Dans le Midi, le carburant d’algues fait ses premiers pas en France

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 Dans le Midi, le carburant d'algues fait ses premiers pas en France

Photo prise le 18 mai 2009 de micro-algues s’alimentant en CO2 pour être transformées en carburant au Vigeant, près de Poitiers © AFP/Archives Alain Jocard

GRUISSAN (Aude) – (AFP) – Niché dans les salins au bord de la Méditerranée, l’endroit évoque une paillote dont les propriétaires mettraient un soin particulier à ne jamais laver l’eau de la piscine.

Et pour cause: à Gruissan (Aude) près de Narbonne, dans de grands bassins en bâche plastique, on cultive ce que beaucoup considèrent comme le carburant de demain: les micro-algues. »L’objectif, c’est de produire chaque année l’équivalent de 10 tonnes de pétrole par hectare de bassin », explique Thomas Lasserre, le responsable de Salinalgue, un projet mené par la Compagnie du Vent (GDF Suez) et auquel participe notamment un autre poids lourd du CAC 40, Air Liquide.

Les premiers bassins à ciel ouvert – d’une taille encore modeste de 1.000 mètres carrés – ont été inaugurés au printemps, et la première campagne d’essais a eu lieu cet été. L’an prochain et en 2014, Salinalgue devrait multiplier sa taille par plus de 50 sur les terrains des Salins du Midi.

Comme la « Dunaliella Salina » utilisée ici – une micro-algue locale adaptée à l’eau très salée et donc peu susceptible d’être envahie par d’autres organismes – les algues ont l’avantage de se nourrir en masse de CO2, le principal responsable du réchauffement climatique. Ce qui permet d’envisager de connecter les cultures à des industries polluantes situées à proximité.

Transvasées dans des réservoirs de plus en plus grands, jusqu’au grand bassin final, les algues invisibles à l’oeil nu (8 microns de diamètre) font l’objet d’une récolte chaque mois. L’huile – qui sert de carburant liquide – est alors extraite, le reste de la masse végétale pouvant être transformé en gaz.

Alors que les biocarburants de première génération sont dans le viseur de Bruxelles et des écologistes pour leur responsabilité supposée dans la déforestation et l’envol des prix des céréales et des huiles, la piste des micro-algues suscite beaucoup d’espoir.

Elle n’empiète pas sur les terres arables, nécessite dix fois moins d’espace au sol et peut s’installer sur des friches agro-industrielles en perte d’activité.

Mais même si les Etats-Unis ont pris de l’avance et que des milliards ont déjà été investis dans le monde, le concept en est encore à ses prémices. Et le modèle environnemental et surtout économique reste encore à confirmer, de l’aveu même de ses promoteurs.

« En 2020 il pourrait y avoir des preuves de concepts industriels viables. Mais pour une production en masse on est sur des horizons un peu plus lointains », souligne Thomas Lasserre, qui avertit également que « les micro-algues ne vont pas se substituer entièrement au pétrole, c’est certain ».

En France, des PME dynamiques comme Fermentalg, en Gironde, Algosource Technologies, en Loire-Atlantique, ou la réunionnaise Bioalgostral ont investi le créneau.

Mais les marchés de niche, comme l’aquaculture, les cosmétiques ou les colorants alimentaires devraient être les premiers à se développer, selon Jean-Philippe Steyer, directeur de recherches au laboratoire de Biotechnologie de l’Environnement de Narbonne.

« Avec les algues, on n’est pas encore à un euro du litre de carburant, c’est certain. On est plutôt autour de 5 à 10. Il y a encore des verrous, notamment sur l’énergie consommée pour récolter. Mais on sait que c’est faisable et un jour on va y arriver », dit le scientifique.

Encore disparate, la filière cherche actuellement à s’organiser, avec un « institut d’excellence » baptisé GreenStars, près de Montpellier, pour chapeauter les différents projets et laboratoires de recherche à travers la France. Un pôle de compétitivité public-privé soutenu par des poids lourds comme Total, EADS, Suez Environnement, Veolia, Sofiprotéol ou encore PSA.

© AFP

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