Près de Madrid, des millions de pneus abandonnés dans une décharge sauvage

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 Près de Madrid, des millions de pneus abandonnés dans une décharge sauvage

Des millions de pneus entassés dans une décharge, le 9 janvier 2013 à Sesena, près de Madrid © AFP Pedro Armestre

SESEÑA (Espagne) – (AFP) – A flanc de colline, l’immense tache noire s’étend sur dix hectares: tout près de la ville nouvelle de Seseña, au sud de Madrid, des millions de pneus usagés s’entassent dans une encombrante décharge sauvage, qui transforme le paysage en un cauchemar environnemental.

« L’impact visuel est énorme. Le paysage est profondément marqué par cette tache noire. Tous les automobilistes qui passent sur l’autoroute d’Andalousie gardent ce panorama gravé dans la tête », commente Vicente Garcia de Paredes, militant de l’association espagnole Ecologistas en Accion.

La décharge est apparue dans les années 1990, lorsque l’entreprise espagnole Disfilt a commencé à entreposer des pneus sur des terrains privés, explique Carlos Velazquez, le maire de Seseña, qui, élu au printemps 2011, a hérité de ce fardeau empoisonné.

Au départ, ce ne devait être qu’un entrepôt temporaire. Mais au fil des années, les pneus se sont amoncelés, grignotant la colline juste sous une ligne à haute tension, jusqu’à former des monticules disgracieux sillonnés par des allées.

Ils sont de toutes tailles, en assez bon état ou hors d’usage, la plupart provenant de voitures de tourisme, d’autres de poids-lourds.

« On estime qu’il y a aujourd’hui entre 40.000 et 60.000 tonnes de pneus dans la décharge », souligne Vicente Garcia de Paredes.

« Le dépôt s’est formé peu à peu, alors que l’entreprise n’avait pas de licence pour entreposer les pneus sine die », raconte Carlos Velazquez. « Les pneus arrivaient, mais ils ne repartaient pas ».

En 2003, la décharge sera déclarée illégale pour non respect de l’environnement. Depuis, élus locaux et écologistes ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur les nuisances visuelles et les dangers qu’elle génère, en particulier en cas d’incendie.

Car juste en bas de la colline s’étendent les blocs d’immeubles et les terrains vagues de la zone résidentielle de Seseña.

Sorti de terre entre deux autoroutes, aux portes d’une zone industrielle, ce grand ensemble né du projet démesuré d’un promoteur, Francisco Hernando, est devenu l’emblème du naufrage de l’immobilier en Espagne à la fin des années 2000.

Ville fantôme pendant des années, Seseña se peuple aujourd’hui peu à peu, à mesure qu’une partie de ses appartements trouvent preneurs à prix bradés.

« Nous sommes à moins de 500 mètres d’une zone peuplée de 10.000 habitants. Le matériau des pneus est très dangereux parce que c’est un combustible », s’alarme le militant écologiste. « Si un incendie éclate, il sera très difficile à éteindre », ajoute Carlos Velazquez.

Les écologistes s’inquiètent aussi de risques pour la santé et font remarquer que les petites flaques d’eau stagnant à l’intérieur des vieux pneus sont propices à la prolifération du moustique tigre, vecteur de différentes maladies.

Depuis 2003, la décharge est au centre d’un casse-tête administratif. Poursuivie devant les tribunaux, l’entreprise qui la gérait a fini par quitter les lieux et en 2010, une décision de justice a déclaré les pneus « biens abandonnés », mis à disposition de la mairie.

Depuis, rien n’a bougé. Le site, clos par un grillage, est devenu un paradis pour les lapins. Un vigile, accompagné d’un chien, monte la garde.

« Dix ans ont passé. Nous attendons que les autorités se décident à retirer ces pneus. Elles ont le feu vert de la justice », soupire Vicente Garcia de Paredes.

Le maire assure pourtant qu’une solution est proche: il explique avoir reçu, dans le cadre d’un appel d’offres municipal, une centaine de propositions avant de conclure en 2012 un contrat avec une entreprise du Sénégal, qui dispose de trois ans pour vider les lieux.

Les travaux devraient commencer « en avril ou mai », affirme-t-il: les pneus seront broyés sur place, puis acheminés vers des sites de recyclage. Ils pourront alors servir de matière première à des revêtements divers, routes, pistes de sport ou terrains de jeu pour enfants.

© AFP

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