Nucléaire : le gouvernement n’écarte pas de nouveaux EPR mais sous condition

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Le réacteur n°3 sur le site de construction de l'EPR de Flamanville, le 2 février 2018 © AFP/Archives CHARLY TRIBALLEAU

Paris (AFP) – Le gouvernement laisse la porte ouverte à la construction d’une série de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR en France à l’avenir, mais il veut, avant de se prononcer, avoir la garantie que les coûts seront maîtrisés.

Dans un document de travail du gouvernement qu’a consulté l’AFP et rédigé dans le cadre de la définition de la feuille de route énergétique de la France, le gouvernement envisage de décider seulement entre 2021 et 2025 de lancer la construction d' »une nouvelle série » de réacteurs EPR.

Mais il prévient que pour cela, la filière nucléaire devra mettre au point avant mi-2021 un « programme industriel » qui garantisse que ces futurs EPR auront un coût acceptable.

EDF, qui travaille depuis plusieurs années sur des EPR simplifiés, moins chers et moins long à construire, demande de longue date que l’État lance le processus pour déployer de nouveaux réacteurs afin de remplacer une partie des 58 réacteurs du parc français qui vont progressivement devoir fermer, atteints par la limite d’âge.

Il souhaite même mettre en service une première centrale de ce type autour de 2030. Mais si la stratégie du gouvernement se confirme, et étant donné les délais de préparation technique et réglementaire, un tel calendrier semble peu probable.

Si une série de nouveaux EPR était lancée, le groupe estime pouvoir atteindre une fourchette de coût située entre 60 et 70 euros/mégawattheure, affirmait son PDG Jean-Bernard Lévy lors d’une audition en avril à l’Assemblée nationale, soit exactement la cible visée par le gouvernement dans son document.

Durant l’été, le journal Les Échos avait dévoilé un rapport commandé par les ministères de l’Énergie et de l’Économie et rédigé par deux acteurs historiques du nucléaire, qui recommandait de lancer la construction de six EPR, avec un premier chantier dès 2025.

Mais plusieurs membres du gouvernement avaient à l’époque temporisé, à l’image du ministre de l’Économie Bruno Le Maire. « La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions », avait-il affirmé.

A la Transition écologique et solidaire, François de Rugy a estimé lui aussi qu' »il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas ».

Le chantier de l’EPR de Flamanville a en effet connu de multiples retards et surcoûts, et EDF prévoit désormais de le démarrer fin 2019, pour une mise en service commerciale en 2020, contre 2012 initialement.

Si les EPR construits en Chine, dont un est déjà en service, ont connu moins de déboires, le chantier mené par Areva en Finlande connaît lui aussi des difficultés, tandis que des risques de délais pèsent déjà sur les deux exemplaires en projet au Royaume-Uni.

Face à ces réalités, des élus, des organisations écologistes et des acteurs des énergies renouvelables jugent prématuré voire contraire à la transition énergétique de construire de nouveaux réacteurs en France.

Le document de travail ne va sans doute pas les rassurer, alors qu’il évoque aussi des projets de recherche pour mettre au point des petits réacteurs (« small modular reactor »), ou pour étudier la prolongation de la durée de vie du parc existant, mais ne mentionne aucune fermeture de réacteur.

Axé sur les solutions technologiques « made in France » d’avenir pour l’énergie, il se penche toutefois sur les énergies renouvelables, le stockage, la mobilité, le bâtiment ou encore l’hydrogène.

En matière d’énergies renouvelables, il fixe des objectifs précis et ambitieux en terme de réduction des coûts du solaire, qu’il veut voir associé à des dispositifs de stockage d’électricité. En revanche, sur l’éolien en mer flottant, il n’évoque pas d’appels d’offres commerciaux à court terme, contrairement aux attentes de la filière.

Enfin, revenant sur l’ambition de construire une filière européenne des batteries, le gouvernement veut décider avant fin 2019 « s’il est encore possible de construire » une usine en Europe d’ici 2022.

Le gouvernement est en cours d’élaboration de la feuille de route énergétique de la France à horizon 2028, baptisée programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Initialement attendue pour fin juin, sa présentation a été reportée à novembre.

