Sauver la nature est indispensable au « bien-être » de l’Homme, pour un expert de l’ONU

biodiversité climat

Robert Watson, patron sortant du groupe d'experts de l'ONU sur la biodiversité de l'ONU, à Medellin en Colombie, le 22 mars 2018 © AFP/Archives JOAQUIN SARMIENTO

Paris (AFP) – Patron sortant du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité, Robert Watson a aussi présidé le Giec, son équivalent sur le climat, lui donnant un point de vue unique sur l’interconnexion entre ces deux crises qui menacent l’humanité.

Lors d’un entretien avec l’AFP, avant la réunion cette semaine à Paris de diplomates de 132 pays sur le sombre état des écosystèmes mondiaux, il a insisté sur l’importance de la nature pour le « bien-être » des hommes.

La destruction de la nature est-elle une menace aussi importante pour l’humanité que le changement climatique ?

La dégradation de la nature a des conséquences sur la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau, la régulation du climat, et même la cohésion sociale. Elle menace le bien-être des hommes au moins autant que le changement climatique, et leurs causes et solutions se chevauchent.

La façon dont nous produisons la nourriture et l’énergie ébranle les services que nous tirons de la nature. La dégradation à long terme des sols et la perte des microbes des sols vont compromettre la production alimentaire et la disponibilité d’eau propre. Et la perte des services de pollinisation menace des cultures de centaines de milliards de dollars chaque année.

La Terre est-elle entrée dans une nouvelle extinction de masse ?

Lors des cinq précédentes extinctions de masse, on a perdu 75% des espèces. Si vous additionnez la disparition d’espèces sur les 500 dernières années, nous avons perdu au plus 2%. Les données suggèrent qu’environ 20% des espèces sont menacées d’extinction dans les 100 prochaines années. Si on continue à perdre 20% tous les 100 ans, on pourrait voir une extinction de masse d’ici 250 à 500 ans.

Si ce sont seulement les espèces en danger critique qui disparaissent d’ici la fin du siècle, et que l’extinction se poursuit à ce rythme, cela prendrait 900 à 2.300 ans pour atteindre le seuil de 75%. Alors nous sommes peut-être au début ou à l’orée d’une extinction de masse, mais il y a encore du chemin à parcourir avant de pouvoir dire que nous sommes vraiment dedans.

Quelles sont les principales causes du déclin des espèces ?

Les cinq principaux facteurs de la perte de biodiversité sont les changements d’utilisation des terres (dont l’agriculture), la surexploitation (chasse pour la nourriture), les espèces invasives, la pollution et le changement climatique. Il y a aussi deux importants facteurs indirects : le nombre de personnes sur Terre et la consommation par habitant.

D’ici 2050, la population va passer de 7,5 à 9,5 ou 10 milliards, et probablement 11 milliards d’ici la fin du siècle. Dans le même temps, la croissance économique va doubler ou tripler d’ici 2050. Les pays développés vont seulement voir une augmentation du PIB de 1 ou 2%; les économies des pays en développement en moyenne 4%.

Alors vous aurez deux fois plus de gens qui consommeront plus (…) Ce n’est donc pas seulement une question démographique, c’est une question de consommation.

Le capitalisme est-il alors incompatible avec la lutte contre le changement climatique et la perte de biodiversité ?

Je ne pense pas nécessairement que les deux soient contradictoires. Mais la question est : comment s’assurer d’une production et d’une consommation durables ? Avec une population plus nombreuse et plus riche, comment faire pour que le système agro-alimentaire, notre consommation d’eau potable, soient durables ? Pouvons-nous nourrir le monde sans détruire la nature ni changer le climat ?

Il y a des moyens pour que tout concorde, mais cela nécessite une véritable transformation. Nous ne pouvons pas continuer à faire comme nous le faisons aujourd’hui. Nous ne devrions pas utiliser le PIB comme seule mesure de notre croissance économique.

Mais si vous dites aux gens qu’ils doivent réduire leur niveau de vie, ils vont dire attendez ! Je ne vais pas réduire mon niveau de vie, même si cela pourrait affecter mes enfants et petits-enfants.

© AFP

5 commentaires

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    • Claude Renaud

    Sauver la nature est indispensable au « bien-être » de l’Homme.
    Robert Watson a un discours de riche, quand on sait qu’un milliard d’humains est en situation
    de « survie ». Il s’inquiète surtout de la sécurité alimentaire et de la croissance économique, mais
    pas du tout du « bien-être animal ».
    « Si on continue à perdre 20% tous les 100 ans, on pourrait voir une extinction de masse d’ici
    250 à 500 ans ». ??? Si tous les experts qui défendent la biodiversité ont la même approche, nous
    allons avoir du mal à nous en sortir. Je crois qu’il n’a rien compris.
    A la fin du siècle, il ne sera plus question de croissance et de PIB. Nous vivons déjà à crédit 5 mois
    de l’année sur les ressources de la Planète. Nous pillons, nous saccageons, nous détruisons notre
    environnement sans scrupule, sans état d’âme. Nous exploitons au-delà du raisonnable une Nature
    qui n’en peut plus. Nous sommes devenus fous, dans un délire consumériste qui nous entraine
    vers l’abîme.
    Quand Robert Watson se projette dans les siècles à venir, il fait preuve d’un optimisme béat et
    inconscient qui rend mal à l’aise. Son manque de réalisme me fait peur !!!

  • Je suis insuiet comme vous Mr Renaud mais il me semble qu’il qu’il y a des formes d’actions qui nous permettraient d’éviter le toujours plus et le consumérisme. Ceci sans nuire à notre confort si ce n’est un certain dérangement lors de la mise en place des infrastructures Voir

    http://infoenergie.eu/riv+ener/Toujours+.htm

  • Discours de riche, en effet !!

    • Jean-Pierre Bardinet

    Un « expert du climat » est transformé par un coup de baguette magique en « expert de la biodiversité » ?
    Je dirais plutôt qu’un idéologue membre de la Sainte Eglise Réchauffiste est aussi un idéologue de la Sainte Eglise de la biodiversité, Eglises aux dogmes similaires.

  • Vous avez raison Mr Bardinet

    Si l’on fait abstraction de la dégradation de notre biodiversité, ce qui pourrait bien être à la réflexion avec l’épuisement de nos ressources d’énergie non renouvelables le problème le plus grave sur terre actuellement, un expert du climat rangé du côté des climatologues « réchauffistes » et qui plus est membres de l’ONU ne peut moralement évoquer les termes de « consommation durables » et de « population croissante » sans mettre en évidence la nécessité d’une taxe sur le kérosène pour les transports aériens internationaux. Et ceci qu’il s’agisse du fret ou des individus comme cela se pratique pour les transports terrestres.

    Notre Constitution ne stipule-t-elle pas que nous devons vivre dans un monde équilibré et favorable à notre santé , ?

    Je suis catholique je pense qu’il va être nécessaire que notre président rencontre le Saint Pere pour négocier cette notion de taxe carbone

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