Allemagne: la transition énergétique à l’épreuve de la technique et des coûts

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Allemagne: la transition énergétique à l'épreuve de la technique et des coûts

Démantèlement d’une centrale à Neckarwestheim, dans le sud-ouest de l’Allemagne, le 28 juin 2012 © AFP/Archives Thomas Kienzle

BERLIN – (AFP) – Un an après avoir annoncé qu’elle fermerait toutes ses centrales nucléaires d’ici dix ans, l’Allemagne se heurte aux réalités techniques pour développer ses énergies renouvelables, dont le coût suscite, en outre, de plus en plus de critiques.

Les principaux opérateurs de réseaux électriques en Allemagne ont annoncé lundi un relèvement de près de 50% de la taxe payée par les consommateurs allemands pour soutenir le développement des énergies vertes.

Une hausse qui correspond pour un foyer de trois personnes consommant 3.500 kilowattheure par an à une dépense supplémentaire d’environ 60 euros, soit au total 185 euros.

« Les Allemands sont favorables à la transition énergétique et sont prêts à en payer le prix », a affirmé à l’AFP Claudia Kemfert, économiste pour l’institut allemand DIW.

Mais, si la fermeture des centrales nucléaire d’ici 2022, décidée après la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, bénéficie d’un large soutien, le prix à en payer fait toutefois tiquer de plus en plus de consommateurs, selon un sondage publié vendredi par l’Agence allemande pour l’énergie renouvelable.

D’autant qu’au deuxième semestre 2011, les prix moyens de l’électricité domestique en Allemagne (25,3 euros pour 100 kWh) étaient déjà les plus élevés en Europe, juste derrière le Danemark (29,8 euros).

La hausse est encore moins bien acceptée par les ménages en raison du fait que près de 700 entreprises bénéficient d’une exemption ou d’un abaissement de charges pour préserver leur compétitivité, selon les chiffres du ministère de l’Economie, et environ 2.000 ont postulé pour être, elles aussi, exemptées l’an prochain.

« Le coût du renouvelable pour les consommateurs et les industries a atteint un niveau insoutenable », selon Karl Ludwig Kley, patron de la fédération allemande de l’industrie chimique, qui, elle, paie cette taxe.

Selon lui, la hausse portera en 2013 la contribution du secteur chimique de 500 millions à 800 millions d’euros.

Face aux reproches croissants, le ministre allemand de l’Environnement Peter Altmaier a averti lundi, dans le quotidien populaire Bild: « Il est certain que le changement énergétique, que nous voulons tous et que je veux réussir, ne sera pas gratuit ».

Outre la question du financement, l’Allemagne se heurte à des problèmes techniques et des réticences au niveau local, notamment concernant la construction de lignes à haute tension.

Les opérateurs de réseau ont dû intervenir à plusieurs reprises pour stabiliser le réseau, et par deux fois, en décembre et en février, le pays a fait appel à ses capacités de réserve.

Principale difficulté, les parcs éoliens en mer se sont développés à grande vitesse dans le nord du pays, très exposé aux vents. Or les besoins en électricité sont localisés à plusieurs centaines de kilomètres, au sud du pays, régions très peuplées où se concentrent usines et industries, et requièrent de gigantesques investissements pour acheminer l’électricité.

Les variations saisonnières obligent également l’Allemagne à maintenir en activité ses centrales conventionnelles, polluantes, pour palier la chute des vents ou un faible ensoleillement, voire à importer de l’électricité.

« Les objectifs du gouvernement sont atteignables mais il y a des choix importants à faire, afin de créer les conditions pour la construction d’un réseau d’acheminement et de stockage des énergies renouvelables », a estimé Claudia Kemfert.

Une réforme de la loi est « absolument inévitable et nécessaire », si l’Allemagne veut atteindre ses objectifs, avait déclaré vendredi le ministre de l’Environnement.

Face à l’explosion du nombre de panneaux solaires et de parcs éoliens, il a proposé de fixer de nouveaux « objectifs quantitatifs et un nouveau calendrier » pour garantir aux énergies vertes une progression plus régulière.

Le ministre a également proposé une meilleure coordination entre Etats régionaux, Etat fédéral et secteur privé pour réussir à atteindre l’objectif de porter la part des énergies renouvelables à 80% de son bouquet énergétique d’ici 2050.

© AFP

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