Climat: l’Union européenne se divise sur une intervention pour relever le prix du CO2

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Climat: l'Union européenne se divise sur une intervention pour relever le prix du CO2

Manifestation d’écologistes le 12 décembre 2009 à Berlin © AFP/Archives David Gannon

BRUXELLES – (AFP) – Six pays de l’UE ont appelé vendredi les députés européens à voter mardi prochain en faveur d’une mesure destinée à relever le prix de la tonne de CO2 et sauver « huit années de lutte contre le réchauffement du climat ».

La mobilisation des ministres de l’Environnement français, allemand, britannique, suédois, danois et italien répond à la consigne lancée par le groupe du Parti populaire européen (PPE, droite), la première force du Parlement européen, de voter contre cette mesure.

La commissaire en charge du Climat, Connie Hedegaard, propose de geler 900 millions de tonnes de CO2 sur les 8,5 milliards de quotas qui seront mis aux enchères durant la période 2013-2020 afin de faire remonter le prix tombé à moins de 5 euros la tonne.

Les députés européens doivent se prononcer sur cette mesure lors d’un vote prévu mardi prochain.

« Nous sommes déterminés à rejeter cette proposition et ce vote est important », a annoncé l’eurodéputée finlandaise PPE, Eija Ritta Korhola. Le groupe PPE a décidé de présenter un amendement pour rejeter la proposition. Le PPE, qui représente un tiers des 754 élus du Parlement européen, compte sur les soutiens d’autres groupes.

Le ministre polonais de l’Environnement, Marcin Korolec, farouche opposant du relèvement du prix du CO2, a salué le « bon sens » du PPE, dans un message sur son compte twitter.

Dans ce cas, « huit années d’actions contre le réchauffement du climat seront perdues », déplorent les six ministres dans leur lettre ouverte. « Nous avons besoin d’un signal efficace sur les prix si nous ne voulons pas mettre en péril nos objectifs à long terme », insistent-ils.

Principal instrument des engagements climatiques européens, le marché des quotas d’émission de CO2 (ETS) est en pleine crise. Le prix de la tonne de carbone est descendu à 4,80 euros, contre dix euros il y a un an.

Mme Hedegaard a déjà mis en garde contre l’instauration de mesures nationales dans les Etats membres qui auraient comme conséquence des distorsions de concurrence.

Le vote en plénière est entre les mains du PPE, souligne son entourage. « Le vote sera très très serré. Nous croisons les doigts et si la proposition est adoptée elle le sera à une très faible majorité », ajoute-t-on.

Business Europe, qui représente l’industrie européenne à Bruxelles, a appelé a voter contre la proposition de Connie Hedegaard. Mais 42 grands groupes dont des groupes énergétiques comme E.On et EDF, mais aussi Shell, Ikea et Alstom, ont signé un appel à la soutenir. L’appel doit être rendu public lundi.

Un rejet de la proposition par le Parlement européen sonnerait le glas des ambitions européennes en matière de lutte contre le réchauffement climatique, car il priverait l’UE d’une importante source de financement pour les investissements dans les énergies renouvelables, a reconnu une source européenne.

Les 12.000 entreprises parties prenantes doivent depuis cette année acheter leurs droits à polluer, alors qu’ils leur étaient auparavant alloués gratuitement par les Etats.

Les entreprises les plus polluantes, notamment la sidérurgie, « ont tout intérêt à un prix du CO2 très bas », souligne-t-on de source européenne. D’autant qu’elles ont un trésor de 2 milliards de quotas non utilisés qui vont leur permettre de polluer gratuitement pendant des années, a-t-on précisé.

L’UE s’est astreinte à trois objectifs pour 2020: réduire ses émissions de gaz a effet de serre, dont le CO2, de 20% par rapport à leurs niveaux de 1990, porter à 20% la part des énergies renouvelables et réaliser 20% d’économies dans sa consommation d’énergie. Elle devrait porter son effort de réduction à 40% en 2030 et à 60% en 2040.

© AFP

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