Le recyclage s’entasse aux Etats-Unis car la Chine n’en veut plus

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Des déchets plastiques et des papiers compactés à l'usine de recyclage de la société Waste Management à Elkridge, le 28 juin 2018 dans le Maryland © AFP SAUL LOEB

Washington (AFP) – Depuis quelques mois, l’usine de recyclage de l’agglomération de Baltimore-Washington a un problème: elle doit payer pour se débarrasser du papier et du plastique qu’elle trie, au lieu de les vendre. Car la Chine n’en achète plus, affirmant qu’ils sont trop « contaminés ».

Les 900 tonnes de recyclage déversées par des camions-bennes 24 heures sur 24, cinq jours par semaine, sur les tapis convoyeurs de l’usine d’Elkridge, à une heure de la capitale américaine, n’ont certes rien de propre.

Dans un vacarme mécanique infernal et un nuage de poussière marron, des dizaines d’ouvriers gantés et masqués, en majorité des femmes, retirent de leurs mains expertes un bazar de détritus, vêtements, objets en bois, câbles, branches d’arbres… et la hantise des recycleurs: des sacs en plastique, qui ne sont pas censés aller dans les bacs à recycler car ils s’emmêlent dans les machines.

Le but est de « décontaminer » au maximum, c’est-à-dire d’une part de séparer strictement les matières recyclables des déchets non recyclables, d’autre part de s’assurer que les piles finales de plastiques, de papiers ou de cartons ne contiennent aucune autre matière.

« On a même dû ralentir les machines et embaucher plus de gens » pour mieux décontaminer, dit le responsable, Michael Taylor.

A la fin du tri, de gros cubes de déchets compactés (papiers, cartons, plastiques…) sont produits. Ces déchets étaient achetés depuis des décennies par des entreprises, principalement en Chine, qui les nettoyaient, broyaient et retransformaient en matières premières pour des industriels. Ces importateurs fermaient les yeux quand les balles de plastiques étaient trop sales ou n’étaient pas assez « pures ».

La Chine, l’an dernier, a ainsi acheté plus de la moitié des déchets recyclables exportés par les Etats-Unis. Au niveau mondial, depuis 1992, ce sont 72% des déchets plastiques qui ont fini en Chine et à Hong Kong, selon une étude parue dans Science Advances.

Mais depuis janvier, les frontières chinoises se sont fermées à la plupart du papier et du plastique, conséquence d’une nouvelle politique environnementale de Pékin… les dirigeants chinois se disant désireux de ne plus être la poubelle de la planète, ou même sa déchetterie.

Pour le reste, dont le métal ou le carton, les inspecteurs chinois ont fixé un taux de contamination de 0,5%, trop bas pour les technologies américaines actuelles qui n’arrivent pas à trier les déchets de façon aussi précise. Le secteur s’attend in fine à ce que presque toutes les catégories de déchets soient refusées d’ici 2020.

A Elkridge, l’usine arrive encore à vendre son PET (bouteilles en plastique) à un acheteur en Caroline du Sud, et son carton à l’étranger. Mais le papier et le plastique mélangés ne valent plus rien: elle paie des sous-traitants pour les lui reprendre.

Ailleurs aux Etats-Unis, des recycleurs se sont résolus à un acte tabou: ils ne trient plus le plastique et le papier, qui finissent donc dans les décharges.

« Personne ne veut le dire à haute voix, car personne n’aime le faire », dit à l’AFP Bill Caesar, patron de WCA, société basée à Houston.

Les géants américains Republic Services et Waste Management ont reconnu l’avoir fait ponctuellement, comme dans l’Oregon. Des petites villes, notamment en Floride, ont simplement annulé la collecte de recyclage.

Les autres pays importateurs, Indonésie, Vietnam ou Inde, sont incapables d’absorber les dizaines de millions de tonnes que la Chine importait. Et peu d’industriels américains ont la technologie pour traiter ces matériaux.

« La Chine a donné trop peu de temps au secteur pour s’adapter », dit Adina Renee Adler, de l’Institute of Scrap Recycling Industries, grande fédération professionnelle.

« Nous aurons bientôt tellement de stocks que nous serons obligés d’en mettre de plus en plus dans les décharges si on ne trouve pas de nouveaux marchés », admet le président de la National Waste and Recycling Association, Darrell Smith.

Le problème commence à se faire sentir dans les villes lors de la renégociation des contrats municipaux. D’autant plus que nombre de métropoles ont des objectifs ambitieux de recyclage –comme Washington, qui veut passer de 23% des ordures ménagères à 80%.

La capitale paie déjà 75 dollars pour recycler une tonne, contre 46 dollars pour les ordures, qui sont brûlées pour générer de l’électricité.

« Il fut un temps où cela revenait moins cher de recycler mais ce n’est plus le cas », explique Christopher Shorter, directeur des travaux publics de Washington.

« Recycler va nous coûter de plus en plus cher », prévient-il.

Pour éviter des pénalités financières, la ville veut mieux « éduquer » ses administrés afin qu’ils arrêtent de mettre dans la poubelle bleue les mauvais déchets, comme les sacs plastiques.

Pour réduire le volume de déchets à recycler ou brûler, elle envisage la collecte des déchets organiques, avec une future troisième poubelle, et la construction d’une usine de compostage. Et elle réfléchit à faire payer les habitants au poids de déchets.

Même avec ces mesures, Bill Caesar, à Houston, avertit l’ensemble des Américains: il faudra bientôt payer plus pour « le privilège de recycler ».

© AFP

Un commentaire

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  • Bravo la Chine, mais il faut aussi que tout les autres pays réagissent dans le même sens : Bengladesch, une des poubelle de la France, Thaïlande, Inde etc…
    Les autorités internationales DOIVENT interdire toute « exportations » de déchets.
    A chacun sa merde pour dire vrai et cru.
    Mais que chaque état réagisse vite dans la limitation des déchets e.a. plastique. des réduction qui sont décidés au compte-goutte, étalés sur des années, freinant de ce fait le développement des circuits de recyclage et re-transformation.
    Les déchets dit « ultimes » doivent être prohibé comme la peste.
    Mais nos gouvernants sont timides et timorés face aux menaces des multinationales de la chimie, les un par crainte du soit-disant chômage, d’autres parce-qu’ils sont généreusement « arrosés ».

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