« Une fausse bonne idée »

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La petite sirène de Copenhague portant un masque à gaz

Présents à la fois dans les manifestations et au Climate Forum Klimaforum (le sommet alternatif), mais aussi par des actions auprès des délégations au Bella Center, le réseau Sortir du nucléaire espère que l’accord qui sera signé à Copenhague n’intégrera pas le nucléaire. Les militants de ce réseau français se sont regroupés avec des militants russes, kazaks, italiens, allemands, néerlandais, finlandais et américains pour exprimer leur rejet de l’énergie nucléaire comme solution potentielle au problème du réchauffement climatique.

??Quelques questions à Charlotte Mijeon, responsable des relations internationales du réseau Sortir du nucléaire.

??Que font les anti-nucléaire à Copehague?

Nous sommes là pour empêcher que l’industrie nucléaire profite du sommet pour verdir son image. Nous craignons que l’énergie nucléaire soit prise en compte comme une solution dans ce qu’on nomme les mécanisme de développement propres (ou MDP) ou dans les plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre destinés aux pays en développement.? Nous sommes présents auprès des délégations officielles pour faire du lobbying. Nous ciblons les états insulaires, très hostiles au nucléaire, ou encore les pays d’Afrique francophone. Nous participons également à des side events au Bella center et on compte aussi intervenir dans ceux en faveur du nucléaire. On est aussi présents au forum alternatif et par des actions dans la rue.

Qu’attendez vous comme résultat ??

Comme tout le monde, on attend un accord ambitieux et contraignant dans lequel le nucléaire n’aurait pas sa place. Il faut que l’accord force les pays industrialisés à réduire tout de suite leurs émissions. Et qu’il n’incite pas à se reporter vers le nucléaire car cela serait une fausse bonne solution.?

Pourquoi donc?

Pour éviter une catastrophe climatique, il faut réduire dès maintenant nos rejets de gaz à effet de serre. Les 3 prochaines années seront décisives, or la mise en place d’une centrale atomique prend plus de 10 ans. Une dizaine d’années donc où les énergies fossiles continueraient à être brûlées, et du temps et des ressources gâchées pour de dangereux projets. De surcroît, les émissions de gaz à effet de serre de la filière nucléaire sont loin d’être négligeables. Sans compter que les ressources en uranium sont limitées et que la question des déchets n’a pas encore été résolue. Et les investissements requis sont très importants, pour une contribution très médiocre. Des sommes identiques consacrées à l’efficacité énergétique et au développement d’énergies plus propres, renouvelables et décentralisées pourraient se montrer plus efficaces que ça soit dans les pays développés ou en développement où parfois le réseau électrique reste à bâtir.

Notons également que les installations nucléaires ont besoin de grandes quantité d’eau pour les systèmes de refroidissement. Or, avec le changement climatique, les périodes de forte chaleur et les sécheresses sont appelées à se multiplier… Construire de nouvelles centrales dans ces conditions est absurde et extrêment dangereux.

?Comment le nucléaire entre-t-il dans les débats sur le climat??

Le nucléaire apparaît pour certains comme une bonne solution dans le sens où il rejette peu de gaz à effet de serre. Mais ce serait négliger totalement d’autres nuisances causées par cette énergie. Nous craignons surtout qu’il soit considéré comme éligible aux fonds attribués aux mécanismes de développement propre (MDP), ce qui aurait comme principale conséquence de drainer de nombreux investissements vers ce secteur au détriment des énergies renouvelables. Des pays come l’Inde (qui n’est pas signataire du traité de non prolifération !) ou la Chine en profiteraient pour multiplier les centrales, avec les risques que cela comporte.

Comment réagissent les pays en développement face au nucléaire??

Je dirais qu’il y a deux cas de figures. Le Niger, par exemple, reste un des pays les plus pauvres du monde alors qu’il dispose d’uranium exploité par des firmes étrangères, mais les dirigeants du pays que j’ai pu rencontrer croient qu’une centrale nucléaire leur permettrait de développer leur industrie et de créer de la richesse. Au contraire, les îles Kiribati, menacées par la montée des eaux, ne voient pas dans le nucléaire une solution à leurs problèmes. Surtout, ils souffrent déjà du nucléaire avec les essais nucléaires passés dans le Pacifique et le fait qu’ils soient sur la route des transports de plutonium vers le Japon. Pour eux, le nucléaire et le climat sont deux menaces immédiates non cumulables et encore moins acceptables même prises en compte séparément.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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