500 kg au bout de la ligne, c’est formidable. Ca rapporte bien sûr, mais la traque, le plaisir de le pêcher sont tout autant enthousiasmants », renchérit M. Carraro.

Car ce poisson est malin: « Un thon de 400 kg a 25 ans. Il en a vu des hameçons, des appâts, des lignes… Il a appris. Il va falloir ruser pour qu’il morde », ajoute le pêcheur. De plus, « vous pouvez avoir tous les appareils électroniques possibles, toutes les cannes ou hameçons, sans savoir-faire, vous n’attraperez pas le poisson ».

Aujourd’hui, les pêcheurs de Gloucester sont optimistes. « L’état du stock s’améliore », dit Dave Marciano, « on est loin de l’abondance passée, mais on est sur le bon chemin. Ca va pas se faire en une seule nuit ».

© AFP

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