Laurence Tubiana, une négociatrice au coeur du débat sur l’énergie

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Laurence Tubiana, une négociatrice au coeur du débat sur l'énergie

La spécialiste des négociations sur le climat Laurence Tubiana, le 29 novembre 2012 à Paris © AFP/Archives Bertrand Guay

PARIS – (AFP) – La spécialiste des négociations sur le climat Laurence Tubiana, cheville ouvrière du débat national sur la transition énergétique, est une adepte des « discussions serrées » autour d’une table plutôt que des slogans tapageurs pour faire avancer la cause de l’environnement.

« Mon rôle est de faire en sorte que le plus de gens possible participent, et donc comprennent l’intérêt du débat, et qu’on réponde bien tous à la même question », confie à l’AFP la chercheuse en économie, regard perçant sous des mèches grises, à la veille de la quatrième séance plénière du débat, jeudi à Paris.

En désignant Laurence Tubiana, 61 ans, comme « facilitatrice » de ce débat sensible, le gouvernement a misé sur une experte discrète. Une négociatrice rompue aux discussions au long cours, à même de manier le langage des ONG comme celui du gouvernement et des entreprises, qui vient par ailleurs de décliner la présidence de l’Agence de l’environnement (Ademe).

Plus de trois ans après le fiasco du sommet de Copenhague, fin 2009, où elle était aux premières loges en tant que négociatrice française, l’économiste défend l’intérêt de tels débats domestiques pour redonner du souffle à la lutte contre le changement climatique.

« Ce n’est qu’à partir du moment où ces réflexions auront été faites sur le plan national qu’on pourra débloquer les choses internationalement, sinon les positions défensives vont toujours l’emporter », estime la directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), un centre de recherche qu’elle a fondé en 2001.

Chercheuse à l’INRA, c’est dans le camp des ONG, avec son association Solagral, qu’elle a mené ses premières batailles dans les années 80, en faveur de la solidarité alimentaire agricole et alimentaire entre le Nord et le Sud.

Le déclic « environnemental », lui, remonte au sommet de Rio, en 1992, quand émerge « un conflit, pour moi aberrant », entre développement économique et protection de la planète: « Il fallait trouver une voie pour concilier les deux, sinon on allait dans le mur », se souvient-elle.

De gauche, Laurence Tubiana intègre, de 1997 à 2002, le cabinet de Lionel Jospin – comme chargée de mission puis conseillère environnement du Premier ministre – et participe aux négociations internationales.

« Les diplomates me regardent comme quelqu’un de différent mais qui peut apporter quelque chose », estime-t-elle, se rappelant notamment d’ultimes tractations en 2000 à Montréal pour conclure le protocole de biosécurité sur les OGM.

Au petit matin, alors qu’un échec se profile, la négociatrice se souvient avoir soumis au groupe des pays en développement une position européenne vieille de plusieurs jours.

« Alors que tout était bloqué, j’ai traversé la salle dans un silence absolument complet et je leur ai donné le texte en leur disant: est-ce que vous le prendriez? Ils l’ont présenté comme si c’était leur texte, et l’accord s’est fait… », sourit-elle, assurant y avoir gagné « des amitiés éternelles de leur côté ».

Pour le député européen Yannick Jadot, Laurence Tubiana fait partie des « gens qui sont capables de faire en sorte que les débats aient lieu ».

D’autres, comme le journaliste et blogueur Fabrice Nicolino, voient davantage en elle une habituée des « comités Théodule », trop proche des entreprises, dont plusieurs (EDF, GDF-Suez, Veolia ou Lafarge) financent son institut.

« Il faut parler avec les entreprises, mais sérieusement. S’il n’y a pas la possibilité de discuter avec elles, on n’obtiendra pas de changement », se défend Laurence Tubiana, qui assure veiller à « l’équilibre » des financements de l’Iddri pour « ne pas dépendre de quelqu’un ».

© AFP

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