Nucléaire: dans le laboratoire souterrain de Bure, le temps change de dimension

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Nucléaire: dans le laboratoire souterrain de Bure, le temps change de dimension

Dans le souterrain du laboratoire souterrain de Bure, situé à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, le 4 février 2013 © AFP/Archives Jean-Christophe Verhaegen

BURE (France) – (AFP) – C’est sur une roche argileuse de l’est de la France vieille de 160 millions d’années que compte la France pour sécuriser pendant des millénaires le stockage souterrain des déchets radioactifs les plus dangereux, produits en seulement quelques décennies.

Sur le site de Bure, où l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) est implantée depuis une quinzaine d’années, le temps semble prendre une autre dimension. A l’échelle du temps de vie de certains radionucléides, comme le chlore 36, dont la période radioactive (le temps nécessaire pour que la radioactivité diminue de moitié) dépasse 300.000 ans, ou l’iode 129 (période de 16 millions d’années).

Situé à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, le laboratoire souterrain de Bure préfigure, à quelques 500 mètres sous terre, le futur Centre industriel de stockage géologique (Cigéo).

Le projet Cigéo est entré en phase de conception industrielle, mais il reste plusieurs étapes décisives avant sa mise en service, prévue en 2025, s’il est autorisé par l’Autorité de sûreté nucléaire.

Dans quelques semaines, le 15 mai, doit s’ouvrir pour quatre mois (avec une pause en août) le débat public qui permettra aux opposants au projet de s’exprimer et à l’Andra de répondre aux questions, notamment sur la maîtrise des risques. C’est une condition préalable à la demande d’autorisation de création de Cigéo, dont le dépôt est prévu en 2015.

« Il faut du temps pour gérer les déchets radioactifs », commente Thibaud Labalette, directeur des programmes à l’Andra.

A cheval sur quatre petites communes totalisant aujourd’hui quelques centaines d’habitants, le projet engage les générations futures sur des dizaines de milliers d’années. « Plein de choses peuvent se passer », concède Thibaud Labalette : guerres, érosion, glaciation…

Dans son laboratoire souterrain, l’Andra accumule donc les mesures et les tests pour s’assurer de la sûreté des procédés.

Après un passage à la « lampisterie », terme emprunté au vocabulaire minier qui désigne l’endroit où l’on stockait les lampes, on y descend par un puits, en cinq à huit minutes d’ascenseur, équipé de casque, lampe frontale et appareils respiratoire et de géolocalisation, en cas d’incident.

En bas, c’est le chantier : bruit, poussière, engins qui transportent des matériaux le long des quelques 1.500 mètres de galeries. Seulement 49 personnes peuvent être au fond en même temps, ce qui demande une certaine organisation.

Ici, des résistances chauffantes on été introduites dans la roche grisâtre, l’argile du Callovo-Oxfordien, réputée pour sa très faible perméabilité qui s’oppose à la diffusion des radionucléides par les circulations d’eau. L’objectif est de mesurer l’impact de la chaleur sur la roche.

Un des deux types de déchets qui doivent être stockés par le Cigéo, dits de « haute activité » (HA), principalement des résidus hautement radioactifs issus du traitement des combustibles usés, dégagent en effet de la chaleur. Le volume de déchets HA est estimé à environ 10.000 m3, dont 30% sont déjà produits.

Les autres déchets prévus à Cigéo sont dits « de moyenne activité à vie longue » (MA-VL). Ce sont eux qui seront stockés les premiers. Leur volume est estimé à 70.000 m3, dont 60% déjà produits.

Ces deux types de déchets représentent 3% du volume total des déchets radioactifs produits en France, mais concentrent plus de 99% de la radioactivité, dont 96% rien que pour les HA (0,2% du volume)

Au sol, on peut voir des trappes métalliques : on y a introduit divers matériaux utilisés pour le conditionnement des déchets (béton, acier, verre) afin d’étudier leur vitesse de corrosion au contact de la roche.

Dans une autre galerie, sont entreposées des rangées de palettes de bentonite, une argile qui gonfle sous l’effet de l’humidité. Elle va servir à la construction d’un « bouchon », un scellement expérimental pour obturer les galeries.

Le stockage est en effet conçu pour être définitivement fermé à l’issue d’une période de « réversibilité » de 100 ans. « La fermeture n’interviendra que dans plus d’un siècle, mais l’Andra doit montrer qu’elle saura le faire », souligne Thibaud Labalette.

© AFP

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