Rennes : le maire de Langouët plaide pour un arrêté « qui va dans le sens de l’histoire »


Le maire de Langouet Daniel Cueff devant le tribunal administratif de Rennes, le 22 août 2019 © AFP Sebastien SALOM-GOMIS

Rennes (AFP) – Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), Daniel Cueff, convoqué devant le tribunal administratif de Rennes pour un arrêté interdisant les pesticides à moins de 150 mètres des habitations, a appelé jeudi la justice à préserver un arrêté « qui va dans le sens de l’histoire ».

« C’est quoi le pouvoir d’un maire ? Un maire peut-il ignorer la santé de ses habitants ? », a interrogé Daniel Cueff à l’audience en invoquant le principe de précaution. « Une directive européenne impose depuis 2009 à la France de prendre des mesures pour protéger les habitants de l’épandage de pesticides mais rien n’est fait », a-t-il plaidé, rappelant qu’il n’avait « pas interdit les pesticides mais imposé une distance d’éloignement entre les champs traités et les habitations ».

Invoquant tant des arguments juridiques, dont une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la « compétence du maire à agir en cas de carence de l’Etat », que s’appuyant sur des rapports de santé publique montrant la dangerosité des pesticides sur la santé humaine, le maire de cette petite commune de 602 habitants a appelé le tribunal à « préserver une décision qui va dans le sens de l’histoire ».

« Il y a un mouvement de fond sans précédent, les gens en ont marre de respirer des pesticides », a-t-il ajouté, citant un sondage Ifop selon lequel « 96% des Français » approuvent sa décision.

De leur côté, les représentants de l’Etat ont plaidé l’incompétence du maire à prendre des décisions dans un domaine qui incombe aux ministres de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement.

La décision du tribunal sera connue en début de semaine prochaine.

Devant le tribunal, entre 700, selon la police, et plus d’un millier de personnes, selon le collectif de soutien, s’étaient rassemblées pour soutenir l’édile breton. Dans la foule, de nombreuses organisations écologistes, membres de « Nous voulons des coquelicots », Agir pour l’environnement, Générations futures, Extinction Rebellion, du lobby écolo-citoyen La Bascule ou encore des élus.

« Mme la préfète, laissez nos maires nous protéger », réclamait une banderole déployée sur les grilles du tribunal. « Merci » pouvait-on lire sur une pancarte de plusieurs mètres posée contre le bâtiment.

A son arrivée comme à sa sortie, Daniel Cueff a été acclamé par un tonnerre d’applaudissements. « On est à un moment de bascule, l’Etat va être obligé de se mettre du côté de la population », a estimé Michel Besnard président du collectif de soutien aux victimes de pesticides de l’Ouest.

Parmi les soutiens historiques, des membres de la rédaction de Charlie Hebdo, dont l’appel « Nous voulons des coquelicots », lancé en septembre 2018 pour l’interdiction des pesticides de synthèse, a recueilli plus de 800.000 signatures.

« Ce qui est intéressant c’est qu’on a un maire qui est le premier représentant de l’Etat face aux citoyens et qui met en évidence une carence de l’Etat, en l’occurence son devoir de protéger les citoyens », a estimé Gérard Biard, rédacteur en chef de l’hebdo satirique.

« Les pesticides, ce n’est pas simplement quand on passe dans un champ, ça touche au quotidien des gens, on les subit, on en mange, on en respire », a-t-il ajouté.

« On est venus en bus pour soutenir tous les maires qui prennent ce genre d’initiative », explique Valérie, 48 ans, habitante de Langouët. en précisant qu’ils sont 15 maires à être recensés sur le site « On veut des coquelicots ».

© AFP

4 commentaires

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    • André SCANGA

    – A défaut d’interdire les pesticides, laissons ceux-ci loin de toutes présences humaines. Tous les maires de France devraient prendre des arrêts en faveur des dispositifs de protection contre la pollution des terres, de la faune, de la flore et des personnes. C’est certain que l’Etat serait dans l’obligation d’en tenir compte, le législateur modifierait les lois et règlements en vigueur. Reste qu’un jour les produits dangereux en agriculture devront être remplacés par d’autres ne mettant pas la sécurité et la santé en jeu.

  • Pour louable que soit l’action entreprise par le maire de Langouet, il y a une différence importante entre le problème de l’agriculture et celui du chauffage de l’habitat.

    Dans le premier cas on ignore encore quoi qu’en dise le maire de Langouët la nature des actions qu’il va falloir prendre pour préserver la sécurité d’approvisionnement alimentaire et notre santé.

    Par contre dans le cas du chauffage de l’habitat on sait ce qu’il faut faire pour assurer notre confort thermique en abandonnant les chaînes énergétiques actuelles. Ceci pour aller dans le sens de l’atténuation climatique et non de son aggravation.

    J’espère être enfin entendu à ce sujet à l’occasion d’un exposé que je compte faire à l’IESF. IDF

    • Michel CERF

    BRAVO Mr. le Maire ! vous n’avez fait que votre devoir , vous donner l’exemple en mettant en évidence la carence de l’Etat , l’indifférence de la Préfète et des ministres de l’agriculture , de la santé et de l’environnement qui eux préfèrent céder aux lobbys plutôt que de préserver la santé des citoyens et la qualité de l’environnement .

    • galien

    Bonjour,
    Que d’hypocrisie dans nos instances qui sont payées pour nous protéger de l’empoisonnement que nous subissons depuis des décennies, mais leurs intérêts touchent plus le porte-feuille que la santé publique. Je suis scandalisée par les dirigeants français et presque honteuse d’être française dans un pays où les gouverneurs pensent qu’à s’enrichir. Nous avons chacun une valeur marchande donc même si ceux sont les agriculteurs qui nourrissent le pays ont fait tout pour QU ILS CONTINUENT A SE SUICIDER, après le sang contaminé c’est la terre et ses habitants qui le sont, QUELLE HONTE;

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