Des plaines agricoles de Chine menacées par des canicules mortelles

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Les vagues de chaleur sont plus fréquentes et plus intenses en Chine depuis 1970, et encore plus depuis 15 ans © AFP/Archives NICOLAS ASFOURI

Paris (AFP) – La grande plaine de Chine du Nord, où vivent quelque 400 millions de personnes, pourrait devenir une fournaise invivable lors de futures canicules si le réchauffement climatique continue au rythme actuel, mettent en garde des chercheurs.

La hausse des températures associée à une grande humidité aggravée par le système d’irrigation à grande échelle fait peser sur les habitants de cette plaine agricole un danger plus important que n’importe où ailleurs sur la planète, indiquent-ils dans un communiqué.

Cette plaine abrite des mégalopoles comme Pékin, mais aussi des dizaines de millions d’agriculteurs.

Même si le monde parvient à ralentir le réchauffement, les vagues de chaleur dans la région pourraient, d’ici le milieu du XXIe siècle, dépasser les capacités de résistance du corps humain, selon l’étude publiée cette semaine dans la revue Nature Communications.

« Cet endroit va devenir le pire pour les canicules mortelles », commente l’auteur principal, Elfatih Eltahir, du MIT.

Les vagues de chaleur sont plus fréquentes et plus intenses en Chine depuis 1970, et encore plus depuis 15 ans. Et la température y a augmenté de près de deux fois plus que la moyenne mondiale, soit 1,35°C depuis 1950.

Mais la résistance du corps humain à la chaleur dépend également de l’humidité: pour transpirer, l’air à la surface de la peau doit être plus humide que l’air ambiant. Plus la différence est importante, plus le corps se rafraichit rapidement.

Ainsi, comme il existe en période de froid une température ressentie combinant température réelle et vitesse du vent, il en existe une, appelée « wet bulb », qui prend en compte l’humidité de l’air.

Les experts estiment qu’un adulte en bonne santé pourrait ne pas survivre en extérieur à une température « wet bulb » de 35°C pendant plus de six heures. Au delà, « le corps va rapidement surchauffer, provoquant la mort », explique Jeremy Pal, du Seaver College of Science and Engineering de Los Angeles, qui a travaillé avec Eltahir dans le passé.

Par exemple, avec une humidité de l’air de 55%, il faudrait une température réelle de 44,4°C pour atteindre ces 35°C « wet bulb ». Mais à 85% d’humidité, 37,8°C en température réelle suffit.

Les chercheurs, utilisant des modèles climatiques pour prévoir les canicules en Chine, étudient deux scénarios: l’un où le changement climatique se poursuit au rythme actuel, l’autre où l’humanité parvient à le limiter à +3°C par rapport à l’ère pré-industrielle (un degré de plus que l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat).

Dans les deux cas, le système d’irrigation de la plaine de Chine du Nord ajoute un demi-degré supplémentaire, estiment-ils.

« L’irrigation aggrave l’impact du changement climatique », insiste Eltahir. Sans mesures radicales contre les émissions de CO2, « la plaine de Chine du Nord va probablement vivre des vagues de chaleur mortelles, avec des températures +wet bulb+ au delà du seuil de tolérance des paysans chinois », poursuit-il.

© AFP

Un commentaire

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    • Francis

    « L’irrigation aggrave l’impact du changement climatique ». Cette affirmation est absurde. L’irrigation entretien et stimule la croissance des plantes, donc la photosynthèse donc la transformation du CO2 atmosphérique en matière végétale. Même si une partie de cette matière végétale est utilisée par les humains pour leur alimentation, le reste est fixé dans le sol sous forme d’humus, à condition bien sûr de techniques agricoles adéquates. L’évapotranspiration des plantes fait au contraire baisser la température ambiante, l’évaporation de l’eau consomme de l’énergie, chacun peut le vérifier. L’humidité de l’air intensifie le ressenti de la chaleur quand elle augmente, mais à grande échelle, elle fait s’élever en altitude cet air plus léger, provoque la formation des nuages qui font écran à la lumière du soleil et surtout elle stimule les mouvements de convection de l’atmosphère qui attirent la pluie. C’est bien ce qui se passe au dessus des forêts tropicales et équatoriales et c’est pourquoi on plante des arbres contre le désert.

    En climat continental, comme dans cette plaine du nord de la Chine, l’amplitude thermique habituelle et le réchauffement climatique s’aggravent mutuellement, c’est exact, mais c’est vrai pour toutes les régions du monde où le climat est continental.
    Le reboisement et l’agriculture sont complémentaires et non pas antagonistes. Il faut irriguer avec le maximum d’efficacité utilisant les bonnes techniques et les bonnes plantes.