Le Gabon, nouveau repaire du braconnage d’éléphants

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Le Gabon, nouveau repaire du braconnage d'éléphants

De l’ivoire en attente d’être brûlé à Libreville, le 27 juin 2011 © AFP/Archives Wils Yanick Maniengui

LIBREVILLE – (AFP) – Le Gabon, qui accueille plus de la moitié des éléphants de forêt d’Afrique et avait la réputation d’être un pays « stable » pour la faune sauvage, est devenu une nouvelle cible des réseaux de braconniers avec le massacre d’environ 20.000 pachydermes en 10 ans.

« Le Gabon était un pays stable pour les populations d’éléphants de forêt, mais la chasse a fortement augmenté depuis 4 ou 5 ans », affirme le Pr Lee White, directeur de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN).

Depuis 2004, 11.000 pachydermes ont été tués dans le seul parc national de Minkébé (extrême nord) et « environ 10.000 autres » ont disparu dans le reste du pays, d’après l’ANPN.

Le Gabon, qui représente 13% de la forêt tropicale africaine, accueille plus de la moitié des éléphants de forêt d’Afrique (plus petits que ceux de savane), dont la population totale est estimée à environ 80 000.

« Il n’y a presque plus d’éléphants au Cameroun, donc les braconniers se rabattent sur le Gabon (…) Le parc de Minkébé est devenu une zone de non-droit à proximité de la frontière camerounaise », affirme Luc Mathot, de l’ONG Conservation Justice.

Comme dans de nombreuses zones-tampons d’Afrique centrale, les braconniers se jouent de la porosité des frontières pour circuler d’un pays à l’autre. « C’est vaste, il n’y aura jamais assez d’éco-gardes pour protéger chaque forêt et chaque éléphant », souligne Bas Huijbregts, du World Wildlife Fund (WWF).

D’autant que les agents forestiers et les 120 militaires de Minkébé patrouillent « le plus souvent à pied », dans ce massif végétal très dense, de plus de 7 000 km2.

Pour Lee White, la population d’orpailleurs clandestins « passée de 300 à 5000 personnes en 5 ans » malgré une intervention musclée de l’armée en 2011, n’est pas étrangère au massacre des éléphants.

« Ils s’associent à des trafics divers. L’or et l’ivoire sont deux ressources qui attirent », explique le directeur de l’ANPN, qui parle de « réseaux de criminalité organisée ».

Le prix du kilo d’ivoire a dépassé les 2.000 dollars (1.500 euros) sur le marché noir asiatique en raison d’une demande en constante augmentation, d’après plusieurs ONG.

Selon un rapport du WWF de décembre, le braconnage, avec un chiffre d’affaires estimé à 19 milliards de dollars par an, est même devenu le quatrième marché illégal du monde, après la drogue, la fausse monnaie et la traite des êtres humains.

En Afrique, l’argent issu de ce trafic sert à financer divers groupes armés, estime le WWF international.

Selon des diplomates, l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, une des rébellions les plus sanglantes d’Afrique centrale, se finance grâce au braconnage des éléphants et à la contrebande d’ivoire.

« Aujourd’hui en République démocratique du Congo, il n’y a plus que 10.000 éléphants, alors que le pays représente 10 fois la superficie du Gabon (…) Si nous ne renversons pas la situation rapidement, l’avenir de l’éléphant en Afrique est compromis », s’alarme M. White.

Mais pour Bas Huijbregts, du WWF, « le problème de la corruption doit être résolu (…) Il y a des exemples très connus où des gens de l’administration ont reçu des pots-de-vin pour ne pas engager de poursuites contre les braconniers ».

En novembre, un préfet gabonais a écopé de 7 mois de prison ferme pour braconnage et, au Kenya, deux hauts responsables du Service de la Faune ont été suspendus mercredi après que des troupeaux d’éléphants ont été décimés.

« Il faudra se concentrer sur le renseignement pour pouvoir démanteler ces réseaux internationaux par leurs têtes », ajoute M. Huijbregts, qui plaide pour plus de coopération entre les pays de la sous-région.

Selon lui, le braconnage des éléphants « dépasse largement la question faunique et est devenu une problématique sécuritaire et économique ».

A ce titre, le président gabonais Ali Bongo Ondimba, qui fait la promotion d’un « Gabon vert » et mise sur l’écotourisme, a fait brûler 5 tonnes d’ivoire saisies en juin, une première en Afrique centrale.

© AFP

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