Yannick Jadot, le député-militant qui a redressé l’écologie

Européennes

Yannick Jadot se félicite après l'annonce des résultats d'EELV, le 26 mai 2019 dans un restaurant parisien © AFP STEPHANE DE SAKUTIN

Paris (AFP) – Un combattant à Greenpeace, au Parlement européen et dans une campagne où il a fait très tôt le choix de l’autonomie : Yannick Jadot a remporté son pari dimanche en hissant son parti à la troisième place du scrutin des européennes, devant la France insoumise et Les Républicains.

« Nous pouvons atteindre les 15% », proclamait-il à l’été 2018, alors que des sondages créditaient Europe Écologie Les Verts (EELV) de 5 à 6% des votes. Le 14 mai, il continuait d’espérer « plus de 12% », malgré des prédictions inférieures des instituts.

Le député européen élu en 2009, qui s’était effacé derrière Benoît Hamon à la présidentielle de 2017, avait annoncé sa candidature aux européennes dès le mois de juillet. Durant toute la campagne, il a proclamé la « cohérence » des écologistes, refusant l’alliance que lui ont tour à tour proposée Générations (de M. Hamon) et le PS.

C’est un « écologiste convaincu », un « battant, un tribun », estime Michèle Rivasi, numéro deux sur sa liste.

Au cours des débats télévisés et dans ses interviews, le député européen s’est singularisé par sa connaissance des arcanes du parlement européen, et par sa combativité, rendant coup pour coup à ses concurrents et adversaires, à l’excès selon certains.

Yannick Jadot « mène sa liste en tapant tous les jours à droite et à gauche, sur tout le monde, ce n’est pas ce que j’espère d’une liste écologique qui s’ouvre. (…) Nous, on avait surpris parce qu’on était sympa, parce qu’on avait envie de l’Europe », critiquait à la mi-mai Daniel Cohn-Bendit, son « grand copain » au sein des Verts européens.

Soucieux d’élargir l’audience d’EELV, et de reproduire l’alliance des écologistes et de la société civile qui avait fait le succès des listes conduites par M. Cohn-Bendit en 2009, M. Jadot avait réuni chez lui au printemps 2018 Raphaël Glucksmann, Claire Nouvian, Thomas Porcher. Mais la greffe n’a pas pris et ceux-ci ont fondé à l’automne Place publique, avant de s’allier au PS.

De l’ancre à l’hémicycle

Né le 27 juillet 1967, Yannick Jadot a fait ses premières armes en politique en participant à la création du mouvement « La Déferlante » en 1986.

Étudiant en économie à l’université parisienne Dauphine, il se retrouve en charge d’organiser la manifestation d’hommage à Malik Oussékine. Après des expériences humanitaires au Burkina Faso, au Gabon et au Bangladesh dans les années 1990, il intègre l’ONG Solagral (Solidarité agricole et alimentaire), spécialisée dans le suivi des négociations internationales.

Après un bref passage par la campagne de Noël Mamère en 2002, il obtient la direction des campagnes de l’ONG Greenpeace France. « Dès mon arrivée, (…) je me retrouve accroché à l’ancre d’un navire que vient d’aborder l’équipage du Rainbow Warrior II », raconte-t-il dans un livre en 2014. Il participe à la création de « l’Alliance pour la planète » et prend part au Grenelle de l’Environnement (série de réunions entre l’État et les associations sur l’énergie, les transports, la biodiversité) ayant débouché sur des mesures gouvernementales en 2007.

Puis le militant enfile une casquette politique. Quelques coups de gueule, comme l’une de ses diatribes contre le CETA (accord de libre échange entre l’UE et le Canada) fait 1,8 million de vues sur Facebook, et son franc parler détonnent, notamment quand il appelle le gouvernement à reconnaître la « connerie » du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

« C’est un très bon député », lui reconnaît la militante écologiste Claire Nouvian. « Mais il a semé la confusion avec son ni droite ni gauche », a-t-elle souligné dimanche après la proclamation des premières estimations.

Défenseur d’une écologie au-delà du clivage droite et gauche, M. Jadot s’est attiré les critiques virulentes de la France insoumise (LFI) et de Générations, et a jeté le trouble jusque dans son propre camp. Mais la stratégie s’est révélée gagnante devant les électeurs.

© AFP

2 commentaires

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    • Claude Renaud

    Bravo à Yannick Jadot et tous mes voeux de réussite pour la suite de son combat pour le Climat et
    pour essayer de sauver ce qui peut l’être encore.
    On le critique pour son clivage « droite/gauche » mais il a raison. Est-ce que l’air que nous respirons
    est de droite ou de gauche ? Est-ce que l’eau que nous buvons est de droite ou de gauche ?
    Quand il s’agit de sauver l’Humanité la notion de droite ou de gauche disparait.
    Je compte sur lui pour réveiller les consciences et inciter les consommateurs à se détourner du
    superflu pour revenir à l’essentiel. C’est la notion du « toujours plus » qu’il faut combattre et regarder
    d’un peu plus près ce qu’il nous reste en matière de ressources naturelles et ne pas oublier que
    nous vivons à crédit et que notre dette vis à vis de la Nature est énorme. Si on essayait d’en laisser
    un petit peu à nos enfants ?

  • OUI vous avez raison monsieur Renaud bravo à Yannick Jadot

    En s’élevant au niveau où il se trouve actuellement Mr Jadot a prouvé grâce à son combat que le choix électoral qui va s’offrir à nous prochainement va être de choisir celui ou celle qui est le (la)mieux habilité(e) à défendre la cause écologique. Ceci en raison de l’urgence qu’il y a à le faire

    Il faut que espérer que la France qui se veut leader arrivera à combler son retard par rapport aux autres pays européens dans ce domaine vu que ses deux principaux leaders autant masculin que féminin n’ont pas fait preuve jusqu’ici d’un intérêt marqué pour le dérèglement climatique et l’affectation de nos écosystèmes.

    Notre décision pourait être de choisir le premier d’entre nous qui a combattu le clivage droite-gauche mais encore faudrait-il qu’il nous offre des garanties sérieuses à ce sujet en prenant conscience que la façon dont nous gérons l’énergie pour satisfaire nos besoins est au cœur de nos problème actuels