Entre sécheresses et scandales, razzia mondiale sur les laits en poudre

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Entre sécheresses et scandales, razzia mondiale sur les laits en poudre

Une vendeuse dispose des boîtes de lait en poudre en rayons © AFP/Archives

PARIS – (AFP) – Le prix du lait repart à la hausse sur le marché mondial suite à une forte sécheresse chez les principaux exportateurs. Au point d’inquiéter l’Asie et surtout la Chine et d’alimenter de petits trafics de boîtes de lait pour bébé.

Le manque d’herbe pour alimenter les vaches néo-zélandaises va se payer cher dans le biberon car les vertes collines australes exportent 90% de leur production.

Or à ce stade, la collecte de lait est en baisse de 7% environ depuis le début de l’année, indique l’économiste Gérard You, spécialiste des marchés laitiers à l’Institut de l’élevage à Paris: à la louche, estime-t-il, « il va manquer entre 3 et 5 millions de tonnes de lait » cette année dans le monde.

« Cinq pays ou régions assurent 80 à 85% des ventes mondiales: dans l’ordre, Nouvelle-Zélande, Union européenne, Etats-Unis, Australie et Argentine » explique l’expert. Or tous, pour des raisons climatiques ou de choix, connaissent des situations difficiles sur le premier trimestre 2013.

L’argentine cumule des excès climatiques (sécheresse et pluies) alors qu’elle a converti certaines prairies à la culture, juteuse, du soja. L’UE aussi voit sa collecte baisser – malgré les difficultés des éleveurs français à obtenir des hausses de prix.

« Parler de pénurie, c’est un peu fort, mais l’effet sur les cours est certain » ajoute M. You, qui envisage une hausse de « 25% voire davantage » sur l’année.

Déjà, les volumes d’enchères sur la plateforme internationale GlobalDairyTrade, lancée par le géant néo-zélandais Fonterra, ont augmenté de 33% en six semaines, prévient-il.

La poudre de lait maigre en provenance de Nouvelle-Zélande se vendait vendredi autour de 4.000 euros (5.100 dollars), en hausse de 60% depuis le début de l’année: de quoi inquiéter l’Asie qu’elle ravitaille, en particulier la Chine traumatisée par les fraudes alimentaires depuis le scandale du lait à la mélamine, en 2008, qui avait tué six bébés et affecté 300.000 autres.

Nouveau scandale fin mars, avec près de 25 tonnes de lait en poudre frelaté saisies dans l’est du pays.

« 2008 a constitué un tournant. Les importations de poudre de lait ont été multipliées par 4 depuis: les marques étrangères, c’est une garantie de sécurité malgré un prix supérieur d’un tiers à l’équivalent local », indique Jean-Marc Chaulet à l’Institut de l’élevage, spécialiste de la Chine et éditeur d’une lettre spécialisée, Idele-Chine.

La Chine est devenue en quelques années le premier marché mondial du lait manufacturé, qui tournait en 2012 autour du million de tonnes en poudre, entres les poudres et le lactosérum.

Entre la peur de manquer et celle des contrefaçons, les touristes chinois en Europe se sont mis à dévaliser les rayons pour rapporter des boîtes de lait infantile: le phénomène, observé ces jours-ci à Londres, semble toucher désormais Paris, surtout les quartiers proches des Grands magasins.

« Les Chinois cherchent à s’approvisionner directement dans les pays occidentaux via les voyageurs, chinois ou étrangers », rapporte Gérard Calbrix, économiste de l’ATLA, l’association des industries laitières françaises.

Mais les familles s’approvisionnent aussi par internet, auprès de sites, australiens notamment, qui se chargent également d’expédier le lait par colis postaux en Chine. Et le trafic passe aussi par les voyageurs du train entre Hong Kong et la Chine continentale. « Au point que les autorités chinoises ont limité les quantités de lait qu’ils peuvent rapporter et les fouillent dans les trains ».

Cette razzia sur le lait disponible, sur fond réel de baisse de la collecte mondiale, va finir par poser problème.

« Au-delà de 3.000 euros la tonne, on rentre dans une zone problématique », prévient Gérard You. Certains pays comme le Nigeria ou l’Algérie, risquent ne pas pouvoir suivre. Et dans toute l’Asie, on peut craindre de se mettre à manquer.

© AFP

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