Hydroliennes: les industriels français se mettent en ordre de marche

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Hydroliennes: les industriels français se mettent en ordre de marche

Une hydrolienne destinée à être immergée au large de Paimpol-Bréhat, le 31 août 2011 à Brest © AFP/Archives Fred Tanneau

PARIS – (AFP) – L’électricité des courants marins, prochain bataille navale industrielle? Avec EDF et GDF Suez côté électriciens et Alstom et DCNS côté industriels, quatre géants français ont récemment accéléré sur le créneau des hydroliennes, avec des milliards d’euros espérés au fond de la mer.

« Après l’éolien en mer posé, c’est l’énergie marine la plus mature », souligne Antoine Rabain, expert du domaine au sein du cabinet de conseil Indicta.

Actionnés par la marée, ces grands rotors immergés –aux airs d’immenses réacteurs d’avion– peuvent produire de l’électricité au fond des mers à fort courant, comme la Manche.

Dans le seul Raz Blanchard, au large du Cotentin, le courant pourrait générer deux fois plus d’électricité que le réacteur nucléaire EPR en chantier juste en face, à Flamanville (Manche).

« On estime le potentiel mondial entre 75 et 100 gigawatts, soit l’équivalent du parc électrique français. La France a un gros potentiel avec environ 3 gigawatts, et donc toutes les chances de devenir un acteur majeur, d’autant qu’il y aura certainement une prime au premier entrant », souligne M. Rabain.

Les énergies marines (éolien offshore et flottant, hydroliennes, énergie thermique des mers…) étaient en vedette mercredi d’Euromaritime, premier salon consacré à l’économie de la mer à Paris.

Les premiers prototypes d’hydroliennes, d’une puissance similaire à une éolienne moyenne (1 à 2 mégawatts), doivent encore convaincre qu’ils ne sont pas une énième bonne idée sans lendemain commercial. Mais les groupes français y croient, avec une flopée d’annonces depuis le début de l’année.

Les chantiers navals militaires DCNS ont déboursé le mois dernier 130 millions d’euros pour s’offrir une participation majoritaire (59,7%) dans le pionnier irlandais OpenHydro, dont ils détenaient déjà une petite part. Objectif: 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025, contre quelques millions à peine actuellement pour la start-up.

« Il y a un marché, qui nous paraît certain. Il y a effectivement une incertitude sur le délai, mais cela ne nous fait pas peur », a souligné mercredi Bernard Planchais, le numéro deux du groupe.

Dans la foulée, Alstom a bouclé l’acquisition à Rolls-Royce du britannique Tidal Generation, pour environ 60 millions d’euros. Et GDF Suez, qui prévoit une ferme pilote en 2016 dans le Raz Blanchard, vient de mettre en place un plan industriel, centré sur Cherbourg, avec l’allemand Voith et le constructeur naval CMN (Constructions Mécaniques de Normandie).

« J’espère que ça sera le gros sujet de l’année 2013. Je pense qu’il y a une carte à jouer, et rapidement », souligne Pierre Parvez, le patron de la division énergies renouvelables de GDF Suez en France.

Un appel du pied au gouvernement, qui doit lui aussi passer la vitesse supérieure comme cela a été fait pour l’éolien en mer, selon les industriels.

« Alstom a investi plus de 100 millions d’euros pour ouvrir ses usines d’éoliennes offshore. Si on veut la même chose pour l’hydrolien, il faut un cadre favorable », résume Julien Pelcot, vice-président d’Alstom Renouvelables.

Fin janvier à Saint-Nazaire, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a promis un appel à projets pour les parcs pilotes.

Le premier d’entre eux est en cours d’installation par EDF au large de Paimpol (Côtes-d’Armor). Il doit être opérationnel l’an prochain.

Reste que sa première hydrolienne –un modèle d’OpenHydro– a coulé il y a six mois au large de Brest à cause de la rupture d’un treuil et n’a toujours pas été remontée. L’incident souligne la difficulté d’installer ces machines de plusieurs centaines de tonnes.

Selon M. Rabain, le potentiel français équivaut à un marché total d’environ 15 milliards d’euros. Le reste du magot dort côté britannique, avec 8 gigawatts et quelque 35 milliards d’euros.

© AFP

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