Chimpanzés : à la rencontre d’Oscar et des siens

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Chimpanzés : à la rencontre d’Oscar et des siens Disney Cotes d'ivoire

Avec Chimpanzés, Disney Nature nous entraine dans une nouvelle histoire émouvante au cœur de la forêt tropicale africaine. Avec humour, amour et angoisse nous découvrons Oscar, un petit chimpanzé qui part à la découverte de la vie, entouré de sa maman et des siens. Des images exceptionnelles, tournées pendant plus de 3 ans en Côte-d’Ivoire qui montrent les singes dans leur milieu naturel et interpellent par leur beauté. Rencontre avec les réalisateurs, Alastair Fothergill et Mark Linfield et le conseiller scientifique, Christophe Boesch. Retrouvez la bande annonce du film sur goodplanet.info.

Pourquoi avoir fait un film sur les chimpanzés?

Alastair Fothergill (réalisateur) : Ce film est né d’une rencontre, il y a 25 ans. A cette époque, j’ai eu la chance de faire un documentaire sur les chimpanzés en Côte-d’Ivoire pour la chaîne britannique BBC et y ait rencontré Christophe Boesch. Dès le début de ce projet, nous savions que les chimpanzés feraient de très bonnes stars de cinéma. C’était évident, ce sont nos plus proches cousins, à travers leur regard, ils sont capables d’exprimer ce que nul autre animal ne peut exprimer et tout ce qu’ils font nous rappellent à nous . Nous voulions faire un film et non un documentaire : comme chez les humains, les chimpanzés ont un côté sombre et des groupes rivaux. Nous avions nos gentils et nos méchants, c’est à dire la recette de tout film.

Pour ce film, vous vous êtes associés à Christophe Boesch, spécialiste des chimpanzés. Cette association était-elle indispensable ?

Mark Linfield (réalisateur) : C’est un peu illogique, mais lorsque vous voulez faire un film sur les chimpanzés, la dernière chose que vous voulez c’est des animaux qui n’ont jamais eu de contact avec l’Homme. On pourrait aller au cœur du Congo à la rencontre de chimpanzés complètement sauvages mais ce serait un échec complet, car les animaux partiraient en courant en nous voyant. Il nous fallait des animaux à l’aise avec nos caméras et la plupart ne le sont pas puisqu’ils sont chassés. Christophe et son équipe de la Wild Chimpanzee Foundation travaillent en Côte-d’Ivoire depuis plus de 33 ans. Sa connaissance des chimpanzés nous a été indispensable pour trouver le groupe dans la forêt, ne pas l’effrayer avec nos caméras et comprendre les liens sociaux de ses membres.

Oscar n’était pas la star originale prévu pour le film. C’était un autre chimpanzés nommé Sassandra. Mais en commençant à tourner, nous nous sommes rendus compte que la mère de Sassandra était timide et qu’elle partait dès que l’on sortait les caméras. Nous avons persévéré mais il n y a rien eu à faire. Pendant ce temps, Oscar faisait la roue devant nos caméras et était au centre de l’attention. Nous avons donc décidé de changer d’acteur pour le premier rôle. Ce sont les aléas d’un film avec des animaux sauvages. Ils ne sont pas aussi bien payés que les stars habituelles du box office mais ils n’en font qu’à leur tête. C’est également pourquoi nous avons insisté sur la durée du tournage, pour avoir le plus de jours possible avec les chimpanzés. Pirates des Caraïbes a été tourné en 4 fois moins de temps que Chimpanzés.

La présence des caméras a t-elle modifié le comportement des animaux ?

Christophe Boesch (conseiller scientifique) : C’était mon rôle d’éviter ce genre de problème. Je travaille avec les chimpanzés depuis de nombreuses années et connais parfaitement leur comportement et leurs réactions. J’ai mis en place des règles de bonnes pratiques pour éviter d’influencer leur attitude. Seul trois personnes étaient autorisées dans la forêt en même temps et une distance minimale avec le groupe de 7 mètres devait être respectée. De par leur proximité évolutive avec l’Homme, les chimpanzés sont très sensibles à nos maladies, nous avons donc également porté des masques chirurgicaux pour éviter de leur transmettre des petits rhumes qui peuvent se transformer en maladie mortelle chez cette espèce.

