Le prix Nobel de chimie aux pères des batteries au lithium-ion, sur fond d’urgence climatique

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Les portraits des trois lauréats du Nobel de chimie projetés sur un écran mercredi 9 octobre 2019. De gauche à droite l'Américain John Goodenough, le Britannique Stanley Wittingham et le Japonais Akira Yoshino. © TT News Agency/AFP Naina Helen JAMA

Stockholm (AFP) – Le prix Nobel de chimie a mis à l’honneur mercredi un Américain, un Britannique et un Japonais, inventeurs de la batterie au lithium-ion qui équipe smartphones et voitures électriques et dont la demande explose face à l’urgence climatique.

Le Nobel récompense l’Américain John Goodenough, qui devient à 97 ans le plus vieux lauréat du Nobel de l’histoire, le Britannique Stanley Whittingham, né en 1941, et le Japonais Akira Yoshino, 71 ans.

« Ce type de batterie légère, rechargeable et puissante est maintenant utilisée partout », a souligné l’Académie suédoise royale des sciences qui décerne le prix.

« Elle peut stocker des quantités significatives d’énergie solaire et éolienne, ouvrant la voie à une société libérée des énergies fossiles », a-t-elle ajouté.

Dans le sillage des crises pétrolières des années 1970, Stanley Whittingham, aujourd’hui professeur à la Binghamton University, dans l’Etat de New York, se met en quête de sources d’énergie non-fossiles. C’est ainsi qu’il découvre une méthode pour produire de l’énergie à partir du lithium, un métal si léger qu’il flotte sur l’eau.

John Goodenough, professeur à l’université du Texas à Austin, fait ensuite le pari d’augmenter les propriétés de l’innovation si l’énergie est produite à partir d’oxyde métallique en lieu et place du disulfure. En 1980, il démontre que la combinaison d’oxyde de cobalt et d’ions de lithium peut produire jusqu’à quatre volts. A partir de ces découvertes, Akira Yoshino, 71 ans, crée la première batterie commerciale, en 1985.

« Je pense que le changement climatique est un défi très grave pour l’humanité et les batteries au lithium-ion peuvent stocker de l’électricité », a réagi Akira Yoshino, professeur à l’université Meijo de Nagoya au Japon, interviewé après l’annonce de son prix.

Demande de lithium en hausse

« Dans le contexte de crise climatique que nous connaissons aujourd’hui », ces découvertes « profitent à l’humanité de bien des façons », juge Pernilla Wittung-Stafshede, membre de l’Académie royale des sciences, interrogée par l’AFP.

Si au début, 6% de la production mondiale de lithium seulement était destinée aux batteries, elle en représente aujourd’hui 35%. Outre les batteries, il sert dans la fabrication de vitres, de céramiques, d’aluminium, de médicaments.

« Notre vie de tous les jours dépend de cette batterie lithium-ion. Que ça soit dans nos portables, nos ordinateurs, les voitures hybrides ou électriques, tous ces objets électroniques sont à base de de la technologie lithium-ion », a expliqué à l’AFP Jean-Marie Tarascon, un chimiste et professeur au Collège de France.

Tirée par une demande en hausse, la production mondiale n’a cessé de croître ces dernières années : de 74% en 2017, puis de 23% en 2018 à 85.000 tonnes de lithium, selon le rapport annuel du Service géologique des Etats-Unis (USGS).

En 2018, l’Australie a été le premier producteur mondial de lithium (51.000 tonnes), suivie du Chili (16.000), de la Chine (8.000) et de l’Argentine (6.200).

Le prix de chimie 2018 était allé à l’Américaine Frances Arnold et à son compatriote George Smith ainsi qu’au Britannique Gregory Winter pour leurs travaux exploitant les mécanismes de l’évolution en vue de créer de nouvelles et de meilleures protéines en laboratoire.

La médecine a ouvert le bal des Nobel 2019 lundi avec le sacre de deux Américains, William Kaelin et Gregg Semenza, ainsi que du Britannique Peter Ratcliffe, auteurs de découvertes sur l’adaptation des cellules au manque d’oxygène qui ouvrent des perspectives prometteuses dans le traitement du cancer et de l’anémie.

Le prix de physique est allé mardi au Canado-Américain James Peebles, qui a mis ses pas dans ceux d’Einstein pour éclairer sur les origines de l’univers, et aux Suisses Michel Mayor et Didier Queloz qui, les premiers, ont révélé l’existence d’une planète en dehors du système solaire.

Suivra la littérature jeudi qui doit voir sacrés deux lauréats, l’un pour 2018, l’autre pour 2019, après que l’Académie suédoise qui le décerne en a reporté l’attribution l’an dernier en raison d’un scandale d’agression sexuelle.

Le nom du lauréat du Nobel de la paix sera dévoilé vendredi à Oslo.

Les lauréats reçoivent un chèque de neuf millions de couronnes (830.000 euros), à se partager le cas échéant entre récipiendaires d’un même prix, ainsi qu’une médaille et un diplôme.

© AFP

4 commentaires

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  • Le problème est semble-t-il que les
    réserves mondiales en lithium ne seraient « que » de l’ordre de 15 millions de tonnes principalement concentrées par ordre d’importance décroissante au Chili, Chine, Australie et en Argentine.

    Ces réserves ne permettraient d’équiper qu’environ 200 millions de voitures électriques étant donné qu’il faut environ 80 kg de lithium pour une batterie de 100 kWh assurant une autonomie de l’ordre de 500 km. Ceci alors que nous allons bientôt être 8 milliards sur terre et que le poste le plus lourd en terme de stockage est celui du chauffage de l’habitat. La voix est ouverte certes mais je pense que dans un premier temps c’est la voiture électrique hybride rechargeable qui va prendre place et nous libèrer de la pollution dans les villes. Ceci vu que c’est cette fois près de 2 milliards de voitures qui pourrait être équipées.

    • Michel CERF

    Je partage l’analyse de Mr.Grossmann , par ailleurs je ne pense pas que la fabrication et l’usage exclusif de milliards de batteries soit la voie la plus écologique .

    • OUI peut-être Michel mais dans un premier temps je ne vois pas d’autre solution.

      Paris ne s’est pas fait en un jour et les évolutions étant extrêmement lentes dans ce domaine je pense que nous passerons par la phase transitoire des systèmes hybrides.

      Ceci autant pour la voiture que pour le chauffage de l’habitat un poste encore plus lourd en terme de consommation d’énergie

      Dans un article de « science et vie » concernant l’avenir de l’automobile datant de fin 2018 l’ADEME a compris pour des raisons peut-être différentes de celles que je viens d’évoquer mais complémentaires que moyennant un prix de vente sensiblement revu à la baisse l’avenir de l’automobile appartenait bien aux hybrides rechargeables

      Par contre dans le domaine du chauffage de l’habitat, un poste autrement plus lourd en terme de stockage de l’énergie électrique que la voiture, principalement parce qu’il s’agit d’une intermittence été-hiver et non pas jour-nuit, elle n’a visiblement pas compris que son intérêt était de faire corps avec les revendications de l’AFPAC tels que je les aient commentées dans le fichier suivant

      https://www.dropbox.com/s/htug85sqthm101i/afpac.txt?dl=0

        • Michel CERF

        Entièrement d’accord Mr. Grossmann , je voulais parler des voitures 100 % électriques , mais l’hybride me semble une bonne transition .

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