Energie: des éoliennes furtives pour ne plus brouiller les radars

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Energie: des éoliennes furtives pour ne plus brouiller les radars

Des techniciens d’Astrium, filiale d’EADS, vérifient une aile d’éolienne recouverte d’aluminium, le 5 décembre 2012 à Blanquefort © AFP Jean Pierre Muller

PARIS – (AFP) – Météo France qui annonce des orages inexistants, l’armée de l’air qui voit des avions en double: les éoliennes ne font pas bon ménage avec les radars. Mais après des années de recherche, chercheurs et industriels sont tout près de la parade avec des machines… furtives.

L’initiative évoque un gadget à la James Bond, pourtant le problème est bien réel: rien qu’en France, des centaines voire des milliers d’éoliennes potentielles (3 à 4 gigawatts) sont bloquées pour ne pas empiéter sur les spectres ultrasensibles des météorologues et militaires.

« C’est un gros volume, c’est plus de la moitié de ce qu’il y a actuellement en service », souligne Robert Bellini, ingénieur au service Réseaux et énergies renouvelables à l’Ademe.

Après plus de six ans de recherches, Astrium (filiale d’EADS) et l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) ont entamé mi-novembre les tests de mesure sur leur première pale furtive dans l’usine de Blanquefort (Gironde), près de Bordeaux. Une première française.

« L’objectif, c’est de montrer que la signature radar peut être 100 fois inférieure à celle d’une pale normale », explique Fabrice Boust, chef du projet côté Onera.

Car les éoliennes sont de vrais fléaux pour les opérateurs radar, au point que ceux-ci doivent systématiquement donner leur accord pour tout projet à moins de 30 kilomètres de leurs stations.

Les recherches ont montré que les militaires pouvaient voir plusieurs avions au lieu d’un, ou alors ne plus le voir du tout. Quant à la météo, « l’effet de l’éolienne serait de dire: +attention il y a un orage qui se prépare ici+ alors qu’en fait non », souligne M. Bellini.

Mais les technologies « furtives », qui coûtent des fortunes pour les avions militaires, seraient-elles assez abordables pour une simple éolienne?

« Rentrer dans l’enveloppe était la principale difficulté mais on y est arrivé, avec des matériaux très peu chers. Il y a aura un surcoût de 10% sur la pale. Mais comme elle ne représente elle-même qu’un quart du prix de l’éolienne, l’impact sera très faible », explique M. Boust.

En effet, dans le cas d’un avion de combat, aucun radar ou missile d’aucune sorte ne doit être capable de le repérer. Pour l’éolienne, il ne s’agit que de la « masquer » sur certaines fréquences très précises de la météo ou de l’armée.

Si la discrétion est de mise, la méthode retenue par Astrium consiste simplement à ajouter dans la pale une couche d’un matériau absorbant ainsi qu’un mince film réfléchissant.

Le plus en pointe est le leader mondial de l’éolien, le danois Vestas, associé avec le britannique Qinetiq. « Ils ont deux ou trois ans d’avance », selon un bon connaisseur du dossier. L’allemand Enercon travaille lui avec une autre filiale d’EADS, Cassidian.

Des logiciels ont également été mis au point pour placer de façon optimale les éoliennes. Quant au spécialiste français des radars, Thales, il vend un radar supplémentaire dit « boucheur de trou »(« gap filler »).

« On n’a pas encore suffisamment de retour d’expérience pour savoir ce qui est le plus efficace techniquement. Mais avec l’éolienne furtive on s’attaque à la source du problème. Alors qu’avec les autres, on s’en accommode », souligne M. Bellini.

D’autant que les terres d’élection des radars et des éoliennes sont souvent les mêmes. « Quand on met un radar, on le met dans une zone un peu dégagée pour qu’il puisse voir loin. Et ces zones dégagées, c’est souvent là où il y a du vent », explique l’ingénieur de l’Ademe.

Au niveau européen, Vestas estime les projets bloqués à 20 gigawatts. Reste que le seuil de tolérance varie selon les pays: selon M. Bellini, le potentiel bloqué est ainsi de 4 gigawatts en France, de 7 gigawatts au Royaume-Uni, mais de seulement 2 gigawatts en Allemagne, plus pro-éolien.

© AFP

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