La consommation responsable résiste à la crise mais devient plus égocentrée

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La consommation responsable résiste à la crise mais devient plus égocentrée

La ministre de l’Ecologie Delphine Batho, le 19 mars 2013 à l’Assemblée nationale © AFP/archives Patrick Kovarik

PARIS – (AFP) – Malgré la crise, les Français veulent continuer à favoriser une consommation responsable respectueuse de l’environnement, mais privilégient davantage leurs intérêts personnels, au détriment des grands enjeux de préservation de la planète ou de l’emploi.

Le baromètre 2013 du cabinet Ethicity dresse le portrait de Français déprimés qui relèguent l’avenir de la planète au second plan de leurs préoccupations, mais qui, à 48% (+3 points), veulent continuer en 2013 à adapter leurs comportements en faveur d’une consommation plus responsable.

Près d’un Français sur deux (44%, +5 points) estime même que la crise est l’occasion de revoir profondément ses habitudes de consommation, selon ce baromètre, publié mardi.

Toutefois, alors qu’en 2008, consommer responsable était surtout synonyme de consommer moins, les Français veulent désormais surtout consommer mieux.

Ils sont 34% (+4) à déclarer acheter le même nombre de produits qu’avant mais en cherchant « à remplacer certains produits par des produits plus durables ».

Mais la crise a aussi conduit les Français à privilégier leurs besoins personnels et à se recentrer sur ce qu’ils jugent essentiel, à savoir la qualité et l’origine des produits plutôt que les engagements sociaux ou environnementaux, note Elisabeth Pastore-Reiss, présidente d’Ethicity.

Seuls 43% des sondés déclarent se sentir concernés par l’état de la planète, contre 62% en 2006. Cette question passe désormais au second plan, derrière les problématiques personnelles comme la santé ou le pouvoir d’achat.

La préoccupation environnementale principale est aujourd’hui la pollution (47%) « parce qu’elle touche directement les Français dans leur quotidien », alors que des questions comme la pénurie d’eau ou de matières premières préoccupent moins, souligne Mme Pastore-Reiss.

De la même manière, alors que la motivation première pour acheter des produits respectueux de l’environnement était la préservation de la planète en 2006, c’est maintenant le fait qu’ils sont meilleurs pour la santé qui domine (36%).

« Les Français sont aujourd’hui plus préoccupés par leur bien-être que par les grands enjeux environnementaux et consommer responsable c’est d’abord devenu consommer malin », note la présidente d’Ethicity.

Dans ce contexte, « l’exigence de traçabilité, tendance lourde depuis quatre ans et accentuée par la récente crise du cheval, et la lutte contre le gaspillage deviennent majeures », estime Mme Pastore-Reiss.

Ainsi, 80% des Français (+7) réclament d’être mieux informés sur les conditions de fabrication et l’origine des produits. Le « consommer local » apparait aussi primordial pour 55% d’entre eux (+12).

La volonté de lutter contre le gaspillage concerne 51% des Français, qui sont 31% (+12) à déclarer ne jamais jeter les fruits et légumes qui n’ont plus l’air frais.

« Il existe toutefois encore une différence entre le déclaratif et les actions concrètes », souligne Bruno Lechevin, président de l’Ademe.

Malgré leur envie de consommer responsable, les Français continuent de privilégier la propriété de certains objets, plutôt que la consommation partagée. C’est le cas pour la voiture, que seule une minorité se déclare prêt à louer (27%, -1) ou utiliser à plusieurs (16%, -2).

La motivation principale pour développer ce type de consommation plus respectueuse de l’environnement, est le prix (56%, +3), puis la praticité (45%, +13), loin devant la question écologique (27%, -5).

Pour favoriser une consommation responsable, il faut donc « arrêter de se prendre la tête avec de grands concepts, et être davantage dans le concret, dans le pratique », juge M. Lechevin.

« Les gaz à effet de serre, ce n’est plus le souci majeur des gens, qui veulent plutôt réduire leur facture. Il y a un gros travail de pédagogie à réaliser pour faire comprendre aux consommateurs que les deux vont de pair, que consommer responsable, c’est aussi faire des économies », conclut Ethicity.

© AFP

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