Départ du directeur de l’ONF, l’avenir des forêts publiques en question

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Un arbre de la forêt de Tronçais, dans l'Allier, en octobre 2018 © AFP/Archives Thierry Zoccolan

Paris (AFP) – Le départ surprise du directeur général de l’ONF, annoncé jeudi, intervient sur fond de climat social dégradé de l’office gestionnaire des forêts publiques, dont la mission pourrait être revue en profondeur.

« Il est mis fin, sur sa demande, aux fonctions de directeur général de l’Office national des forêts exercées par M. Christian Dubreuil », annonce le décret paru au Journal officiel.

M. Dubreuil, un sexagénaire qui dirigeait l’ONF depuis trois ans et demi, « a fait valoir ses droits à la retraite », a indiqué à l’AFP une porte-parole de l’ONF, alors que le climat social s’était tendu ces derniers mois entre la direction et les agents, lesquels dénoncent une privatisation rampante de l’office.

Dernier coup d’éclat des agents, le rassemblement fin octobre de centaines d’entre eux dans la forêt de Tronçais (Allier) pour dénoncer également l' »industrialisation croissante » des forêts publiques.

Ces dernières représentent, hors départements d’outre-mer, plus du quart de la forêt française. Elles comptent surtout les arbres les plus convoités de la futaie hexagonale, de magnifiques chênes centenaires, recherchés dans le monde entier, notamment en Asie, au grand désespoir des scieurs et industriels français.

« Il est urgent de réagir. On est en train de faire sauter les digues qui protègent la forêt de l’industrialisation et de la malforestation. Aujourd’hui, on nous dit qu’on n’a pas de temps à perdre pour faire des plans durables de gestion de la ressource. On coupe, on coupe », avait déclaré lors de la manifestation en forêt Frédéric Bedel, représentant syndical de Snupfen Solidaires, premier syndicat de l’ONF.

Un message proche de celui délivré par Anne-Laure Cattelot, députée LREM du Nord. Dans une vidéo diffusée en octobre, elle dénonçait la « surexploitation apparente de la forêt de Mormal ».

Filmée dans un paysage désolé, elle réclamait l’interdiction des « coupes rases » de parcelles de cette forêt « saccagée ». En conséquence, elle réclamait une mission parlementaire sur ce sujet.

Pour Mme Cattelot, le départ de M. Dubreuil est un « préalable au changement au sein de l’ONF », plus précisément à un changement de logique « dans le cadrage des missions et des orientations de l’ONF », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Le lancement des travaux parlementaires qui doivent s’intéresser aux propositions au gouvernement sur ces questions, devrait faire l’objet d’une décision « dans le mois qui vient », selon Mme Cattelot.

Mais cette volonté de mettre fin à une exploitation intensive des forêts domaniales plantées par Colbert pourrait se heurter à des impératifs comptables.

Une mission interministérielle d’évaluation du contrat d’objectif et de performance (COP) de l’ONF, lancée fin novembre, relève dans un courrier dont l’AFP a eu copie, « des pertes récurrentes et un niveau croissant d’endettement » de l’office public. Cette mission doit rendre ses conclusions fin mars.

Les organisations syndicales représentant 90% des fonctionnaires de l’ONF ont démissionné de ses instances en septembre 2017 pour dénoncer un « climat social délétère », ainsi que ce COP signé avec l’Etat pour la période 2016-2020, qu’elles jugeaient « irréaliste ».

« Il y a un problème de financement de l’établissement, ça c’est clair. Maintenant comment on y répond? » s’interroge Marie-Françoise Chatelain, secrétaire générale adjointe du Snupfen jointe par l’AFP.

Déplorant également la « surexploitation » de la forêt ces dernières années, « qui ne date pas de ce gouvernement », elle exprime sa « grande inquiétude sur ce que l’établissement va devenir ».

Selon une source proche du dossier, Jean-Marie Aurand, qui dirigeait jusqu’à il y a peu l’organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), est pressenti pour être nommé directeur général par intérim, en attendant la nomination d’un directeur général de long terme.

« Il n’a pas vocation à être pérennisé dans cette fonction », a indiqué cette source à l’AFP.

« La direction sera intérimaire pour de vrai », a confirmé Anne-Laure Cattelot, pour qui il faudra nommer par la suite « quelqu’un qui croit vraiment au projet que le gouvernement décidera de porter ».

L’ONF, doté d’un budget annuel d’environ 850 millions d’euros, emploie quelque 9.000 personnes, dont les deux tiers sont des fonctionnaires ou des contractuels de droit public.

© AFP

3 commentaires

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    • Patrice DESCLAUD

    Et quel serait le « vrai projet » du gouvernement pour la forêt ? On « valorise » (et « merchandise ») tout même l’environnement pour, soit boucher des trous financiers, soit engraisser des « actionnaires » ! C’est ainsi que cette année l’agence de l’eau s’est faite ponctionner par l’état 25% de son budget pour boucher des trous qui n’ont pas de rapport avec la gestion de l’eau ! Et après on nous dit qu’on va réduire la dette et le train de vie de l’état ? Qui croire ? Réduire le personnel n’est pas non plus la solution !

    • Patricia ATTARD

    Je suis atterrée de me rendre compte que d’un côté on exige des efforts considérables des français et que de l’autre l’Etat lui-même est le premier destructeur du patrimoine forestier de notre pays. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. A force de tout privatiser on va à la catastrophe. Le secteur privé ne recherche que le profit et n’a certainement pas une politique d’entretien et de sauvegarde.

    • georges Joseph

    Il fut un temps, pas si lointain, où un grand corps d’état  » Les eaux et forêts  » gérait avec sagesse et regardait l’avenir en siècles ou en dizaines d’années car la vie d’un arbre dépasse la vie d’un homme . Bercy et ses sbires ne savent que dilapider l’argent à une vitesse grand V. Notre Macron sait-il ce qu’est un sapin, sa vie? Et d’un chêne ? Il ne voit qu’un nombre de dollards pour boucler son budget dispendieux . La création de l’ONF était déjà le vers dans le fruit par sa forme de gestion .

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