Siemens tourne la page du solaire, un secteur en crise

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Siemens tourne la page du solaire, un secteur en crise

Le logo de Siemens © AFP/Archives Michele Tantussi

BERLIN – (AFP) – Un grand nom de l’industrie allemande, Siemens, a décidé de tourner la page du solaire en annonçant lundi la mise en vente de ses activités dans ce secteur en crise, soumis à une concurrence asiatique féroce.

« En raison de changements du contexte global, d’une croissance plus faible et d’une forte pression sur les prix dans les marchés du solaire, (nos) attentes dans l’énergie solaire n’ont pas été atteintes », a justifié Siemens.

Le conglomérat de Munich (sud) veut par conséquent se séparer de ses activités dans le secteur. Il a précisé être actuellement en discussion avec des acheteurs potentiels et vouloir recentrer ses activités énergétiques sur l’éolien et l’hydroélectricité.

Cette annonce sonne comme un sérieux revers pour le conglomérat qui misait depuis plusieurs années sur le développement de l’énergie solaire thermique et photovoltaïque.

Il avait notamment acquis en octobre 2009 la société israélienne de solaire thermique Solel Solal, pour 284 millions d’euros, qui compose aujourd’hui une grande partie de ses activités solaires, à côté du photovoltaïque

« Il ne s’agissait pas d’un secteur et de compétences clé pour Siemens. Sa croissance n’a cessé de se déteriorer au cours des derniers mois, voire des dernières années, cela n’a plus de sens de rester actif sur ce secteur », a commenté pour l’AFP Ingo-Martin Schachel, analyste de la Commerzbank.

Siemens, qui se veut « champion des énergies vertes », a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de quelques centaines de millions d’euros dans sa division énergie solaire et hydroélectrique, qui emploie environ 800 salariés, dont 200 en Allemagne.

Au deuxième trimestre 2012, Siemens avait annoncé que ses entrées de commandes dans ses activités liées aux énergies renouvelables avaient fondu de 66% sur un an.

Rattrapé violemment par la morosité conjoncturelle européenne et mondiale, le groupe doit présenter un plan de restructuration à l’échelle du groupe le 8 novembre lors de la publication de ses résultats annuels de son exercice décalé 2011/2012.

La retraite de Siemens vient jeter un nouveau froid sur le secteur solaire européen, qui souffre à la fois d’une concurrence féroce de fabricants chinois à bas coûts et de la réduction progressive du soutien public à l’électricité photovoltaïque en Allemagne comme ailleurs en Europe.

En l’espace de quelques mois, de nombreuses entreprises allemandes du secteur comme Q-Cells, Centrotherm et Solarwatt sont allées au tapis ou ont fait état de graves difficultés financières.

« Dans le photovoltaïque, les difficultés ont beaucoup à voir avec la concurrence des entreprises chinoises. Pour l’énergie solaire thermique, le marché n’est pas encore prêt et il n’y a pas assez de demande », a fait remarquer Ingo-Martin Schachel.

« Le problème c’est que là où il y a du soleil, il n’y a pas d’argent », avait assené le directeur financier de Siemens Joe Kaeser en juillet, en référence aux pays d’Europe du Sud.

En outre, les ministres allemands de l’Economie et de l’Environnement avaient annoncé fin février une très forte réduction du prix d’achat garanti aux producteurs d’électricité photovoltaïque, par crainte d’une envolée des prix de l’énergie en Allemagne.

Le patron de Bosch, Franz Fehrenbach, a estimé début octobre que son groupe pourrait aussi se désengager un jour du secteur solaire, si ce secteur ne sortait pas de la crise.

« Même une entreprise orientée sur le long terme comme Bosch ne peut pas indéfiniment subventionner un secteur d’avenir comme le photovoltaïque – long terme ne veut pas dire éternité » a-t-il mis en garde, cité par le Financial Times Deutschland.

© AFP

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