Climat: Biden affiche ses ambitions, le monde applaudit le retour de l’Amérique


Le président américain Joe Biden s'exprime au premier jour d'un sommet climat à Washington le 22 avril 2021 © AFP Brendan Smialowski

Washington (AFP) – Joe Biden a appelé jeudi le monde à « l’action » lors de son sommet sur le climat en dévoilant un nouvel objectif américain de réduction des émissions polluantes applaudi par plusieurs dirigeants qui ont salué le « retour » de l’Amérique dans la lutte contre le réchauffement.

« Je suis ravie de voir que les Etats-Unis sont de retour pour travailler avec nous sur le climat », a lancé la chancelière allemande Angela Merkel.

« Nous sommes tous très heureux du retour des Etats-Unis », a renchéri le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Un à un, les dirigeants invités à participer à ce sommet virtuel, près de 100 jours après l’arrivée de Joe Biden au pouvoir, ont égrené leurs propres engagements et salué la nouvelle posture américaine après quatre années d’inaction et de déni sous Donald Trump.

« Nous devons passer à l’action (…) Nous devons accélérer », a martelé le locataire de la Maison Blanche, rappelant, à l’ouverture de cette réunion en visioconférence de deux jours, qu' »aucun pays » ne pouvait résoudre cette crise « tout seul ».

Mettant en garde contre « le coût de l’inaction », il a vanté les bénéfices économiques « extraordinaires » qui peuvent découler des réformes écologiques.

Le 46e président des Etats-Unis a promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la première économie mondiale de 50% à 52% d’ici 2030 par rapport à 2005. Cet objectif double quasiment l’ancien engagement de Washington d’une diminution de 26% à 28% à l’horizon 2025.

Il doit permettre à l’économie américaine d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

En écho, son homologue chinois Xi Jinping s’est dit « déterminé à travailler avec la communauté internationale, et en particulier les Etats-Unis » sur ce front, en dépit de très vives tensions entre les deux grandes puissances rivales sur nombre d’autres dossiers.

Il a réaffirmé l’objectif d’une neutralité carbone de la Chine d’ici 2060.

Attendu au tournant

Joe Biden a rejoint dès le premier jour de sa présidence, en janvier, l’accord de Paris sur le climat dont Donald Trump avait claqué la porte il y a quatre ans.

Depuis, à l’opposé du discours climatosceptique de son prédécesseur républicain, il décline les avertissements sur « l’urgence » pour éviter une « catastrophe ». Et il a dévoilé un mégaplan pour les infrastructures américaines avec un important volet de transition écologique.

Mais il était attendu au tournant avant ce sommet organisé à l’occasion de la Journée de la Terre. Avant de faire pression sur les autres pollueurs mondiaux afin qu’ils accélèrent la lutte contre le réchauffement, il doit rassurer quant à l’inconstance de son pays en la matière.

La diplomatie chinoise avait raillé la semaine dernière « un mauvais élève qui revient sur les bancs de l’école après avoir séché les cours ».

En l’absence des Etats-Unis pendant l’ère Trump, Xi Jinping s’était ainsi attiré des applaudissements fin 2020 en annonçant que son pays commencerait à réduire ses émissions de CO2 avant 2030.

Le nouvel engagement de Joe Biden est la contribution américaine, qui se veut ambitieuse, pour espérer participer à maintenir le réchauffement mondial sous les +2°C, si possible +1,5°C, par rapport à l’ère pré-industrielle, comme le prévoit l’accord de Paris conclu en 2015. Un objectif planétaire hors de portée en l’état actuel des engagements nationaux.

Pour le Premier ministre britannique Boris Johnson, l’annonce américaine « change la donne » et pourrait donner le coup de fouet nécessaire aux négociations internationales. Se posant en leader sur ces questions, il a défendu son projet renforcé, annoncé mardi, de réduire les émissions du Royaume-Uni de 78% d’ici 2035 par rapport à 1990.

« Vrais progrès »

Saluant aussi l’engagement américain, le président français Emmanuel Macron a aussi lancé un appel à « accélérer ».

Les grandes puissances invitées, qui représentent ensemble 80% des émissions mondiales, se sont mises en ordre de marche pour ce sommet, point d’étape vers la grande conférence de l’ONU, la COP26, prévue en fin d’année à Glasgow, en Ecosse.

A couteaux tirés, comme la Chine, avec les Américains, le président russe Vladimir Poutine a assuré que la Russie, producteur majeur d’hydrocarbures, mettait en oeuvre « avec responsabilité (…) ses obligations internationales ».

Quant à l’UE, elle est parvenue in extremis à un accord sur une réduction nette d' »au moins 55% » de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

Le Premier minisre canadien Justin Trudeau s’est lui engagé à les baisser de 40% à 45% d’ici 2030 par rapport à 2005, tandis que son homologue nippon Yoshihide Suga a annoncé que le Japon allait réduire ses émissions de CO2 à 46% à l’horizon 2030 par rapport à 2013, contre une cible précédente de 26%.

