« Il faut parler de merde »

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Catarina de Albuquerque

L’accès à l’eau potable a été reconnu comme droit humain le 28 juillet 2010. Mais l’assainissement reste tabou.

La résolution rappelle en préambule que le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement cause la mort de 3 millions de personnes par an et d’un enfant toutes les trois secondes ; que 1,5 millions d’enfants mourraient chaque année de diarrhée, et qu’un tiers de ces morts pourraient être évitées grâce à la mise en place de services adéquats d’assainissement. Et aussi qu’une personne sur huit n’avait pas accès à l’eau potable et que la diarrhée était la deuxième cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans.

Catarina de Albuquerque, est rapporteuse spéciale des Nations Unies pour le droit à l’eau et l’assainissement. Cette spécialiste portugaise du droit international a œuvré à la reconnaissance du droit à l’accès à l’eau : « C’est la première fois que les États membres des Nations Unies se mettent d’accord pour dire : l’eau, c’est un droit. 122 pays ont voté pour et aucun n’a osé contre – même si 41 se sont abstenus. Mais désormais il faut obtenir l’essentiel : la mise en œuvre de ce droit. Il faut que chacun sur la terre dispose d’une quantité minimale d’eau pour ses besoins domestiques et personnels. »

Qu’est-ce que change cette résolution ? En termes légaux, elle est dite « opposable ». C’est-à-dire qu’elle ne peut pas être ignorée, même quand elle n’est pas mentionnée explicitement. Selon Catarina de Albuquerque, « Cette résolution change les rapports de force et oblige les États à prendre des mesures pour faire en sorte que ceux qui n’ont pas de pouvoir aient accès à l’eau et à l’assainissement. »

Un exemple ? « Cela donne la possibilité aux gens d’aller à un tribunal, comme j’ai vu au Costa Rica : les habitants d’un petit village ont arrêté la construction d’une conduite d’eau qui allait les priver de leur eau pour approvisionner des terrains de golf et des hôtels… »

C’est également le cas au Botswana, où, en 2011, des Bushmen expulsés de leurs terres pour construire un hôtel de luxe, et privés de l’accès à leur puits ont gagné un long procès – et les promoteurs ainsi que le gouvernement ont été condamnés à reconstruire leur puits !

Mais on oublie souvent que les pays en voie de développement ne sont pas les seuls concernés. « En France, comme dans nombre de pays d’Europe, les Roms sont des « parias » de l’eau, tout comme les SDF. » Ou, aux USA, les Indiens.

Pour fournir l’accès à l’eau potable, il est indispensable de mettre en place de systèmes d’assainissements. En effet, la première cause de contamination des eaux dans les zones habitées, ce sont les excréments humains. Et cela, tout particulièrement dans les pays en voie de développement, dans lesquels les systèmes d’assainissement sont souvent encore moins efficaces que les canalisation d’eau potable. Et dans lesquels la population augmente rapidement.

Catarina de Albuquerque nous invite à voir les choses telles qu’elles sont : « Il existe un milliard de personnes qui font leurs besoins en plein air. Ne pas traiter l’assainissement, considérer le problème comme tabou, c’est empêcher de le résoudre. Il faut regarder les choses en face et il faut parler de merde. Car il y a des solutions : c’est une question de volonté politique. »

Face à une population mondiale toujours plus nombreuse, l’installation de systèmes d’assainissement et de traitements des eaux usées est un grand défi de notre siècle. Il existe des solutions pour les zones rurales et pour les zones urbaines à forte densité. Mais pour résoudre ces problèmes, il faut, comme le répète inlassablement Catarina de Albuquerque, regarder les choses en face, « il faut parler de merde ».

Olivier Blond

Pour en savoir plus :

Interview de Catarina de Albuquerque : « Je défends le droit à l’eau », dans le journal La Provence.

L’accès à l’eau potable comme droit humain :

Sur l’et les enjeux sanitaires

Pour en savoir plus sur l’assainissement en Inde :

Pour en savoir plus sur l’association qui impulse l’installation de toilettes publique au Kenya

Pour en savoir plus sur les actions de MSF dans le bidonville de Kibera :

Pour voir une vidéo sur ce thème : http://www.youtube.com/watch?v=JAH-dQdUotY et http://www.youtube.com/watch?v=trUsnKGKEMo

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