Les écoquartiers, un nouvel outil des politiques publiques

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Les écoquartiers, un nouvel outil des politiques publiques

Enseignant chercheur en urbanisme Taoufik Souami est l’auteur d’Ecoquatiers secrets de fabrication. Il revient sur la situation actuelle des écoquartiers.

Pourquoi avoir choisi d’intituler votre livre écoquartiers secrets de fabrication ?

Le but de cet ouvrage était de voir ce qui se cachait derrière les discours des « belles réussites » affichées des éco-quartiers et derrière leur réalisation. Ce livre est le résultat de nombreuses recherches entamées dès 2003. Car, on s’est rendu compte qu’au-delà des présentations officielles, on disposait de peu de connaissances sur la façon dont ils sont mis en place. Sur ce qui marche ou pas dans le processus de mise en place de ces quartiers.

Comment se définit un écoquartier ?

Il n’y a pas vraiment de définition, et on peut dire que c’est tant mieux car donner une définition risque de fermer des portes à certaines initiatives. Néanmoins, il y a consensus sur ce qui caractérise un projet d’écoquartiers : réduire l’impact de la ville sur l’environnement domaine par domaine : eau, déchets, énergies, transports etc. Et, pour y parvenir, il faut modifier le modèle de conception urbain, le réinventer car le modèle urbain actuel conçu il y a une quarantaine d’années montre ses limites. Les éco-quartiers sont des expérimentations qui visent à apporter des solutions aux disfonctionnements du modèle urbain.

Où en est-on dans la réalisation des écoquartiers en France ?

Nous sommes plutôt dans une phase de mise en œuvre. Seuls quelques quartiers sont finis. La plupart sont du neuf, des sorties de terre. Une minorité se constitue d’opération de réhabilitation de quartiers déjà existants. Beaucoup sont des projets en cours d’élaboration ou de réalisations. Un foisonnement autour des écoquartiers existe, ils attirent, ils intéressent. C’est un bon indicateur de l’intérêt des collectivités pour ces démarches.

Dans les pays du Nord de l’Europe, les premiers projets ont été portés, il y a une vingtaine d’années, d’abord par les habitants et les associations dans le but d’aller vers une démarche d’innovations. Dès lors, on a assisté à une montée en puissance progressive de ces projets. En France, cela prend l’allure d’une vague portée par les pouvoirs publics locaux. De nombreux projets sont menés en même temps à différents endroits du pays.

A quoi servent les écoquartiers ?

Ils jouent un rôle politique et technique afin de mieux faire en matière d’environnement. Ils servent à l’apprentissage de et la réalisation de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes de bâti. Cette fonction d’apprentissage se retrouve non seulement dans l’aspect urbanisme et architecture, mais aussi dans l’aspect politique puisqu’ils deviennent un outils des politiques publiques. Ils permettent également de susciter le débat, d’échanger des idées. Le tout afin d’améliorer les conditions de vie en ville.

Dans votre livre, vous présentez les projets d’écoquartiers comme des prototypes, pourquoi ? dans ce cas comment faire pour qu’ils se généralisent ?

Je ne pense pas qu’il faille les généraliser. Mais, on peut tirer des enseignements de ces expériences pour en tirer des pratiques qui peuvent être reproduites ailleurs. Par exemple, on s’est rendu compte qu’il y avait un travail important à fournir sur l’accueil des nouveaux habitants. Il en va de même pour la question du tri des déchets si les habitants ne jouent pas le jeu. Idem pour les déplacements si on n’imagine un quartier sans voiture et que les habitants se contentent de laisser la leur en dehors du quartier, cela fausse tout Si on n’implique pas les citoyens dans la démarche, alors ça ne peut pas fonctionner. Les succès, mais aussi les échecs de certaines mesures dans les éco-quartiers sont riches d’enseignements.

Avez-vous des exemples de succès de réussites d’écoquartiers ? pourquoi ?

Je pense à Hanovre, au quartier de Kronsberg où les habitants ont été présents dès la conception et sur le chantier. C’est assez rare pour un projet de cette ampleur ; plus de 6000 logements. Mais ça a été exemplaire. En terme de mise en œuvre, les dispositifs d’évaluation, les bureaux d’études externes et les financement sont à mes yeux un modèle.

Des échecs ?

Toujours à Hanovre ils ont dû revoir leur position sur le solaire. Ils ont avant tout mis des panneaux solaires pour rendre visible leur action sur l’environnement. Ce dernier avait un apport sur la totalité du bilan énergétique, mais pas si important que cela. De plus, il ne s’accompagne pas d’une réduction de la consommation énergétique. Dans tous les cas, les concepteurs se trouvent confrontés à des éléments qui bloquent, à des choses qui ne se font pas. Et ils tentent d’y apporter d’autres solutions en gardant en tête leur démarche de respect de l’environnement.

Qu’est ce qui favorise la création d’un écoquartier ?

Il n’y a pas de critères définis. Toutefois, il est possible de voir 3 pré-requis qui favorise l’aboutissement d’une démarche d’éco-quartier :

– un portage politique du projet

– une expertise et des connaissances (que ce soit des ateliers, des colloques, des techniques ainsi que des personnes capables de les mettre en œuvre)

– la constitution d’une image partagé du projet entre les acteurs concernés, en particulier sur les questions environnementales

Il n’y a pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, de prérequis financier.

Enfin, c’est un point important que vous soulevez dans votre ouvrage ; la participation des habitants. Quel rôle les habitants jouent-il dans le succès ou l’échec d’une démarche d’écoquartier ?

Dans les pays du Nord, ils participent aux projets, les influencent dès le début. Ils infléchissent le projet. Ils ont un rôle de garde-fou, surtout en ce qui concerne l’ajustement de l’aménagement du quartier à ses usagers. Toutefois, ils ne se substituent pas aux politiques qui prennent les décisions. En France ce n’est pas le cas. Ils sont consultés, mais ne jouent pas un rôle très actif dans la conception et le suivi du projet, sans doute car cela les intéresse très peu.

De plus en plus, on tend à les associer comme co-exploitant du quartier. Par ailleurs, les résidents sont aussi les usagers et les clients finaux des projets. Pour qu’un projet fonctionne, il faut aussi obtenir d’eux un certain niveau d’adhésion qui ne s’acquiert pas que dans le discours.

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