Mobilisation pour sauver 500 chauves-souris qui hibernaient dans un platane

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Mobilisation pour sauver 500 chauves-souris qui hibernaient dans un platane

Une femme nourrit une chauve-souris à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) à Rosenwiller, dans le Bas-Rhin, le 30 janvier 2013 © AFP Patrick Hertzog

ROSENWILLER (Bas-Rhin – (AFP) – Elles avaient tranquillement entamé leur hibernation dans un platane à Strasbourg quand leur refuge a été abattu. Des amoureux des chauves-souris s’activent depuis une semaine pour remettre d’aplomb près de 500 rescapées de cette mésa venture, sous l’oeil émerveillé de spécialistes.

Une chauve-souris craintive lance un cri strident, avant de planter ses dents dans la chenille que lui tend une « soigneuse » du centre de sauvegarde de Rosenwiller (Bas-Rhin) de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

« C’est un jeu de patience: elles sont craintives et ce n’est pas leur nourriture habituelle, cela peut prendre plus d’une demi-heure chacune », explique Lauriane Perraud, l’une des deux salariées du centre, qui a enfilé de gros gants en cuir pour se protéger des petites dents acérées de ces chiroptères voraces.

Depuis une semaine, la scène se répète inlassablement dans ce refuge niché dans un petit village du piémont alsacien, qui a l’habitude de recueillir oiseaux et petits mammifères en détresse… mais qui n’en a jamais vu arriver autant d’un coup.

Sur place, une dizaine de bénévoles sont venus à la rescousse pour aider à les nourrir. Les bestioles, qui mesurent moins de 10 cm de long, sont alimentées à tour de rôle, avant d’être placées dans des caisses humidifiées, dans des conditions proches de celle de leur hibernation naturelle.

L’objectif: faire retrouver le plus rapidement possible à ces « noctules communes » les précieux grammes qu’elles ont perdus dans la panique quand le platane où elle s’étaient discrètement nichées à Strasbourg a été abattu.

La découverte de cette impressionnante colonie a eu lieu par hasard au début de la semaine dernière à Strasbourg. Ce sont des riverains qui ont donné l’alerte, après avoir repéré quelques chauves-souris mal en point autour d’un arbre fraichement coupé sur un chantier en cours.

Le soir même, des membres du Groupe d’étude et de protection des mammifères et d’Alsace (GEPMA) et de la LPO étaient sur place. « On a vite compris qu’il s’agissait d’un site d’hivernage, mais cela a été une grande surprise d’en trouver autant », explique Cathy Zell, de la LPO d’Alsace.

Les meilleurs experts ont été contactés sans tarder, et le choix a été fait d’accueillir les près de 500 chiroptères, affaiblis et en danger, dans le centre de Rosenwiller. « A ce stade, l’idée est de relâcher petit à petit celles qui auront retrouvé leur bon poids, qui devraient alors être capables de retrouver un site d’hivernage », explique Lauriane.

Laurent Arthur, conservateur au muséum d’histoire naturelle de Bourges, s’enthousiasme pour ce qui est selon lui « la plus importante découverte connue et documentée de noctules communes dans un arbre en Europe ».

Ce spécialiste des chauves-souris, qui suit l’évolution des hôtes du centre au jour le jour par téléphone, compare la situation à celle « d’un crash d’avion ». « Le plus urgent, c’est de porter secours au plus vite aux rescapés, mais ensuite, il faudra tirer les leçons de ce cas d’école », estime-t-il.

La mésaventure strasbourgeoise montre qu' »abattre un platane creux en hiver, c’est un peu une loterie. Toute une population régionale de noctules peut se trouver dans le même arbre: pour abattre, il faut privilégier des périodes comme la fin de l’été ou le début de l’automne », selon lui.

Les noctules communes, des migratrices qui se sont bien adaptées au milieu urbain, ne sont pas considérées pour l’instant comme une espèce menacée, mais « il faut être prudent si on ne veut pas qu’elles le deviennent », d’après ce spécialiste, évoquant la menace que font aussi peser sur elles les éoliennes.

© AFP

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