Pour jardiner sans pesticides, redécouvrons les méthodes des anciens

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Dans le cadre de la campagne « Les pesticides, apprenons à nous en passer » mise en place par le ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement et le ministère chargé de l’Agriculture, nous avons demandé quelques conseils à Claude Bureaux, ancien chef-jardinier au Jardin des plantes, et fervent défenseur des méthodes traditionnelles de jardinage.

« Pour le jardinage amateur, il n’y a pas de questions à se poser : il faut arrêter de faire les cons, il faut arrêter les produits phytosanitaires ! » Pour Claude Bureaux, ancien chef-jardinier au Jardin des plantes de Paris pendant 20 ans, le jardinage amateur doit se faire – et peut de faire – sans pesticides. Pourtant, chaque année en France, ce sont près de 5 000 tonnes de ces produits dangereux pour la santé et l’environnement qui sont répandues par les jardiniers amateurs dans leur jardin ou dans leur potager.

C’est peut-être par manque d’informations que les Français usent et abusent de ces produits, car « toutes les alternatives aux produits chimiques de synthèse existent aujourd’hui », souligne-t-il. « Le jardinage, c’est 95 % d’action préventive, et 5 % d’action curative », explique cet homme qui est entré au Jardin des plantes à l’âge de 17 ans. Pour lui, il faut donc passer du temps dans son jardin : « Le jardinier est le metteur en scène de la nature », c’est en observant son jardin au quotidien qu’il est le plus à même d’empêcher l’invasion d’insectes nuisibles ou le développement de maladies. « Ensuite, il y a un certain nombre de précautions à prendre pour avoir recours le moins possible aux produits phytosanitaires ».

1) Adapter son jardin à l’environnement

« La toute première chose à faire avant de se lancer dans un jardin, c’est de connaître son environnement. Il faut choisir les végétaux en fonction du lieu, et pas en fonction du coup de cœur qu’on a eu en feuilletant un magazine ! », insiste Claude. Il faut notamment connaître la qualité du sol (acide, calcaire, neutre, alcalin, argileux, sableux) car pour bien grandir, les plantes ont besoin d’un sol approprié. On trouve aujourd’hui dans les jardineries des kits d’analyse des sols très simple d’utilisation. Il est aussi indispensable de se renseigner sur les vents dominants, le calendrier horticole local, l’orientation du jardin : « ne pas mettre par exemple des géraniums à l’ombre ou des impatiences en plein soleil. » « Et puis il ne faut surtout pas hésiter à demander aux vieux du pays ce qu’ils ont fait avant. »

Le choix des végétaux en fonction du lieu est capital, notamment pour les personnes qui ont des résidences secondaires et qui veulent avoir un beau jardin, mais aussi pour celles qui veulent avoir des plantes en ville.

2) Redécouvrir les méthodes des anciens

Le paillage consiste à recouvrir le sol autour des plantes ou des légumes avec d’autres végétaux (écorces et aiguilles de pins, orties séchées, paille, cosses de sarrasin, coques de cacao, etc.) Il a plusieurs vertus. Il permet notamment de maintenir l’humidité du sol en empêchant l’évaporation et c’est un moyen efficace de lutter contre ce qu’on appelle les plantes adventives, c’est-à-dire les mauvaises herbes, un terme que Claude n’apprécie pas trop : « il n’existe pas de mauvaises herbes mais que des plantes dont on en connait pas l’utilité ou qui n’ont pas leur place au jardin. »

La rotation des cultures dans un jardin potager enrichit le sol et prévient les risques de maladies. « Elle est bien connue des agriculteurs, mais moins des particuliers », note Claude. Tout bêtement, il s’agit de ne pas cultiver deux années de suite un même légume à un même endroit en alternant les cultures. En procédant de la sorte, et en respectant certaines règles, on empêche l’installation de parasites d’une année sur l’autre.

