Une expédition repart à l’assaut du « continent de plastique » du Pacifique

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L’explorateur guyanais Patrick Deixonne, le 13 avril 2012 à Cayenne, en Guyane © AFP/Archives Jody Amiet

PARIS – (AFP) – Un an après une tentative avortée, une expédition va repartir fin mai à l’assaut du « 7e continent », une gigantesque plaque de déchets plastiques flottant sur l’océan Pacifique, grande comme six fois la France mais encore largement méconnue.

A l’origine de l’expédition « 7e continent », l’explorateur guyanais Patrick Deixonne, 48 ans, avait découvert en 2009 le phénomène lors de sa participation à la course en solitaire à l’aviron Rames-Guyane.

« Je voyais tous ces déchets plastiques qui dérivaient autour de moi. Ca m’étonnait et je me suis demandé: +mais ça va où tout ça?+ », explique à l’AFP M. Deixonne à l’occasion d’un passage à Paris pour préparer son aventure.

Revenu à terre, l’ancien sapeur-pompier au Centre spatial de Kourou se documente et trouve la réponse: ces déchets plastiques s’amalgament au point de rencontre de courants marins qui s’enroulent sous l’effet de la rotation de la Terre et forment un immense vortex appelé « gyre ».

Au total, des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans, la force centripète aspirant lentement les détritus vers le centre.

Problème pour les scientifiques, cette « soupe » est essentiellement composée de microdéchets de plastique décomposé en suspension sous la surface de l’eau, parfois sur 30 mètres de profondeur. Très difficilement détectable par les observations satellites, elle est seulement visible depuis des bateaux.

Selon le CNES, l’agence spatiale française qui parraine la mission « 7e continent », le vortex du Pacifique nord, entre la Californie et Hawaï, est l’un des plus importants de la planète, avec une surface d’environ 3,4 millions de km2.

Mais la plaque de déchets qui y flotte est « située dans des eaux peu concernées par la navigation marchande et le tourisme, le problème n’intéresse que les écologistes et les scientifiques », déplore Patrick Deixonne.

Cartographier les zones polluées

Depuis sa découverte fortuite par l’océanographe américain Charles Moore en 1997, cette nappe de débris plastiques n’a fait l’objet que de quelques études visant à étudier l’impact de la pollution sur les océans et leur faune.

Membre de la Société des explorateurs français Patrick Deixonne souhaite donc médiatiser cette « catastrophe écologique » en se rendant sur place pour en rapporter observations scientifiques et images.

L’expédition doit partir le 20 mai d’Oceanside (sud de la Californie) pour mettre le cap sur le gyre « en effectuant tout le long du parcours des mesures pour comparer la concentration et la nature des déchets », explique-t-il.

Grâce au guidage satellitaire fourni par ses partenaires, il compte rallier en six à sept jours la zone ayant la plus forte concentration de déchets, à environ un millier de milles nautiques des côtes.

Un capteur réalisé par des élèves ingénieurs de l’ICAM (Toulouse) avec le CNES sera également testé dans une bouée dérivante. Il doit permettre de distinguer dans l’eau les plastiques des planctons et autres particules vivantes, puis à terme de cartographier les zones polluées grâce à l’imagerie satellite, ce qui serait une première mondiale.

Ironie du sort, l’expédition programmée en mai 2012 avait capoté en raison d’incidents en série impliquant notamment des déchets plastiques.

Avant même le départ de Californie, un sac plastique avait bloqué la pompe à eau de la goélette de 1938 affrétée par Patrick Deixonne. Puis des débris d’un filet de pêche en nylon avaient brisé son gouvernail dans le Golfe du Mexique.

« Des problèmes de plus en plus courants dans cette partie du monde, et qui touchent de façon récurrente les plaisanciers californiens », assure le Guyanais.

Sensibles à cette pollution plastique et aux déboires de Patrick Deixonne en 2012, le Yacht Club d’Oceanside a décidé cette année de s’associer à l’expédition en mettant gracieusement à sa disposition un puissant bateau à moteur et trois membres d’équipage.

© AFP

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