Pesticides : le gouvernement confirme les distances d’épandage controversées

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Epandage d'herbicide "Roundup 720" à Saint Germain-Sur- Sarthe le 16 septembre 2019 © AFP/Archives JEAN-FRANCOIS MONIER

Paris (AFP) – Le gouvernement a tranché: les distances minimales d’épandage des pesticides seront fixées à 5 et 10 mètres des habitations, selon les types de cultures, un dossier explosif sur fond de grogne agricole et d’inquiétude écologique.

L’arrêté, très attendu, s’appliquera à partir du 1er janvier 2020 et confirmera selon un communiqué des ministères de la Transition écologique, de la Santé et de l’Agriculture, les distances mises en consultation publique à l’automne, et recommandées par l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses): cinq mètres pour les cultures dites basses comme les légumes et céréales et dix mètres pour les cultures hautes, fruitiers ou vignes.

Distance portée à 20 mètres pour les produits « les plus dangereux », qui ne représentent toutefois qu’environ 0,3% des substances actives utilisées. Le fameux glyphosate, autour duquel s’est notamment cristallisée la polémique sur les produits phytosanitaires avec des « arrêtés anti-pesticides » pris par des dizaines de maires et systématiquement contestés par l’Etat, n’en fait notamment pas partie.

Les 5 et 10 mètres pourront être réduits, jusqu’à 5 mètres pour l’arboriculture et 3 pour la « viticulture et les autres cultures », sauf à proximité des établissements accueillant des « personnes vulnérables (écoles, hôpitaux, maisons de retraite…).

Ces dérogations nécessiteront l’emploi de matériels de pulvérisation munis de dispositifs spéciaux « anti-dérive » et l’adoption de « chartes d’engagement départementales ». Proposées par les utilisateurs de produits phytosanitaires (organisations agricoles ou gestionnaires d’infrastructures comme la SNCF, grande utilisatrice de glyphosate pour désherber les voies), elles devront être soumises à concertation publique et validées par les préfets.

Une enveloppe de 25 millions sera par ailleurs prévue pour « accompagner les agriculteurs dans la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires » et les parcelles déjà semées ne seront concernées qu’au 1er juillet 2020.

Enfin, au fur et à mesure que l’Anses va intégrer comme prévu des distances de sécurité dans ses futures autorisations de mise sur le marché, ce seront celles-ci qui s’appliqueront.

« Nous sommes déterminés à renforcer la protection de la santé des populations riveraines de zones de traitement (…), ainsi que celle des exploitants agricoles. Le gouvernement entend aussi faciliter le dialogue entre agriculteurs, riverains et élus locaux », a insisté la ministre de l’Environnement Elisabeth Borne dans un communiqué.

Cette décision très attendue a fait l’objet d’un bras fer entre grands syndicats agricoles et environnementalistes. Les premiers dénonçaient une forme « d’agri-bashing », les seconds dénonçant le poids des « lobbies agricoles et de l’industrie phytosanitaire ».

Le gouvernement assure comme le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, cité dans le communiqué, s’appuyer sur « l’état des connaissances scientifiques actuellement disponibles ».

Et met en avant les « avancées » que représente le simple fait d’avoir des limitations, présentes dans « très peu de pays en Europe » (Slovénie, Italie ou quelques Lander allemands).

Il avait lancé en octobre une consultation publique sur internet, qui a duré un mois et recueilli plus de 53.000 avis. Avis qui, selon des sources gouvernementales, n’ont fait que confirmer que le « sujet n’est pas consensuel ». La publication de leur synthèse – réclamée par les organisations écologistes – devrait se faire en même temps que le texte sur les distances.

Mais d’ores et déjà les critiques fusent. L’ONG Générations futures, très impliquée sur ce dossier, a annoncé « étudier toutes les possibilités de recours », et dénoncé « des mesurettes qui n’apaiseront en rien les situations locales ».

La Fondation Nicolas Hulot a critiqué des décisions qui « ne répondent pas aux enjeux de santé publique et de protection de l’environnement », alors que France Nature Environnement dénonçait un « cadeau de Noël empoisonné ».

L’association Agir pour l’environnement fustige de son côté « la surdité du gouvernement sur l’urgence sanitaire et environnementale », alors que la Confédération paysanne dénonce des décisions pour « dédouaner le gouvernement de sa responsabilité à protéger la population » et réclame « une vraie politique publique de sortie des pesticides ».

Pour Eric Thirouin, secrétaire général adjoint FNSEA, « ce n’est pas une victoire ». Et de pointer une « incompréhension totale de la mesure de distances incompressibles de 20 mètres, ce qui est le double de ce qui était prévu ». Les membres du syndicat « vont se réunir à la rentrée pour définir une stratégie », a-t-il ajouté.

Le syndicat des industries phytosanitaires UIPP n’a de son côté pas souhaité réagir.

© AFP

6 commentaires

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    • Amigues

    Merci pour cette publication. Je vous informe que J’ORGANISE UNE CONFERENCE-DEBAT LE 5 FEVRIER 2020 A LA MAIRIE DU 14 EME DE PARIS SUR LES ENJEUX DES PESTICIDES A 18 H 30.
    Seront présents Daniel Cueff, maire de Langouet, Christian Metaire, vice président du Conseil Départemental du Val-de-Marne, Nicolas Girod, president de la Confédération Paysanne , François Veillerette, fondateur de Generations Futures, Frédéric Malher, délégué regional de la LPO- Île de France, Pierre Rustin, chercheur au CNRS qui révélé les SDHI, Julien Guillard, administrateur Phyto-victimes, Stenka Quillet, journaliste auteure du livre Les guerres du bio, Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, et Mathieu Orphelin député de Maine-et-Loire.

    Merci de faire passer l’information. Pour plus de précisions consulter le site de : nousvoulonsdescoquelicots.org
    et signez L’ Appel des Coquelicots en ligne.

    • Dany Voltzenlogel

    Si l’agriculteur doit se protéger, combinaison, masque etc, pour préparer et épandre un produit qu’il prétend inoffensif, ne faudrait-il pas douter de ses croyances ?
    Tout en comprenant les pièges dans lesquels sont « tombés » les agriculteurs par les mals séants lobby agrochimiques, il est évident que ces produits chimiques doivent être impérativement et rapidement supprimés. L’avenir de LEURS enfants est en jeu.

      • Michel CERF

      EXACTEMENT

    • lionel

    il ne faut peut-être pas exagérer et cela me semble assez raisonnable comme compromis : le risque existe surtout pour les métiers en contact fréquent et prolongé avec les pesticides dans le secteur agricole sans strictes mesures de prévention : La prévention des risques professionnels des pesticides : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=69&dossid=506

      • Michel CERF

      Vous trouvez raisonnable ce compromis insensé , la santé des consommateurs ne vous intéresse pas puisque ces pesticides se retrouve dans nos assiettes et notre sang .

        • Michel CERF

        rectif : retrouvent

Un rapport de l'ONU demande la réaffectation de 470 milliards de dollars de subventions agricoles qui nuisent aux prix des denrées et nous éloignent des objectifs environnementaux et sociaux

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