Brésil: sauver un jaguar sauvage dans la savane

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Brésil: sauver un jaguar sauvage dans la savane

Des membres de l’association « Nex » (No Extinction) capturent un jaguar sauvage pour le munir d’un GPS, le 10 janvier 2013, dans l’état de Goiás, au centre-ouest du Brésil © AFP Evaristo Sa

RIO DE JANEIRO – (AFP) – Il fait nuit noire dans la ferme Preto Velho à seulement 80 km de Brasilia quand un jaguar sauvage s’avance insouciant vers son piège: il se précipite sur l’appât de viande et s’écroule sous l’effet de la fléchette anesthésiante.

Il ne s’agit pas d’une scène de chasse mais d’un projet scientifique qui consiste à mettre un collier muni d’un GPS à un spécimen du plus grand félin d’Amérique du Sud pour le protéger car il est en voie de disparition.

La ferme appartient à Cristina Gianni qui a fondé l’ONG « Nex » (No Extinction) et est, depuis 12 ans, un sanctuaire de protection du jaguar. Cet animal nocturne et solitaire peut parcourir 50 km par jour mais il se fait de plus en plus rare dans la savane brésilienne envahie par les plantations de soja et l’élevage de bovins.

Quelques heures après, le cri grave de l’animal de 95 kilos au pelage noir retentit et ses crocs imposants démontrent sa férocité. L’anesthésie est passée et l’animal est remis en liberté dans son habitat.

« Avoir trouvé ce jaguar sauvage en excellente santé à 80 km seulement de la capitale du Brésil (centre) est une surprise fantastique », déclare à l’AFP Leandro Silveira, président de l’Institut Jaguar situé à 800 km de la ferme de Preto Velho et qui a cédé le collier qui aidera à le surveiller.

Au Brésil, où l’on estime que vit la moitié des jaguars américains, existe encore le métier de « onceiro »: celui qui chasse la « onça » (le jaguar).

La pose du collier sur « Xangô » , nom donné au jaguar, a été suivie par des techniciens de l’Institut de l’environnement (Ibama, public) et réalisée dans le plus grand secret.

L’AFP a dû respecter un embargo de 30 jours pour éviter que Xangô ne tombe dans les mains d’un chasseur ou d’un fermier voulant protéger son bétail et le temps que soient recensées les précieuses données captées par le GPS de Xangô comme sa localisation en temps réel.

« Surveiller cet animal peut être très important pour l’espèce puisqu’il se fait de plus en plus rare dans notre savane; il s’agit d’un jaguar noir ce qui est encore plus rare », explique Luiz Alfredo Lopes, technicien de l’Ibama.

Tout en protégeant Xangô, l’ONG Nex est sur le point de réaliser son projet le plus ambitieux: relâcher dans la nature Feira, un jaguar capturé bébé par des chasseurs il y a deux ans en Amazonie.

C’est un énorme défi. « Dans la plupart des cas, la réintroduction des grands félins dans la nature a échoué, même en Afrique, mais nous allons essayer », explique Mme Gianni enthousiaste.

« Quand il est arrivé à nous, Feira semblait ne jamais être sorti de la forêt , il ne voulait aucun contact avec l’homme et ne sortait que la nuit. J’ai découvert que son instinct était resté intact et je me suis promis de faire le possible pour le relâcher dans la nature », dit-elle.

« La mère passe deux ans à apprendre à chasser à son petit. Quand cela se perd, l’animal ne survit pas dans la nature », explique Gianni.

Feira a été élevé dans une enceinte spéciale où il a été entraîné à chasser et à craindre les humains. L’autorisation gouvernementale pour le relâcher vient d’arriver et il faudra lui trouver un coin reculé et préservé en Amazonie.

Preto Velho abrite aujourd’hui 22 grands félins dont 13 jaguars, beaucoup comme Xico, capturé bébé et élevé dans une famille où il jouait et dormait dans le lit de la fillette de la maison jusqu’au jour où il a grandi. « Son instinct sauvage a repris le dessus et ils ont dû s’en séparer », raconte Rogerio Silva de Jesus qui s’occupe de la ferme.

Cinq autres jaguars, animal qui habite dans 18 pays d’Amérique latine – du nord-ouest de l’Argentine au haut plateau central du Mexique – sont en train d’être préparés par l’ONG à retourner dans la forêt.

© AFP

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