Espagne: les députés votent une loi controversée de protection du littoral

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Espagne: les députés votent une loi controversée de protection du littoral

Des militants écologistes sur le toit du parlement espagnol à Madrid pour protester contre une loi sur le littoral, le 9 mai 2013 © Greenpeace/AFP Pedro Armestre

MADRID – (AFP) – Les députés espagnols ont voté jeudi une loi sur le littoral, censée en « renforcer les mécanismes de protection » selon le parti conservateur au pouvoir, mais décriée par les écologistes qui affirment qu’elle permettra de pérenniser des constructions illégales.

« Le littoral est un écosystème sensible et vulnérable qui a besoin de protection, l’obtenir est un objectif fondamental de cette réforme », affirme le projet de loi proposé par le Parti populaire (PP), qui détient la majorité absolue au Congrès des députés.

Parmi les points les plus polémiques, la loi prévoit d’allonger le régime de concessions attribuées aux constructions bâties sur le domaine public jusqu’à 75 ans.

D’autre part, elle réduit, dans certains cas, de 100 à 20 mètres la frange de littoral qui doit être soumise à un contrôle très strict avant que des travaux, de réparation ou rénovation, y soient autorisés.

La loi, définitivement adoptée jeudi, permettra aussi de légaliser de fait, en les excluant du domaine classé comme public, 12 zones d’habitations, notamment dans les alentours d’Alicante, de Gérone, de Valence ou encore de Malaga.

Alors que des années de développement du tourisme et de construction à outrance ont gravement défiguré le littoral espagnol, le gouvernement affirme que cette nouvelle loi constitue une protection contre les excès des décennies passées.

Le ministre de l’Agriculture, Miguel Arias Cañete, a défendu jeudi un texte qui, selon lui, « évite de nouvelles constructions sur le littoral » et « fournit des instruments plus puissants pour éviter de renouveler les horreurs en matière d’urbanisme commises sous le couvert de la loi de 1988 », qui régissait jusqu’à présent la protection du littoral.

Pour les écologistes et pour les partis d’opposition, au contraire, la nouvelle loi revient à « privatiser » les côtes espagnoles.

Avec cette réforme, « on met fin à la tentative la plus sérieuse jamais lancée en Espagne pour protéger nos côtes », a réagi le porte-parole chargé de l’environnement du groupe socialiste au Congrès, José Luis Abalos. « En Espagne, il reste moins de 30% de côtes qui ne sont pas occupées par l’activité humaine », a-t-il déploré.

Selon l’organisation écologiste Greenpeace, ces vingt dernières années, l’Espagne aurait perdu chaque jour l’équivalent de huit terrains de football de côte vierge, soit plus de 50.000 hectares.

Dénonçant un « jour sombre pour l’environnement », Greenpeace a déployé jeudi matin une pancarte sur la façade du Congrès où était écrit « Le PP vend nos côtes ». La police a interpellé huit militants du groupe qui participaient à l’opération, selon Greenpeace.

Cette loi implique « non seulement que le ministère de l’Environnement offre la côte espagnole à quelques intérêts privés mais aussi qu’il agit avec imprudence en ne prenant pas en compte, par exemple, l’élévation du niveau de la mer », a déclaré Pilar Marcos, responsable de la question du littoral pour l’association écologiste.

Une autre organisation très active dans la défense de l’environnement, Ecologistas en accion, a elle aussi dénoncé une loi « qui détruit définitivement la valeur des côtes comme un bien public » et « ouvre la porte à un processus de privatisation ».

© AFP

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