« Les associations végétales et l’utilisation de plantes compagnes sont aussi un excellent moyen de se passer des produits phytosanitaires. Certaines plantes ont par exemple un effet répulsif sur les insectes, d’autres attirent les insectes dits utiles qui mangeront les pucerons. »

« Toutes ces méthodes que l’on qualifie aujourd’hui de révolutionnaires sont en réalité ancestrales, glisse malicieusement Claude. Les moines du Moyen-âge les utilisaient déjà. Les redécouvrir fait partie des alternatives aux pesticides. »

3) S’équiper d’un composteur

Avoir un bac à compost permet d’avoir à disposition et à moindre frais de quoi enrichir son sol. « Il y a aussi de nombreux engrais verts (purins, décoctions, etc.) que l’on prépare à partir de végétaux ou même de minéraux et qui peuvent agir comme désherbant, répulsif, fongicide, ou qui peuvent avoir un effet stimulant sur les plantes. »

4) Développer les insectes utiles

Une autre bonne alternative à la lutte chimique, c’est de développer la protection biologique intégrée, et notamment les insectes utiles (coccinelles, syrphes, libellules, etc.) se nourrissent des insectes nuisibles comme les pucerons. « Mais attention, prévient Claude, quand on développe la protection biologique intégrée, il ne faut pas utiliser de produits insecticides, même bio, parce qu’ils tuent aussi bien les insectes nuisibles que les insectes utiles. La feuille de rhubarbe par exemple ou le pyrèthre sont de puissants insecticides naturels. Il faut tolérer les insectes nuisibles parce que sans eux, pas d’insectes utiles. » Il en va de même pour les hérissons qui, même s’ils ne sont pas des insectes, sont des alliés précieux des jardiniers.

5) Utiliser l’eau de pluie

« Ce qui est aussi important, c’est de prévoir un système de récupération des eaux de pluie. Maintenant on en trouve des tas dans le commerce, et pour pas très cher. Dans l’absolu, ce qu’il faudrait même, c’est ne plus utiliser l’eau du secteur pour arroser. Dans le réseau, il y a des tas de produits, du chlore, etc. qui ne sont pas bons pour les végétaux. »

6) Ne pas clore son jardin par des haies en monoculture

« C’est l’erreur que font beaucoup de jardiniers amateurs aujourd’hui, ils entourent leur jardin avec des haies en monoculture de cyprès ou autres. C’est la pire des choses à faire, parce que là-dedans, quand l’araignée rouge par exemple ou n’importe quelle autre maladie s’installe, c’est toute la haie qui y passe ! Au contraire, il faut favoriser les haies mixtes, les haies champêtres, gourmandes, des haies qui fleurissent toute l’année. Il faut vraiment qu’il y ait une diversité végétale dans la haie. Comme ça, on évite qu’en cas d’attaque d’un parasite, tous les arbres y passent. »

7) Lire les étiquettes

En cas de maladie ou d’attaque de parasites, deux solutions s’offrent au jardinier amateur : arracher le pied contaminé, ou traiter. Dans ce dernier cas, il est impératif de « bien lire les étiquettes et de respecter les doses prescrites », insiste Claude. Les jardiniers amateurs ont souvent tendance à mettre 2, 3 voire 4 fois la dose pour être sûr d’être débarrassés des parasites, ce qui est non seulement inutile mais également dangereux. De même, il faut bien s’assurer qu’il y ait le logo EAJ (emploi autorisé dans les jardins). Enfin, il existe des variétés qui résistent mieux aux parasites, par exemple certaines carottes qui résistent à la mouche de la carotte. Il peut donc être plus judicieux de semer ces variétés plutôt que d’autres qui nécessiteront un traitement et entraîneront des dépenses inutiles. »

« Les produits chimiques de synthèse ont connu un véritable essor après la Seconde Guerre mondiale car il fallait alors nourrir la population, raconte Claude. Mais à l’époque on n’avait pas le recul qu’on a aujourd’hui ! Maintenant on sait quelles sont les conséquences sur l’environnement et sur la santé. Certains produits peuvent même réserver des surprises, comme la présence d’ypérite, un dérivé du gaz moutarde utilisé pendant la Première Guerre mondiale ! Et je vais aussi vous raconter une anecdote : tous les produits que j’ai appris par cœur lorsque j’ai passé mon CAP dans les années 1970 sont aujourd’hui interdits et cancérigènes ! »

Pour sensibiliser les jardiniers amateurs au jardinage sans pesticides, le ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement et le ministère chargé de l’Agriculture ont lancé une campagne baptisée « Les pesticides, apprenons à nous en passer ».

La Société nationale horticole de France a quant à elle lancé une plateforme d’échanges avec des conseils pour permettre aux jardiniers amateurs de s’informer et de réduire l’usage de pesticides au jardin : www.jardiner-autrement.fr

Enfin, le dernier livre de Claude Bureaux, Les bonnes associations de plantes, aux éditions Ulmer, recense les associations de plantes, paillages et autres recettes naturelles qu’il a expérimentées dans sa carrière.

Propos recueillis par Benjamin Grimont

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