Energie: l’UE affiche ses ambitions et ses contradictions

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Energie: l'UE affiche ses ambitions et ses contradictions

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le 22 mai 2013 à Bruxelles © AFP Georges Gobet

BRUXELLES – (AFP) – Les dirigeants européens ont affiché mercredi leur volonté d’unir leurs efforts pour réduire leur facture énergétique, mais leurs ambitions se heurtent à des intérêts nationaux contradictoires et aux pressions des industriels hostiles aux réglementations.

« Nous pouvons faire beaucoup de choses si nous agissons ensemble », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors de la conférence de presse finale du sommet européen.

L’UE vise un triple objectif: garantir des prix abordables pour les clients, réduire la facture des importations et assurer une production domestique continue.

Mais pour cela, l’UE doit surmonter ses intérêts nationaux, souvent contradictoires, afin de mobiliser les investissements considérables nécessaires au développement de sources d’énergie propres, à la construction de nouvelles capacités de production, notamment des centrales à gaz, et au développement d’interconnexions afin d’assurer l’acheminement du gaz et de l’électricité.

Selon le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, l’UE aura « besoin de 1.000 milliards d’euros en investissements d’ici à 2020 ».

Une nouvelle fois, l’Union se retrouve confrontée à ses contradictions. « Les dirigeants de l’UE veulent faire plus d’Europe avec moins d’argent. Il faut qu’ils expliquent comment ils comptent faire », a estimé un responsable européen sous couvert de l’anonymat.

« Ce sont les mêmes qui en février ont taillé dans les demandes de la Commission européenne pour les grands réseaux d’infrastructures afin de faire des économies dans le budget européen de la période 2014-2020 », a-t-il souligné.

« Les conclusions prévoient de faire appel très très largement aux fonds privés », a répondu M. Van Rompuy.

Les pays européens refusent également de se laisser imposer la composition de leur bouquet énergétique (nucléaire, charbon, gaz, renouvelables), et certains veulent désormais pouvoir exploiter leurs ressources en gaz de schiste malgré les dégâts causé à l’environnement par la fracturation hydraulique.

La France refuse cette technologie sur son territoire. Le président français, François Hollande, a été catégorique sur ce point. « Mais nous ne pouvons pas empêcher les autres d’exploiter le gaz de schiste, comme on ne peut pas nous empêcher de recourir au nucléaire », a-t-il dit.

Les conclusions sont explicites: « Le choix du bouquet énergétique est de la compétence des Etats ». Pour nombre de spécialistes, la priorité sera toujours donnée à l’électricité d’origine nucléaire car on ne peut stopper les centrales.

Les orientations données par ce sommet préoccupent donc les écologistes. « Sous la pression de quelques lobbies industriels, les dirigeants européens pourraient enclencher une contre-révolution énergétique, se détournant des priorités définies par l’UE en matière d’économies d’énergie, d’énergies renouvelables et d’investissements dans les infrastructures énergétiques », déplore l’eurodéputé vert français Yannick Jadot.

Les prises de position de huit grands groupes énergétiques (le français GDF Suez, les allemands EON et RWE, le néerlandais GasTerra, les italiens Enel et Eni, et les espagnols Iberdrola et GasNatural Fenosa) et de plusieurs dirigeants européens avivent ses craintes.

Les patrons des huit groupes ont dénoncé « l’échec de la politique énergétique menée jusqu’à présent », et appelé à l’arrêt des aides publiques aux énergies renouvelables qui « ajoutent des surcapacités aux surcapacités ».

Les dirigeants polonais et tchèque ont pour leur part manifesté leur hostilité à tout nouvel objectif « inutilement ambitieux » sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique.

L’UE s’est imposée pour 2020 de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre, de porter à 20% la part des renouvelables dans la consommation et à réaliser 20% d’économies d’énergie.

Les Polonais conditionnent tout mouvement pour de nouveaux objectifs au delà de 2020 à la conclusion d’un accord global « qui devrait être conclu en 2015 ».

Le chemin sera long pour réaliser la Communauté européenne de l’énergie souhaitée par François Hollande. « Nous n’en sommes pas encore là », a reconnu le président français. « C’est le premier élément qui se met en place », a-t-il dit.

© AFP

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