La « compensation écologique » prend forme autour de l’autoroute Bordeaux-Pau

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Photo prise le 10 décembre 2010 à Escaudes, d’un panneau de croisement d’autoroutes A65 et A62, quelques jours avant la mise en service de la future autoroute A 65, reliant Pau (Pyrénées-Atlantiques), capitale du Béarn et Langon (Gironde) © AFP/Archives Jean-Pierre Muller

PARIS – (AFP) – Transformer un champ de maïs en prairie pour chauve-souris ou préserver un marécage favorable aux visons: 1.400 hectares de nature sont aujourd’hui gérés en Aquitaine en faveur d’espèces victimes de l’autoroute A65 inaugurée en 2010. Une opération d’ampleur inédite de « compensation écologique ».

Parfois dénoncé comme un « droit à détruire » par certains écologistes, ce principe oblige les bâtisseurs d’autoroutes, de lignes ferroviaires ou autres grandes infrastructures à « compenser » les espaces naturels détruits en en préservant d’autres ailleurs. Il existe en droit depuis trois décennies mais ne s’impose réellement que depuis quelques années.

L’A65 reliant depuis 2010 Pau à Langon (Gironde), souvent qualifiée de « première autoroute post-Grenelle », constitue la « plus importante opération » de ce type en France, a rappelé cette semaine la CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts à qui le maître d’ouvrage a confié la mise en oeuvre de la compensation.

Un test grandeur nature pour les futurs grands chantiers, comme ceux des LGV ferroviaires de l’Ouest de la France ou le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, récemment épinglé sur le sujet.

Pour l’A65, la « dette écologique » globale des 150 km d’autoroute, c’est-à-dire la surface totale à « compenser » pendant la durée de la concession (60 ans), a été chiffrée à 1.372 hectares. Soit l’addition des surfaces favorables aux seize espèces végétales et animales protégées qui ont été impactées par sa construction: 187 hectares pour le vison d’Europe et la loutre, 120 hectares pour l’élanion blanc, un rapace, ou 39 hectares pour la fragile écrevisse à pattes blanches, etc.

La CDC Biodiversité a désormais « sécurisé » ces surfaces en Aquitaine, par achat de terres ou convention avec des propriétaires, et débuté des opérations de gestion.

La « réparation » ne se fait pas sur la base d’un hectare « compensé » pour un détruit mais au « cas par cas » en fonction de la fragilité ou la rareté des espèces, explique à l’AFP Sophie Elie, chef de projet A65 pour CDC Biodiversité. Pour le fadet des laîches, un papillon dont les Landes constitue le dernier « bastion » européen, chaque hectare perdu a ainsi été compensé par sept hectares.

Pour près d’un tiers des opérations, la compensation se traduit par une restauration écologique: par exemple transformer un champ de maïs en prairie qui deviendra un terrain de chasse pour chauve-souris.

Le reste consiste à préserver des zones existantes, par exemple en rétribuant des propriétaires d’aulnaies marécageuses, favorables aux visons, pour qu’ils ne coupent pas les arbres. Ou encore inciter des agriculteurs ou des forestiers à adapter certaines pratiques en faveur de la biodiversité.

La compensation ne doit être que l’ultime recours après les mesures prises pour tenter d’éviter ou de réduire les impacts, rappelle le concessionnaire de l’A65, A’lienor, majoritairement détenu par Eiffage, assurant que le projet aquitain constitue le « nouveau standard » en la matière.

Le choix des espèces et des surfaces à « compenser » reste toutefois trop « opaque », indique à l’AFP Laurent Couzi, directeur de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) en Aquitaine. Et de s’interroger: pourquoi avoir retenu l’élanion blanc, en expansion dans la région, mais pas d’autres oiseaux protégés?

D’autres restent opposés au principe même: « Tout cela ne compense rien du tout! », lâche Philippe Barbedienne, directeur de la Sepanso, une fédération d’associations régionales.

« Ils ont abattu des arbres centenaires, comment voulez-vous les compenser sur quelques décennies? Et on compense souvent sur des territoires qui existaient déjà », ajoute-t-il.

« La copie ne sera jamais l’original, mais il vaut mieux une copie que rien… », estime Laurent Piermont, président de CDC Biodiversité, pour qui l’opération A65 montre que la compensation, « à partir du moment où elle est considérée acceptable par la société, est techniquement possible ».

© AFP

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