Cultiver bio à la mode cubaine

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Humberto Rios Labrada a reçu le prix Goldman pour l'environnement en 2010 pour avoir favorisé l'essor d'une agriculture respecteuse de l'environnment et assuré la sécurité alimentaire de son pays

Humberto Ríos était un jeune scientifique à l’époque de la chute du bloc soviétique, qui s’est traduite pour Cuba par une crise sans précédent. Alors que l’île était le plus gros consommateur d’intrants d’Amérique latine et que le pays avait développé une monoculture mécanisée, « il n’y avait plus ni carburant, ni insecticides, ni rien pour cultiver », raconte Humberto.

C’est le début des années 1990, et le jeune chercheur commence sa thèse avec un projet : aider les agriculteurs qui manquent soudain de tout. Il faut trouver de quoi manger et nourrir leur famille. Par nécessité, les coopératives redécouvrent la rotation des cultures et les techniques agro-écologiques. Privés de pesticides et d’engrais, les agriculteurs se mettent à faire du « bio ».

Humberto et son équipe sélectionnent des variétés de plantes originaires de l’île, adaptées au terrain, mais dont les agriculteurs avaient perdu la trace suite à l’implantation des monocultures d’exportations. Il encourage les agriculteurs à les utiliser. « Au début, entre 1990 et 1999, c’était surtout des variétés de courges », précise-t-il. En 1999, les producteurs associés au projet deviennent plus nombreux et de nouvelles variétés sont intégrées, notamment du maïs, des haricots et du riz, éléments fondamentaux du régime alimentaire cubain. Aujourd’hui, les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture durable, selon les principes d’Humberto, sont 70 000.

Le jeune chercheur cubain aide les fermiers à augmenter leur productivité en encourageant la diversité des semences : l’augmentation de la diversité permet, par exemple, des cultures réparties sur plusieurs périodes de l’année. Il favorise le partage d’expérience au travers de “fêtes des graines” sur toute l’île : des rassemblements où les paysans échangent donc des graines mais aussi des conseils sur comment faire pousser telle ou telle variété…

Pendant que son projet prend de l’ampleur à Cuba, Humberto commence à exporter sa méthode dans d’autres pays d’Amérique latine. Il voyage notamment au Mexique dans les Etats du Chiapas puis de Oaxaca et de Veracruz pour promouvoir cette initiative locale qui a fonctionné dans son pays, puis en Bolivie, au Honduras, ou au Nicaragua.

D’après lui, le cœur du projet, c’est la connaissance qu’ont les paysans de leurs terres, une connaissance basée sur des traditions ancestrales et millénaires, qu’il faut faire revivre, dans un objectif de durabilité et de développement. « Aujourd’hui je ne suis plus un scientifique conventionnel, je fais la science pour les gens, pas pour les scientifiques ». Il voit sont projet comme un processus d’apprentissage : « Il faut un changement dans les mentalités pour apprendre à tirer plus de profit des ressources naturelles », explique-t-il.

Cette manière de voir l’agriculture est plus proche des gens, selon Humberto, car elle se développe avec eux, grâce à eux, au niveau local. D’après lui, c’est cette voie que doit suivre Cuba et c’est d’elle que devraient s’inspirer de nombreux autres pays, qu’ils souffrent d’une crise alimentaire ou pas.

En 2010, Humberto Rios Labrada a reçu le Prix Goldman, parfois surnommé le prix Nobel de l’environnement. « J’ai été très surpris par cette annonce : la nouvelle est arrivée sans aucun avertissement des Etats-Unis, et je n’y crois toujours pas ! ». « Cela a permis de protéger l’idée véhiculée par le projet, de lui donner de la crédibilité et cela a donné un soutien financier pour continuer d’associer renouveau agricole et protection de l’environnement. »

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