Même le président brésilien Jair Bolsonaro, proche de Donald Trump mais moins de Joe Biden, s’est engagé à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d’ici 2030 et à avancer la neutralité carbone du Brésil de dix ans, en 2050 — malgré le scepticisme des observateurs.

Avec les nouvelles annonces faites ou attendues jeudi, des pays « qui comptent pour plus de la moitié de l’économie mondiale » auront désormais pris des engagements de réduction des émissions, en ligne, en ce qui les concerne, avec l’objectif planétaire de réduction du réchauffement, s’est félicité un organisateur du sommet.

« C’est un début encourageant », « nous commençons à faire de vrais progrès », s’est réjoui Joe Biden après les premières annonces.

© AFP

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6 commentaires

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    • Daniel Jagline

    Si le monde applaudit ce retour c’est que les objectifs escompté ne sont ceux qu’on espère nous en temps que défenseur d’un autre monde qui ne soit pas gouverné par la finance !

    • Jean Grossmann

    Nous sommes il est vrai au début de la négociation mais jusqu’à présent force est de constater que l’Union Européenne, qui est parvenue à un nouvel accord sur une nouvelle réduction chiffrée et significative de ses émissions de gaz à effet de serre à brève échéance plus importante que la précédente, a formulé cette promesse sans expliquer son mode d’action.
    Il va falloir certes comme le souhaite notre président « Accélérer » mais mais encore faudrait-il expliquer comment en espérant que ce n’est pas en appuyant sur l’accélérateur d’un moteur à essence.

    Paris ne s’étant pas fait en un jour nous ne pourrons probablement pas abandonner les produits fossiles brutalement. Ceci dans la mesure où, comme pour la voiture, il faudra probablement passer, au système hybride pour assurer le chauffage de l’habitat dans les grandes métropoles européennes.

    La Russie, vu l’étendue de la Sibérie et le feu de paille du pétrole de schiste aux USA, a raison de se voir comme le producteur majeur mondial d’hydrocarbures. Vu sous cet angle les obligations internationales de cette grande nation pourraient bien être de baisser significativement le prix du gaz de telle sorte que l’Europe puisse, en ce qui concerne le chauffage de l’habitat, financer les infrastructures nécessaires au changement de chaîne énergétique. Ceci de telle sorte que l’exécutif des nations européennes, en commercialisant le kWh gaz à l’utilisateur final à un prix plus important proche du kWh électrique français à savoir au maximum 15 centimes d’euro le kWh, puisse être généré les ressources permettant à chaque nation européenne de financer des infrastructures du type « Solar Water Economy ». Voir l’étude ci-dessous avec rééquilibrage à 10 centimes d’euro le kWh au lieu de 15
    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/LCU_fichiers/incitation-ENR.htm

    Quant à la mise en œuvre de ces infrastructures en Europe ces dernières qui comprennent à la fois une partie disons privative et l’autre disons collective pourraient être, vu leur importance, confiées pour partie à la Chine et aux USA.

    • Christine Mayor

    Y’en a vraiment que pour le Co2!! Et la perte de biodiversité, l’élevage intensif qui pollue les eaux et les sols!!!

    • DUFY michel

    Mr Macron est mal positionné pour que la France réduise ses rejets de CO2 de 55% à l’horizon 2030, car il continue à soutenir les Industries Méga-polluantes comme FIBRE EXCELLENCE TARASCON, pour toujours « gagner plus de fric » en méprisant les Riverains qui sont pollués depuis + de 50 ans ! Déjà 60M€ ont été « donnés » par l’Etat Français à cet Industriel dont le dirigeant du propriétaire, la Multinationale Indonésienne APP, Jackson WINJAJA fait partie des 20 plus riches de la planète et a racheté fin 2018 2 usines au Brézil, avec la bénédiction de Bolsonaro, 8 Milliard de $US ! De qui se moque-t-on ? Quant à la loi Climat, qui est une proposition de « farces & attrapes » d’un gouvernement irresponsable, qui croie encore que les français sont « beunés » et ne voient pas les manigances qu’ils entreprennent sans arrêt, au mépris des français : vivement que les élections arrivent et que ce gouvernement dégage ! c’est une véritable honte !

    • Jean Grossmann

    Vous avez raison Christine de vous de vous préoccuper de cet aspect extrêmement important.

    Notre ancienne ministre de l’écologie madame Batho se préoccupait de voir que les nappes d’eau souterraines libres et liées à la rivière ou fermée entre des couches de terrain imperméables étaient souvent polluées sans qu’il soit possible de les traiter

    Avec le chauffage thermodynamique échangeant les calories sur l’eau comme cela est proposé avec la « solar water economy »cela est heureusement envisageable. Voir les pages
    143 144 (schema hydraulique) et 145
    de
    http://infoenergie.eu/riv+ener/introduction.pdf

    • michel CERF

    Bien d’accord avec Christine et Jean . Quant au dégagisme c’est aux Français de décider .

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