Stockage des déchets radioactifs: un contre-laboratoire dans un tunnel

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Stockage des déchets radioactifs: un contre-laboratoire dans un tunnel

Un employé dans un couloir du laboratoire souterrain de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) à Bure, à 490 m de profondeur, le 28 juin 2011 © AFP/Archives Jean-Christophe Verhaegen

TOURNEMIRE (France) – (AFP) – Face aux caves de Roquefort, en Aveyron, un ancien tunnel ferroviaire sert de contre-laboratoire à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour évaluer la sûreté du projet de stockage en Meuse-Haute-Marne des déchets radioactifs les plus dangereux.

« On ne peut pas se contenter d’observer ce que fait l’Andra », l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans son laboratoire de Bure, explique Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN.

La station expérimentale de Tournemire, à l’extrême ouest du plateau du Larzac, est « le contre-laboratoire qui permet à l’IRSN de disposer de l’indépendance nécessaire » pour asseoir ses connaissances scientifiques et techniques et questionner les propositions de l’Andra.

Le laboratoire souterrain de Bure préfigure le futur Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) que l’Andra a la responsabilité de concevoir et de réaliser, si elle obtient l’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). De son côté, l’IRSN a la charge d’évaluer la sûreté du projet.

Condition préalable à la demande d’autorisation de création de Cigéo, dont le dépôt est prévu en 2015, un débat public va s’ouvrir le 15 mai pour une durée de 4 mois, avec une pause d’un mois en août.

Le sujet est sensible, puisqu’il s’agit de confier à la roche, pour des dizaines de milliers d’années, le confinement de 3% du volume total des déchets radioactifs produits en France, qui concentrent à eux seuls plus de 99% de la radioactivité : les déchets de « haute activité » (HA) et de « moyenne activité à vie longue » (MA-VL).

En apparence, rien de commun entre le laboratoire de Bure, à 500 mètres sous terre, dans une vaste étendue de campagne à la limite de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine, et le tunnel de Tournemire, niché à quelques kilomètres du Causse de Roquefort et de son célèbre fromage.

Mais la roche, l’argilite, dans laquelle a été creusé le tunnel à la fin du XIXe siècle, présente « des analogies très fortes » avec celle de Bure », explique François Besnus, directeur des déchets et de la géosphère à l’IRSN. Une aubaine pour les chercheurs, puisque le tunnel présente un accès très facile à la roche. L’ancienneté de l’ouvrage offre de plus un recul précieux de plus de 100 ans.

En revanche, pas question d’imaginer que le site de Tournemire puisse un jour servir à stocker des déchets radioactifs car il est traversé de failles, ce qui, au grand soulagement du maire Monique Barbaro, le disqualifie irrémédiablement.

Pour autant, ces failles constituent un merveilleux terrain de jeu pour les chercheurs. L’IRSN a ainsi pu montrer les limites d’une méthode de détection utilisée par l’Andra et l’amener à réaliser des études complémentaires.

Depuis qu’il est entré en possession du tunnel, en 1992, l’IRSN a creusé six galeries totalisant plus de 285 m, et plus de 250 forages.

Le projet Cigéo tient-il la route ? La roche permettra-t-elle de gagner la course contre les radionucléides contenus dans les déchets radioactifs, perdue d’avance par les seuls ouvrages humains ?

A Tournemire, les spécialistes évaluent les propriétés de confinement de l’argilite, un milieu où les circulations d’eau, mode privilégié de transports des radionucléides, sont extrêmement faibles, de l’ordre de quelques centimètres par million d’années. On peut d’ailleurs voir des fioles contenant de l’eau du Jurassique, encore composée en partie d’eau de mer.

Chercheurs et ingénieurs s’intéressent aussi de très près aux interactions et altérations mutuelles entre la roche et les matériaux introduits par l’homme (béton, ciment, acier, fer…). Plutôt sereins sur le comportement de la roche, ils se préoccupent aujourd’hui de la durabilité des matériaux pendant la période d’exploitation du stockage (entre un et deux siècles), où l’homme pourrait être amené à récupérer des colis de déchets déjà stockés.

La mise en service industrielle de Cigéo, s’il est autorisé, n’interviendra pas avant 2025. Ce qui ne veut pas dire « qu’il n’y aura pas d’exigences après », a déjà prévenu François Besnus.

© AFP

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