Chalara, le tueur silencieux des forêts britanniques

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Chalara, le tueur silencieux des forêts britanniques

Une femme inspecte les feuilles d’un frêne à Garrowby, en Grande-Bretagne, en novembre 2012 © AFP/Archives Lindsey Parnaby

LONDRES – (AFP) – Simon Ellis est consterné: 50.000 arbres ont été détruits dans sa pépinière et des dizaines de milliers vont lui rester sur les bras. Le coupable s’appelle « Chalara fraxinea », un champignon mortifère venu du continent qui menace les quelque 126 millions de frênes de Grande-Bretagne.

Une première alerte a été lancée début 2012 quand il a été signalé sur des plants importés. Mais sa découverte à l’automne dans la nature a mis en émoi le pays qui craint de voir disparaître l’une des trois essences les plus répandues au Royaume-Uni. Car en quelques mois, il a déjà été repéré sur 352 sites.

Ce champignon se développe sur les feuilles mortes au sol. Ses spores se déposent avec le vent sur le feuillage du frêne. Flétrissement des feuilles, nécrose des rameaux: l’arbre dépérit en quelques années, beaucoup plus vite s’il est jeune.

En hiver, la maladie – la chalarose – est en sommeil. Mais avec les beaux jours, « on va la trouver partout », prédit Simon Ellis, directeur général des pépinières Crowders dans l’est de l’Angleterre, qui accuse les autorités d’avoir trop tardé à réagir. « La situation est totalement hors de contrôle ».

Chalara est « susceptible de dévaster les paysages britanniques », s’alarme aussi Woodland Trust, une association de lutte pour la protection des forêts qui redoute un « désastre écologique ».

Le gouvernement a convoqué cet automne une réunion « Cobra », réservée aux situations de crise. Les importations de frênes ont été bannies, comme la circulation de graines ou de plants dans le pays. 100.000 arbres ont aussi été abattus.

Son seul espoir est pour l’instant de ralentir la maladie et de trouver des frênes résistants « afin de restructurer les forêts ». Car nul ne sait comment l’éradiquer.

Apparue pour la première fois en 1992 en Pologne, elle sévit aujourd’hui dans 22 pays du continent où les frênes, un arbre utilisé pour le reboisement, l’ornement, l’ameublement ou comme combustible, sont aussi communs en ville. Elle a fait des ravages au Danemark, infectant 90% des frênes.

Les pépiniéristes britanniques ont fait leurs comptes: la chalarose a déjà obligé 13% d’entre eux à détruire leurs stocks.

Mais les écologistes s’inquiètent aussi des dommages collatéraux car ces arbres abritent une biodiversité importante. Leur disparition dans les forêts « aurait des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème », confirme un rapport parlementaire.

Comment Chalara a-t-elle traversé la Manche? sa présence dans des bois, sans lien avec les pépinières infectées, laisse penser aux scientifiques que les spores ont sans doute été transportés par le vent ou par des oiseaux.

Mais le champignon a peut-être encore plus voyagé qu’il n’y paraît: des experts estiment qu’il pourrait venir du Japon ou de Corée. Un effet de la mondialisation.

« Un particulier ou une collectivité peut très bien se procurer chez un pépiniériste européen un plant de frênes venu d’Asie d’apparence saine, mais où le champignon est présent à l’état latent », explique Arnaud Dowkiw, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) en France et vice-président de FraxBack. Ce réseau européen regroupe scientifiques et professionnels pour fédérer les connaissances acquises.

« Le problème, c’est que les plants ornementaux ne sont pas soumis à la même réglementation que les plants forestiers en matière de traçabilité et d’origine géographique », note-t-il.

Pour lui, lutter contre la maladie nécessite une « vraie stratégie à l’échelle européenne » et « une concertation entre tous les acteurs, plutôt que d’opter pour des solutions hâtives et de soigner le mal par un autre mal », comme le clonage de variétés résistantes sans respect de la diversité génétique. De quoi rendre au final les frênes plus vulnérables à d’autres dangers, nouvelle maladie, insectes ou changements climatiques.

© AFP

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