Abeilles ou têtards fluorescents, les nouvelles « vigies » de la pollution

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Abeilles ou têtards fluorescents, les nouvelles

Des abeilles © AFP/Archives Eric Feferberg

LYON – (AFP) – Des ruches d’abeilles capables d’incriminer un pesticide ou une usine polluante, des têtards qui deviennent fluorescents dans des eaux impropres: des start-up proposent d’utiliser des petites bêtes comme nouvelles « vigies » de l’environnement.

Apilab, Bee Secured ou Watchfrog, de jeunes PME françaises, présentes sur le salon de l’économie de l’environnement Pollutec organisé cette semaine à Lyon, misent toutes les trois sur ce créneau.

A l’aide de capteurs ou même de caméras, les deux premières transforment des ruches en véritables centres de données, permettant de surveiller si la population d’abeilles -mille fois plus sensible aux pollutions que les autres insectes- décroît subitement ou est en mauvaise santé.

Cette méthode permet notamment de repérer l’effet des pesticides, principaux accusés de l’important déclin actuel des populations d’abeilles.

« Par exemple, on peut alerter une mairie sur un épandage agricole qui a provoqué une forte mortalité », a expliqué à l’AFP Benjamin Poirot, directeur d’Apilab, une PME de La Rochelle née en 2007.

« L’autre intérêt, c’est que les abeilles vont faire elles-mêmes des microprélèvements dans l’environnement », lorsqu’elles volent, boivent ou butinent, a-t-il précisé.

Or, a souligné Jean Borel, le patron du concurrent isérois récemment créé Bee Secured, « une seule ruche, c’est jusqu’à 60.000 abeilles, et donc des millions d’aller-retours dans l’environnement chaque jour ».

Coincés sur les butineuses, on peut ainsi retrouver outre les pesticides, des métaux lourds, des dioxines ou des particules fines de chantiers ou de gaz d’échappement.

Le marché est conséquent puisque des milliers de collectivités ou d’entreprises se sont équipées en ruches ces dernières années pour tenter d’enrayer le déclin des abeilles et défendre leur rôle crucial pour la biodiversité.

« Il y a eu une véritable mode, on met des ruches et on plante quelques marguerites, mais on n’est pas en mesure de savoir réellement ce qui se passe et pourquoi », a indiqué M. Poirot.

La « biosurveillance », qui consiste à utiliser des animaux (truites, vers de terre…) ou des végétaux (lichens, mousses…) pour détecter des pollutions anormales, existe depuis des décennies. Mais les méthodes ne cessent de se perfectionner.

Ainsi, la start-up Watchfrog, basée à Evry, a mis au point des tétards qui se mettent à briller -plus ou moins intensément- en présence de micropolluants (traces de médicaments, bisphénol A, PCB, perchlorates…) affectant leur organisme, mais qui restent transparents sinon. De quoi tirer des enseignements pour l’environnement et la santé humaine.

« L’avantage de cette technique, c’est que c’est la seule méthode actuellement pour évaluer l’impact de micropolluants sur la physiologie », a expliqué à l’AFP le fondateur de Watchfrog, Grégory Lemkine.

« Aujourd’hui, l’analyse chimique ne suffit pas à détecter l’ensemble des substances qui peuvent se retrouver dans l’eau et encore moins à évaluer l’efficacité des traitements face à des mélanges de substances qui vont souvent agir en combinaison », a-t-il souligné.

Ces petites « larves-vigies » transgéniques de trois ou quatre millimètres vont prochainement être utilisées par le nouvel hôpital du sud francilien pour surveiller ses rejets de médicaments, Watchfrog travaillant déjà avec des industriels comme EDF et Areva, ou des villes comme Pau et Melun.

Ces méthodes utilisant un modèle biologique connaissent un engouement croissant, a confirmé Vincent Pessey, responsable de missions à la société de conseil Alcimed.

« On recense aujourd’hui six fois plus de publications scientifiques en relation avec les biodétecteurs vivants qu’il y a dix ans », selon lui.

© AFP

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