Du gaz de poubelles dans nos voitures? Une première station-service en France

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Du gaz de poubelles dans nos voitures? Une première station-service en France

Une voiture qui roule au gaz © AFP/Archives Lionel Bonaventure

MORSBACH – (AFP) – De la poubelle au réservoir: la première station-service de gaz propre pour véhicules de France a été inaugurée mardi en Lorraine, marquant l’apparition d’une filière qui rêve de prendre une partie de la place du diesel dans l’Hexagone.

« Il est possible de rouler en France sans émissions de CO2 et sans énergie nucléaire, et c’est un discours qu’on n’entend jamais », a fait valoir Clément Chandon, directeur produit du constructeur de poids lourds italien Iveco, spécialiste des véhicules roulant au gaz.

A Morsbach (Moselle), près de la frontière allemande, il ne faut pas chercher loin le secret de la station de biogaz carburant: à dix mètres se dresse l’usine Methavalor. C’est là qu’on transforme les déchets ménagers de la région en méthane, qui est ensuite épuré par Air Liquide puis injecté dans le réseau gazier.

Quelque 40 stations publiques de gaz carburant existent déjà en France mais celle de Morsbach sera la première à vendre du carburant contenant 100% de biogaz, ainsi qu’une variante un peu moins chère avec un taux de 30%.

Le fait est assez méconnu, mais 15% des bus, environ 10.000 voitures et plusieurs centaines de camions roulent déjà au gaz naturel en France (dont des bus au biogaz à Lille), sans parler des 15 millions de véhicules dans le monde.

Avec l’essor du biogaz carburant, la filière espère aussi renforcer l’attrait des véhicules au gaz en général. Premier marché cible: les poids lourds, où les modèles électriques ou hybrides peinent à convaincre.

« On a atteint avec le gaz carburant un stade significatif mais qui reste modeste, et on sentait une certaine indifférence. Le biogaz redonne un élan », souligne Corinne Berthelot, présidente de l’Association française du gaz naturel pour véhicules (AFGNV).

Si le biogaz est neutre en carbone, le gaz naturel permet en effet déjà 25% d’émissions de CO2 en moins par rapport au diesel. Il est moins cher à la pompe en raison notamment de faibles taxes. Mais surtout, il n’émet aucune particule fine, et 98% moins d’oxydes d’azote et d’oxydes de soufre.

Un argument de poids alors que le diesel, classé cancérigène par l’OMS l’an dernier, est sur la sellette pour ses conséquences sanitaires.

Reste un certain nombre d’obstacles: outre le besoin d’un véhicule spécial 15 à 20% plus cher et d’un coûteux réseau de stations-services, le gaz carburant affiche une autonomie moyenne avoisinant les 300 à 400 kilomètres, à cause de réservoirs environ trois fois plus gros.

« On ne va pas remplacer tout le diesel, c’est certain », concède Gilles Durand, secrétaire général de l’AFGNV. « Tout le monde sait qu’il est dangereux, mais il y a une telle inertie qu’on ne va pas démonter les chaînes automobiles diesel d’ici 20 ans ».

Et malgré son potentiel, la production de biogaz, qui nécessite la création de nombreux sites, ne devrait néanmoins pas dépasser 2% de la consommation française de gaz d’ici 8 ans, selon Catherine Foulonneau, membre de la direction de la stratégie du distributeur gazier public GrDF.

Pour doper la production de biogaz qui peut aussi servir au chauffage et à la production d’électricité, la France a mis en place des incitations, dont un prix d’achat du biogaz par les distributeurs environ deux fois plus élevé que le gaz fossile, et répercuté sur la facture.

« Mais le surcoût va rester de l’ordre de 1% de facture en 2020 », assure Mme Foulonneau.

En Europe, la Suède et la Suisse sont les pays les plus en pointe en terme de biogaz carburant. Pour le gaz fossile, l’Italie s’est lancée dès l’après-guerre, l’Allemagne ayant embrayé plus récemment, et au niveau mondial, les poids lourds sont l’Iran, le Pakistan, l’Inde, l’Argentine et le Brésil.

© AFP

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