Le contenu du film reste assez léger sur le plan scientifique, n’est-ce pas dommage de ne pas entrer dans plus de détails ? De plus, on pourrait être étonné du choix de donner aux chimpanzés une voix, de les humaniser en quelque sorte. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Christophe Boesch : Il est évident que l’on aurait pu donner beaucoup plus d’informations sur le comportement des chimpanzés, mais la stratégie Disney était de toucher le plus grand nombre et notamment les enfants. Comme tous projet de cette sorte, il y a un compromis à faire entre les connaissances scientifiques et la vulgarisation des informations pour le plus grand nombre. Mon rôle était de m’assurer que les faits présentés étaient scientifiquement corrects et c’est le cas.

Si vous allez voir des films de Walt Disney, Mickey Mouse et autres, l’anthropomorphisation est poussée à l’extrême. Pour ce film, je pense que Disney a fait un réel effort. Personnellement je n’aurais pas adopté ce style, mais l’argument est le même, l’important était d’atteindre un public très large et de fasciner les jeunes générations. Et s’il faut utiliser à ces méthodes pour convaincre un plus grand public, pourquoi pas. On se trouve dans une telle situation d’urgence que la fin justifie peut-être un peu les moyens.

Justement, nous sommes dans une situation d’urgence : les chimpanzés sont menacés par le braconnage, la déforestation et les conflits. Vous ne parlez pas de ces menaces dans le film, pourquoi ?

Mark Linfield : Ce n’était pas l’objectif du film. Nous voulions que le public tombe amoureux des chimpanzés. Des documentaires, il en existe des centaines. Nous voulions faire un film distrayant, que le public ait envie d’aller voir. Au cinéma, ce sont les émotions, la beauté des images que l’on montre qui comptent. D’autres supports, écrits ou sur le web, sont plus utiles pour cela.

Christophe Boesch : Evidemment ce fut un point de désaccord entre mon équipe et celle de Disney. Nous avons obtenu qu’il y ait un message de conservation lors de la campagne de communication qui accompagne le film, du moins en France. Il était important pour nous de dire au grand public que des solutions existent : présence effective d’agents, présence de chercheurs ou d’ONG et écotourisme dans les parcs nationaux. Ce film ne parle peut être pas des menaces qui pèsent sur les chimpanzés mais nous espérons qu’il sensibilisera à la situation de l’espèce et que les gens chercheront à en savoir plus.

Alastair Fothergill : Les gens ne veulent pas aller au cinéma pour entendre des mauvaises choses sur la planète, ils veulent y passer du bon temps. Nous avons ajouté des messages de sensibilisation à la fin du film, mais le message le plus fort est celui donné par Disney, qui reversera 1€ pour chaque ticket acheté la première semaine de projection à la Wild Chimpanzee Foundation tenu par Christophe.

Quelles étaient les conditions de tournage ?

Alastair Fothergill : Les forêts tropicales sont des endroits magiques à mi chemin entre le paradis et l’enfer. Les biologistes les adorent, les cinéastes beaucoup moins. C’est un cauchemar de filmer en forêt tropicale, il y a 100% d’humidité, il fait très chaud et très sombre ce qui rend les conditions difficiles d’un point de vue technique. De plus, les chimpanzés sont très à l’aise dans la forêt, ils se déplacent très rapidement sur leurs 4 pattes alors que nous, nous sommes très mauvais. Les lianes se mettent sur notre chemin, nous tombons très facilement, nous ne sommes pas agiles ! Le cameraman pouvait rentrer d’une journée de tournage et dire je n’ai qu’une seule bonne image.

Ce film sera t-il utilisé à des fins éducatives ?

Alastair Fothergill : cela dépend vraiment des pays et des partenariats établis par Disney. Cependant, en Afrique de l’Ouest, Disney et Christophe vont travailler ensemble pour faire passer le film dans les villages. Une caravane ambulante avec un écran gonflable se déplacera à la rencontre du public et Christophe accompagnera les projections de présentation de sensibilisation pour ces populations concernées pas les menaces qui pèsent sur l’espèce.

Roxanne Crossley

Jane Goodall, célèbre primatologue qui a consacré sa vie aux chimpanzés sera présente à Paris le 12 février prochain, où elle interviendra pour présenter « Chimpanzés » lors d’une soirée exceptionnelle au Grand Rex. Inscrivez vous: http://www.janegoodall.fr/htfr/evenements.htm. Entrée 5€.

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