© AFP

5 commentaires

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    • Didier Puel

    Adieu à la sortie du nucléaire.
    Il est à noter que le critère décisionnel est la garantie des couts mais en aucun cas la sécurité, ni un quelconque souci pour les emplacements de ces futurs EPR , ni du traitement et stockage des dechets….sans parler du démantèlement en fin de vie de ces EPR
    Restons positifs, c’est maintenant à EDF de communiquer à l’ Etat sa décision de fermer Fessenheim ….
    Procastiner semble être le mot d’ordre de nos gouvernants et lobbies associés.
    Bien à vous.
    Didier Puel

      • Dany Voltzenlogel

      Le serpent de mer … fessenheimien fera couler encore Bcp d’encre pour encore Bcp de temps, les lobbies ayant bien bossé. Quant à la crainte des maires, elle est (presque) légitime, avec un tel engin sur leur territoire, l’arrosage financier qui en découle permet une certaines aisances, d’autant plus que Macron coupe les finances aux collectivités locales…. Ils oublient juste que si ça pète ils sont en première ligne…
      Article de Rue 89 du 25.10 :
      « Le Conseil d’État a annulé le décret de fermeture de Fessenheim » jeudi. Le recours avait été déposé par plusieurs syndicats et des collectivités, dont la Région Grand Est, le département du Haut-Rhin et la mairie de Fessenheim, pour lesquelles le Code de l’environnement n’était pas respecté. Le juge administratif a estimé que la décision de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, le 8 avril 2017, n’avait pas été « légalement prise », EDF n’ayant pas alors formé de demande de fermeture.
      Pour le rapporteur public du Conseil d’État, dont l’avis a été suivi, « le vice juridique est trop grave pour passer outre. Il ne s’agit pas de se prononcer sur le bien-fondé de fermer la centrale ou non. Mais l’administration s’est liée les mains. »
      Dans son article 2, le décret contesté dispose que « l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim (…) est abrogée » mais inclut trois « conditions » qui lient cette fermeture à la mise en service de l’EPR de Flamanville et à la nécessité de respecter le plafonnement de la capacité du parc de réacteurs nucléaires d’EDF à son niveau actuel de 63,2 gigawatts. De plus, l’exploitant, EDF, devait en demander formellement la fermeture. Des conditions qui n’ont jamais été remplies…

      Claude Brender, maire de Fessenheim, Gérard Hug, président de la Communauté de Communes Pays Rhin Brisach, Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin et Jean Rottner, président de la Région Grand Est, se sont félicités de la décision du Conseil d’Etat même s’ils assurent ne pas « remettre en cause le processus de fermeture mis en œuvre » mais oeuvrer pour « un dialogue constructif avec l’Etat et EDF, en évitant toute forme d’instrumentalisation politique du dossier. »

      Mise en service en 1977, Fessenheim est la doyenne des centrales encore en activité. Sa fermeture, qui était une promesse de François Hollande, devait avoir initialement lieu fin 2016 mais elle a été plusieurs fois reportée. Elle est maintenant repoussée à fin 2019 au plus tôt en raison d’un nouveau retard dans l’entrée en service de l’EPR de Flamanville dans la Manche, et au plus tard en 2020 pour le réacteur 1 et 2022 pour le réacteur 2.

      https://www.rue89strasbourg.com/le-conseil-detat-annule-le-decret-de-fermeture-de-fessenheim-144050#respond

  • Mon opinion est que nous supporteront les graves inconvénients du nucleaire évoqués par Mr Puel pendant de nombreux siècles
    si nous persistont dans cette voie.
    Ceci alors que nous pourrions éviter tous ses inconvénients avec la « Solar Water Economy de l’hydrogène »

    La phrase qui explique que des « objectifs précis et ambitieux en terme de réduction des coûts du solaire » n’apporte pas grand chose vu que l’on sait déjà que c’est le cas.

    Quand à évoquer la nécessité d’associer les dispositifs de stockage d’électricité au solaire voltaïque dommage que personne ou presque n’est pas encore lu mon livre pour se convaincre que cela est la solution en matière d’énergies renouvelables

    Quant à l’éolien flottant en mer soumis à la houle perturbatrice il n’est je crains pas besoin de faire un dessin

    Reste la « Solar Water Economy de l’enthalpie » malheureusement non évoquée dans le texte de batiactu qui pourrait comme cela est expliqué dans mon livre sur l’énergie nous dispenser du nucléaire vu sa complémentarité avec la « Solar Water Economy de l’hydrogène »

    • Dany Voltzenlogel

    2 maux inguérissable : l’imbécilité et le « toujours + de fric ».

    • Marcadet

    Et voici venue l’ère de la destruction de l’humanité…
    La science, l’industrialisation, l’avidité pécuniaire, et le XXIème siècle sera celui du néant…!!
    Ces « humains-là » auront été les pires prédateurs.
    Ils ont signé le pacte avec leur diable…
    Leur folie de puissance aura été notre perte…
    Il est trop tard pour arrêter cette spirale….