Les Suédois face à la honte de prendre l’avion

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Décollage depuis l'aéroport de Stockholm, en novembre 2017 © AFP/Archives ludovic MARIN

Stockholm (AFP) – Fuyant l’interminable hiver sous des latitudes plus clémentes, les Suédois sont de grands voyageurs, mais depuis peu se répand parmi eux la « honte de prendre l’avion » et de contribuer au réchauffement de la planète.

« Flygskam » -ou « la honte de prendre l’avion » en français- est un terme en vogue dans le royaume scandinave qui traduit le sentiment de culpabilité face aux effets environnementaux néfastes du transport aérien.

Un compte Instagram anonyme pointe régulièrement du doigt les comportements des influenceurs sur les réseaux sociaux faisant la promotion de destinations lointaines au détriment de la planète. Il compte actuellement 60.000 abonnés.

« Je me sens concernée par ce qui se passe autour de moi et (la honte de l’avion) a influencé mon regard sur les voyages en avion », reconnaît à l’AFP Viktoria Hellström, étudiante de 27 ans en sciences politiques à Stockholm.

L’été dernier, elle a choisi de prendre le train jusqu’en Italie, quand bien même ses amis ont opté pour l’avion, se sentant coupable d’avoir choisi les airs quelques semaines plus tôt pour un séjour en Espagne.

De plus en plus de Suédois, souvent jeunes, choisissent également le train au détriment de l’avion afin d’alléger leur empreinte carbone.

Pionnière en la matière, l’adolescente Greta Thunberg, instigatrice de la « grève de l’école pour le climat », s’est rendue en janvier dernier depuis Stockholm au Forum économique mondial de Davos en Suisse… après un périple de 32 heures en train.

D’autres personnalités suédoises ont également fait le choix de bannir les trajets en avion: le commentateur sportif Björn Ferry, qui officie sur la télévision publique, a fait savoir qu’il n’utiliserait plus que le rail dans le cadre de son travail.

De leur côté, 250 employés de l’industrie cinématographique ont récemment signé une tribune dans le quotidien de référence Dagens Nyheter, demandant aux producteurs suédois de limiter les tournages à l’étranger pour des raisons climatiques.

La situation géographique du pays scandinave (4.000 kilomètres séparent Kiruna, cité minière de Laponie, de la Côte d’Azur), le pouvoir d’achat élevé, les vols charter et l’essor des compagnies aériennes à bas coût ont contribué à faire des Suédois de grands voyageurs.

En 2018, une étude conduite par des chercheurs de l’Université de technologie de Göteborg (ouest) a révélé que les émissions provenant des avions entre 1990 et 2017 étaient cinq fois supérieures à la moyenne mondiale par habitant.

Ces émissions ont augmenté de 61% depuis 1990 pour les vols internationaux, selon le rapport.

Mais l’accélération du réchauffement a pénétré les consciences. Selon l’Institut météorologique national, la température moyenne annuelle augmente deux fois plus vite en Suède que la moyenne mondiale.

Le WWF a publié en mars une enquête indiquant que près d’un Suédois sur cinq avait choisi au moins une fois de voyager en train plutôt qu’en avion afin de minimiser son impact sur l’environnement –une tendance d’autant plus marquée chez les femmes et les jeunes.

D’après un sondage conduit par le magazine de voyages Vagabond, 64% des personnes qui ont réduit leurs voyages l’ont fait pour des raisons liées au climat.

La compagnie ferroviaire nationale SJ dit avoir enregistré une augmentation de 21% des voyages cet hiver tandis que le gouvernement a annoncé son intention de réintroduire les trains de nuit à destination des grandes villes européennes avant la fin 2022.

Et si le nombre de passagers sur les vols intérieurs a diminué de 3,2% en 2018, celui des passagers sur les vols internationaux a augmenté de 4%.

Certains experts mettent en garde contre une analyse trop simpliste du phénomène et une surestimation du rôle de la honte, sentiment au coeur de l’observance protestante dont le réalisateur Ingmar Bergman a tiré son film éponyme, « Skammen », sorti en 1968.

Frida Hylander, psychologue qui étudie le lien entre psychologie et le climat, explique que même si la honte, et particulièrement la peur d’être exposé à la vindicte publique, est un puissant déterminant dans le comportement, la raison ne l’est pas moins.

Elle veut croire à une prise de conscience face au réchauffement, notamment à la suite de la canicule de 2018 qui a provoqué des incendies de forêts d’une ampleur inédite en Suède.

Une nouvelle taxe sur les vols introduite en avril 2018 peut également avoir joué un rôle, tout comme la faillite de l’une des plus grandes compagnies aériennes régionales de Suède, entraînant la fermeture pendant plusieurs mois de certaines lignes intérieures.

© AFP

3 commentaires

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  • Les Suédois n’ont pas à avoir honte ils n’y sont pour rien

    si chaque pays peut pour ses vols intérieurs faire ce qu’il veut au niveau de la taxe carbone pour ses vols intérieurs il en est selon madame Gully tout autrement pour les vols à l’international

    le secrétaire général de l’ONU a une lourde responsabilité à ce sujet. C’est probablement à lui qu’il appartient de prendre les premières actions pour tenter de modifier les textes étant donné que ceux-ci stipuleraient toujours selon madame Gully qu’un vote unanime des 191 Etats membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) serait nécessaire pour instituer une taxe carbone sur le kérosène à l’international qu’il s’agisse du fret aérien ou du transport des individus

    Baiendard avril 2019

    • Claude Renaud

    Et les suédois ont inventé un autre mot : TRAINBRAG, pour dire leur fierté de prendre le train.
    Mais il faut être réaliste. On ne réduira pas nos gaz à effet de serre, en développant à l’infini le
    trafic aérien. C’est pourtant l’ambition des Cies aériennes qui entendent bien doubler le nombre
    de passagers d’ici à 20 ans. Le trafic actuel est quand-même de 4, 3 milliards de passagers à
    l’année, ce qui est déjà une folie. Parce que, en plus de la pollution du vol, il y a aussi la pollution
    induite par le tourisme de masse, qui est peut-être encore pire. Plus d’avions, c’est plus d’aéroports,
    ou plus de pistes d’atterrissage, plus d’hôtels, de piscines, de golfs, de locations de 4X4 ou de vols
    en hélicoptère pour visiter les sites…etc.
    Alors, si les gens pouvaient avoir une petite réticence morale, avant de faire un voyage en avion,
    ça serait déjà un progrès. Je ne suis pas pour une disparition de l’avion, je suis contre sa prolifération.
    60.000 avions dans le ciel dans quelques années et 8 milliards de passagers, ça me fait peur.
    Si les hommes pouvaient devenir un tout petit peu plus raisonnables ….
    Et puis de toute façon, nous avons un modèle économique qui n’est pas tenable !!!

  • Vous avez raison monsieur Renaud

    si on continue sur cette lancée on court à la catastrophe.

    On ne pourra pas faire autrement que de s’impliquer sur le court terme dans le financement d’une recherche associéeà la construction d’ailes volantes plus lentes au profil intrados-extrados épais chargées à l’hélium et motorisées grâce à l’autoconsommation de l’électricité délivrée par les panneaux voltaiques disposées sur l’extrados.

    L’avenir du transport aérien pour le fret et les passagers dépend d’une taxe carbone internationale sur le kérosène qui finance aussi la recherche dans ce sens

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